Les mots de Timothée de Fombelle 3

mercredi, mars 21, 2018 2 4


 
« Il y a dans les hauts territoires de l’enfance, derrière les torrents, les ronces, les forêts, après les granges brûlantes et les longs couloirs de parquet, certains chemins qui s’aventurent plus loin verse le bord du royaume, longent les falaises ou le grillage et laissent voir une plaine tout en bas, c’est le pays des lendemains : le pays adulte.

Les enfants qui vont près de cette lisière, au milieu des herbes plus hautes que leurs épaules, surprennent parfois en dessous d’eux, dans le fond de la plaine, la mort ou des amoureux, par accident. Ces apparitions ressemblent à des éclats de verre au soleil. Elles éblouissent et disparaissent aussitôt, cachées par les nuages bas.

En retournant vers la forêt profonde avec leurs arcs et leurs flèches, les enfants croient oublier cette vision. Mais elle a semé en eux un noyau de cerise qui grandit déjà à l’intérieur. »

 

Nerverland porte bien son nom, et Timothée de Fombelle se fait Peter Pan, nous emmenant voler jusque dans les jardins de son enfance. C’est un livre époustouflant de beauté. Je l’ai lu avec le coeur au bord des yeux. En quelques heures j’ai tout aimé, je m’y suis retrouvée, j’ai tout relu, à voix haute ou basse pour moi seule, me repaître de la poésie de ses mots. Et si nous n’avons pas tous les mêmes souvenirs d’enfance, chacun à des tiroirs à ouvrir et à fouiller, pour retrouver, au fond, la chaleur palpable de son premier âge en balbutiements.

 

« L’enfant est une île. Il ne sait et ne possède rien. Il devine des forces immenses sous les bandelettes qui serrent son corps. Pour lui, le lendemain n’existe pas. Le passé a déjà disparu. L’enfant commence par être cet instant suspendu, désarmé, qui jaillit comme un bouchon au milieu de la mer et regarde autour de lui. »

 

Ce livre est un battements d’impressions à cajoler. Vous n’y trouverez pas de personnages en fuite cette fois, mais des ressouvenances percutantes : un premier souvenir d’écriture, un grand père, un forêt, une pièce en cartons, des paysages ou tournent le monde. Neverland nous invite à partir pour notre propre pays imaginaire, celui à revire en culotte courte, celui où il faut revenir souvent pour ne pas perdre cet émerveillement innocent qui fait tout l’agrément de la vie.

 

« Un jour, pourtant, on surgit dans leur vie. Les enfants nous entendent venir de loin. On plante nos antennes-relais et nos boutiques. On allume en grand les lumières. Les hauts-parleurs crient de ne plus avoir peur, alors que personne ici, avant nous, n’avait jamais eu l’idée d’avoir peur.

Un jour, on surgit. On prend des airs de compassion. Comme si l’enfance était une maladie qui finirait par s’arranger. On s’approche des petits, on remplit leurs mains et leurs jours.

On leur apprend qu’ils peuvent tomber.

On devance leur faim.

On les occupe.

On décide de donner un nouveau nom au temps long de l’enfance. On l’appellera l’ennui.

Ainsi commence l’occupation. »

 

Je vous invite, avec toute ma conviction, à lire ce toit ouvert sur un monde de mots enchantés. Si je suis tombée dessus par hasard à la bibliothèque, il est certain je vais l’acheter pour la mienne et l’offrir à tous ceux à qui je voudrais apporter quelques pages de ravissement.

 

« Je savais ce pays dangereux. Comment l’enfance pouvait-elle ne pas l’être alors que, pendant des milliers d’années, la plupart des enfants n’en revenaient pas et disparaissaient avant douze ans ? »

 

 

Quitte à parler des amoureux, on se réécoute Mon enfance de Jacques Brel, pour rester dans le thème.

 

Avez-vous lu Timothée de Fombelle ?

Etez-vous prêts pour un voyage en votre enfance ?

 

2 Comments
  • Ordercialisonline
    avril 5, 2018

    Moi ça me donne envie de réécouter « mon enfance » de Barbara Jai eu tort, je suis revenue dans cette ville au loin perdue où javais passé mon enfance. Jai eu tort, jai voulu revoir le coteau où glissaient le soir bleu et gris ombres de silence. Et j’ai retrouvé comme avant, longtemps après, le coteau, larbre se dressant, comme au passé. () Il ne faut jamais revenir aux temps cachés des souvenirs du temps béni de son enfance. Car parmi tous les souvenirs ceux de lenfance sont les pires, ceux de lenfance nous déchirent. ()

    • Votrefillecherie
      avril 6, 2018

      J’ai hésité aussi avec Barbara…
      ou aussi Henri Dès pour des textes plus régressifs 🙂

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