Les mots de Yasmina Reza

dimanche, août 2, 2015 0 0

heureux les heureux 1

Heureux les heureux, ceux qui le sont comme dans la vraie vie, à coup de chassés-croisés amoureux, adultères ou avortés, ceux qui ont la conscience de l’instant pleinement vécu, Titans d’une seconde à partager.

 

« Il y a un poème de Borges qui commence par ‘Ya no es magico el mundo. Te han dejado’. ‘Et le monde n’est plus magique. On t’a laissé.’

Il dit laissé, un mot de tous les jours, qui ne fait aucun bruit. »

 

Ce livre m’a trompé, il n’est pas gai. Il est le saisissant palabre d’existences à se faire entendre, l’enlacement chapitré de solitudes qui n’existent qu’avec celles des autres. Yasmina Reza nous présente des visages parmi d’autres, des intériorités qui s’écoutent, des bribes intimes qui s’offrent à nous comme un secret boursouflé : il embourbe les émotions, déborde sur les faces, et éclate sur les pages en des mots tangibles. Lire Heureux les heureux c’est découvrir les autres par la petite porte de l’individualité, contempler du bout des yeux l’éphémère plaisir de s’entre-connaître. Comprendre qu’un livre peut être beau de simplicité.

 

heureux les heureux« Oh les beaux jours de tristesse que je ne connais pas. Je ne rêve pas d’union, d’idylle, je ne rêve d’aucune félicité sentimentale, plus ou moins durable, non, je voudrais connaître une certaine forme de tristesse. Je la devine. Je l’ai peut-être éprouvée. Une impression à mi-chemin entre le manque et le coeur gros de l’enfance. Je voudrais tomber, parmi les centaines de corps que je désire, sur celui qui aurait le don de me blesser. Même de loin, même absent, même gisant sur un lit, me présentant son dos. Sur l’amant muni d’une lame indiscernable qui écorche. C’est la signature de l’amour, je le sais par les livres que je lisais il y a longtemps… »

 

On s’invente ces visages en écoutant l’Hymne à l’amour et en buvant un verre de Bellini.

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