Le banc du roi

jeudi, avril 2, 2015 0 1

afrique

 

C’est un roi fauché assis sur un banc. Il a douze enfants et une retraite de cent euros mais c’est un roi, il a fait naître un trésor, sa seule richesse partie dans un autre pays. Tous les jours, très tôt le matin, il prend le taxi-brousse et vient s’asseoir sur ce banc, en face de son ancienne maison, il demande à le voir. Il l’attend assis. Sa mort s’impatiente de lui. Chaque matin il le réclame. C’est un vieux qui n’a plus toute sa tête, et le boubou neuf n’y fait rien, sur son banc il oublie la distance et le temps. Le présent s’est arrêté pour lui. Ses souvenirs sont élimés, rapiécés, retournés tant et tant de fois derrière ses orbites qu’il ne supporte plus y penser. Il réclame son fils, prince émigré. Et dans sa solitude il espère le revoir une dernière fois, le reconnaître avant de ne plus jamais s’asseoir, qu’il s’en aille léger de fierté. A cinq heures il prend le taxi-brousse, et du pays, il appelle son fils d’une douleur artérielle. Et la mort l’enlève le temps d’une sonnerie, dans l’écho d’un quotidien réglé par le travail. Il part dans l’attente.

 

[ Texte et photo de fond de tiroir – 2011 ]

On écoute Father and son de Cat Stevens.

Les mots de Sorj Chalandon

mardi, mars 31, 2015 4 1

 

Le quatrième mur est un poing rouge tendu pour faire se lever l’Antigone de Jean Anouilh. La petite maigre pousse dans l’esprit d’un réfugié politique grec amoureux de théâtre, devenant l’allégorie sublime de la paix. Elle éclot grâce à un révolté de loin, Georges, missionné à Beyrouth pour monter la pièce, achever ce puzzle de voix par delà les lignes de front, les cratères de religions, impacts de convictions, obus d’haine raciale…
 

« Antigone, jouée à mains nues dans une ville où d’autres mains étranglent. »

 

Nourrie du souffle d’Antigone depuis l’enfance, j’en ai retrouvé la puissance dans les rues de la capitale égorgée. Beyrouth, théâtre de la tragédie humaine, où la barbarie écartèle l’espoir, où la folie viole les âmes aveuglées par la colère, où les hommes se perdent de n’être plus rien, où la vie est définitivement close par le Choeur, puisqu’après tout il est plus reposant et commode de mourir.

 

« Le chien reste un chien, Georges. Même élevé par des moutons. Tes acteurs ne sont pas des acteurs, ce sont des soldats. Toi tu ne le sais pas, mais la guerre s’en souvient. »

 

Sorj Chalandon fait tomber le quatrième mur séparant les acteurs des spectateurs, le lecteur n’est plus protégé des mots, il se blesse sur les gravats sanglants de la guerre civile libanaise. Si l’ « on a toujours deux yeux de trop » pour l’horreur, l’auteur nous rappelle qu’il est parfois bon de s’y confronter. Ainsi l’on ouvre ce roman avec curiosité et on le ferme avec le cœur au bord des yeux.

 

On palpite ce roman en écoutant Pie Jesu de Duruflé et en mangeant du houmous.

L’Afrique survitaminée de Paul Sika

dimanche, mars 29, 2015 0 3

Bienvenue dans l’univers explosif du photographe ivoirien Paul Sika. Tombé en amour du cinéma lors de son séjour à Londres, son idylle cinématographique aiguillonne son travail vers son propre style qu’il baptise Photo-making, néologisme combinant photography et filmmaking.

 

 « Obstacles are springboards for more Creativity. »

 
Loin des studios, l’imaginaire de Paul Sika se déploie en des couleurs saturées, une multiplicité de détails et de corps désarticulés, emplissant ses créations d’une dimension allégorique infinie. Chaque cliché est un petit script à lire et à interpréter. L’esthétique léchée de son travail raconte la complexité de l’histoire africaine, mais surtout en donne une image positive, débordante d’énergie.

 

All the heart of me

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Lillian’s appeal

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