Les mots de Tennessee Williams

mercredi, mai 2, 2018 0 2

J’aime les mots en vie ou les vies biscornues, les romans qui emportent vers des histoires qui ne sont pas lisses ou monochromes, et les mots de Tennessee Williams sont de ceux-là. Cela faisait deux ans qu’il attendait sur ma table de chevet. C’était un nom que je n’avais jamais lu, un classique à découvrir, un titre accrocheur et abîmé, trouvé en bouquinerie. Le boxeur manchot est un recueil de nouvelles particulièrement touchant. Les personnages y sont tous des orphelins lovés dans la plume de l’auteur, des êtres de papier à la chair bien épaisse, qu’on peut palper et dont on savoure les bruissements d’humeur souvent malades.

 

Pour la première fois, ils se trouvaient ensemble dans le noir, sans plus éprouver la moindre peur l’un de l’autre. Ils se tenaient par la main, ils se regardaient avec une sympathie un peu triste. Ils n’essayaient plus de s’aider, mais seulement de se comprendre. Ils se savaient absolument séparés, absolument seuls l’un et l’autre. Mais ils n’étaient plus des étrangers…

 

Ce sont des textes sur la marge, des protagonistes sans famille et sans origine qui déambulent en de courtes histoires au destin morcelé. Ce n’est pas gai mais boursouflé d’un désir souvent inconfortable, de cette solitude universelle qui nous pousse vers les autres, même s’ils nous fermeront la porte au nez. Ce sont des récits terriblement tendres sur des personnages en conflit avec l’existence trop inconfortable, souvent cruelle, toujours inattendue.

 

IL sent qu’une part de lui-même est semblable à un mur qui manque dans une maison, à un meuble qui manque dans une pièce, et il essaye tant bien que mal de remédier à ce manque. L’usage de l’imagination, l’exercice du rêve ou des plus hautes ambitions de l’art, c’est le manque qu’il fabrique pour dissimuler ses incompétences.

 

Vous rencontrerez un boxeur manchot à la beauté assassine, des jeunes filles en verre ou en fleur, engoncées dans leur timidité, des hommes dans leur conformisme violent. Une galerie de protagonistes fragiles et mémorables qui entreront dans votre mémoire avec le fracas d’un chef d’oeuvre, et y resteront, statues mutilées continuant de vous appeler pour combler cet échos de solitude, le vôtre.

 

La violence ou la guerre, entre deux hommes ou deux nations, apparaissent aussi comme une compensation aveugle et insensée à tout ce qui n’est pas vraiment achevé dans la nature humaine.

 

Avec Le boxeur manchot correspondant à son recueil La Statue mutilée (One Arm and Others Stories) publié 1967, j’ai découvert un auteur dont je vais continuer à explorer l’oeuvre en pages ou sur scène.

 

Connaissez-vous Tennessee Williams ?

Avez-vous des classiques à conseiller ? Des incontournables ?

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