Les mots de Gabriel Garcia Marquez

vendredi, janvier 30, 2015 2 1

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L’année de ses quatre-vingt-dix ans le narrateur se réveille en sursaut d’une existence vide. Journaliste médiocre, son quotidien vétuste n’aura été ponctué que d’innombrables aller-retours aux bordels voisins, assauts vains et répétitifs. Un coup de téléphone insolite à Rosa Cabarcas, reine maquerelle de la ville, pour s’offrir une jeune vierge à déflorer, fait définitivement basculer le vieillard du côté des vivants. A quatre-vingt-dix ans il apprend l’amour, met un terme à la vacuité de son existence. La passion nocturne où les mots rythment les rêves, adoucit les peaux moites et élimées, unit les personnages en des couples oxymoriques.

 

 « Pourquoi vous ai-je connu aussi vieux ? Je lui répondais la vérité : On n’a pas l’âge que l’on paraît mais celui que l’on sent. »

 

Dans Mémoires de mes putains tristes comme dans ses autres romans, Gabriel Garcia Marquez fait éclore la beauté de la torpeur, la poésie de la décrépitude. La pauvreté des décors et protagonistes, se transforme en un écrin de sensualité où la vie est sublimée, non sans une pointe d’exotisme.

 

« Nous sommes vieux, a-t-elle soupiré. L’ennui c’est qu’au-dedans on ne le sent pas, mais qu’au dehors tout le monde le voit. »

 

On le lit d’une traite avant de s’endormir, en écoutant Tona la Negra et en buvant une petite boisson au bromure et à la valériane.

Les photographies de Mambu Bayoh

dimanche, janvier 25, 2015 0 2
Aujourd’hui je vous partage mon émerveillement pour l’univers de Mambu Bayoh, un photographe du Sierra Leone, croisé au hasard de la toile, dont les clichés sont d’une rare puissance. Tout en simplicité il sublime le corps noir, fige les couleurs en une profonde douceur. Il diversifie ses univers, sans artifice, met en lumière la multiplicité de la beauté.

 

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Les mots de Marguerite Yourcenar

samedi, janvier 24, 2015 1 1

Dans son commentaire des Mémoires d’Hadrien, Henriette Levillain présente l’oeuvre comme suit :

« Voici un livre ardu, grave et fort. Que s’abstiennent les lecteurs qui voudraient le survoler hâtivement ou l’avaler sans mâcher. Il s’adresse à ceux qui ne refusent pas les lectures difficiles, sachant qu’elles vous investissent, vous poursuivent et parfois même vous transforment. »

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La mise en garde est nécessaire, la lecture épineuse, et pourtant Hadrien est l’un de ces narrateurs, comme Marcel dans La Recherche proustienne, dont la voix, une fois entendue, raisonnera en nous à jamais. La sagesse d’Hadrien, à mesure qu’il analyse sa vie, éclaire la nôtre de son aura impériale. On découvre et on s’imprègne du lent accomplissement de cet homme qui marqua à jamais l’Histoire.

 

« Je me sentais responsable de la beauté du monde. »

 

Yourcenar redonne vie à l’empereur romain sous sa plume exigeante, avec précision elle nous en confie les ambitions et désespoirs les plus intimes. L’illusion opère, l’Histoire l’appuie. Construit selon les principes de la rhétorique oratoire, le plan de cette oeuvre se superpose au plan de vie d’Hadrien : de son ascension – une lutte obstinée contre le désordre, portée par sa nature pacifique – à son apogée – l’accession au pouvoir et la maintenance de l’ordre établi – vers son déclin : la prévenance du chaos, l’apprentissage de la patience et de la mort.

 

« Je voulais le pouvoir. Je le voulais pour imposer mes plans, essayer mes remèdes, restaurer la paix. Je le voulais surtout pour être moi-même avant de mourir. »

 

Un livre à ouvrir pour rencontrer cette personnalité, pour l’ajouter à la nôtre, comme un inestimable trésor du II siècle. Une nouvelle corde sensible à nos cœurs de lecteurs.

 

« Je m’accommoderais fort mal d’un monde sans livres, mais la réalité n’est pas là, parce qu’elle n’y tient pas tout entière. »

 

On fait cette rencontre autour d’un verre de vin, sur une musique qui ne déconcentre pas: Miles Davis [parce que c’est parfaitement anachronique].