Les mots de Sorj Chalandon

mardi, mars 31, 2015 4 1

 

Le quatrième mur est un poing rouge tendu pour faire se lever l’Antigone de Jean Anouilh. La petite maigre pousse dans l’esprit d’un réfugié politique grec amoureux de théâtre, devenant l’allégorie sublime de la paix. Elle éclot grâce à un révolté de loin, Georges, missionné à Beyrouth pour monter la pièce, achever ce puzzle de voix par delà les lignes de front, les cratères de religions, impacts de convictions, obus d’haine raciale…
 

« Antigone, jouée à mains nues dans une ville où d’autres mains étranglent. »

 

Nourrie du souffle d’Antigone depuis l’enfance, j’en ai retrouvé la puissance dans les rues de la capitale égorgée. Beyrouth, théâtre de la tragédie humaine, où la barbarie écartèle l’espoir, où la folie viole les âmes aveuglées par la colère, où les hommes se perdent de n’être plus rien, où la vie est définitivement close par le Choeur, puisqu’après tout il est plus reposant et commode de mourir.

 

« Le chien reste un chien, Georges. Même élevé par des moutons. Tes acteurs ne sont pas des acteurs, ce sont des soldats. Toi tu ne le sais pas, mais la guerre s’en souvient. »

 

Sorj Chalandon fait tomber le quatrième mur séparant les acteurs des spectateurs, le lecteur n’est plus protégé des mots, il se blesse sur les gravats sanglants de la guerre civile libanaise. Si l’ « on a toujours deux yeux de trop » pour l’horreur, l’auteur nous rappelle qu’il est parfois bon de s’y confronter. Ainsi l’on ouvre ce roman avec curiosité et on le ferme avec le cœur au bord des yeux.

 

On palpite ce roman en écoutant Pie Jesu de Duruflé et en mangeant du houmous.

L’Afrique survitaminée de Paul Sika

dimanche, mars 29, 2015 0 3

Bienvenue dans l’univers explosif du photographe ivoirien Paul Sika. Tombé en amour du cinéma lors de son séjour à Londres, son idylle cinématographique aiguillonne son travail vers son propre style qu’il baptise Photo-making, néologisme combinant photography et filmmaking.

 

 « Obstacles are springboards for more Creativity. »

 
Loin des studios, l’imaginaire de Paul Sika se déploie en des couleurs saturées, une multiplicité de détails et de corps désarticulés, emplissant ses créations d’une dimension allégorique infinie. Chaque cliché est un petit script à lire et à interpréter. L’esthétique léchée de son travail raconte la complexité de l’histoire africaine, mais surtout en donne une image positive, débordante d’énergie.

 

All the heart of me

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Lillian’s appeal

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Pour encore plus d’histoires colorées :

Son site, son Facebook, son Twitter.

Lire avec les Boloss des Belles Lettres

dimanche, mars 22, 2015 0 4

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Le Tumblr Les Boloss des Belles Lettres est né sur l’initiative de deux littéraires Quentin Leclerc et Michel Pimpant. Leur mot d’ordre : s’amuser. Leur pari : vulgariser les grands classiques de la littérature, les résumer dans un langage oral ultra familier [type « banlieusard »] dont les codes échappent parfois, font rire toujours.

 

« montesquieu son p’tit kiff c’est de se mettre en mode brice de nice et d’enchainer les clash contre clash… »

 

Leur approche singulière du patrimoine littéraire dépoussière des oeuvres souvent jugées difficiles d’accès, révélant l’essence des textes par le biais de la culture de masse, séduisant à coup sûr le lecteur joueur. Leurs chroniques décalées font rapidement mouche sur la toile, du lycéen désabusé au retraité avide de culture, en passant par l’étudiant en recherche de lectures croustillantes, elles ravissent l’humeur de tous, charmant Flammarion qui publie en 2013 leur évocateur La littérature pour tous les waloufs.

 

« ça se passe à napoli chez les kings de la pizza pino y a octave et léandre deux babtous teenagers ils font une pyjama party géante avec de la mousse et du tropico parce que leurs darons ils sont tipar en « voyage d’affaire » MAIS OUAIS MAGUEULE moi j’appelle ça deux tontons dans un jacuzzi alors la pyjama party ça devient le dawa napolitain limite »

[Les fourberies de Scapin – Molière]

 

Le 20 mars dernier, les Boloss des Belles Lettres ont mis en ligne une petite vidéo dans laquelle Monsieur Jean Rochefort, ponte du cinéma français, désacralise le chef d’oeuvre flaubertien avec un naturel déconcertant. Impossible que vous ne vous régaliez pas à votre tour de ce petit résumé de Madame Bovary dont le langage devient délicieusement châtié sous la moustache de l’acteur.

 

 

On redécouvre les classiques sur leur Tumblr.

On les suit sur Facebook ou sur Twitter Quentin et Michel.

Mais surtout on se procure La littérature pour tous les waloufs en librairie.