Les mots de Boris Vian

dimanche, janvier 18, 2015 2 1

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Ouvrir L’arrache-cœur de Boris Vian c’est plonger dans un néologisme béant, où la cruauté humaine met le dégoût au bord des yeux. L’univers rocambolesque de ce roman n’a rien de gourmand, la campagne y est macabre, ses habitants tyranniques, la folie nous-y saute à la gorge et on la déglutit avec effroi. Se promener dans ces pages c’est confronter notre empathie au miroir inquiétant de notre propre monde, une extension littéraire de notre violence angoissée, notre inconscience exacerbée. Les frontières y sont absentes, le décor sans cesse remodelé : on déracine les arbres, on fait disparaître le sol et les murs, on carrèle le ciel, et pourtant tout reste figé dans une torpeur oppressante. On pénètre dans cette maison sur la falaise, on s’y arrête dans un élan de curiosité moribonde et délectable et on s’englue dans une léthargie malsaine, jusqu’à la dernière page.

L’arrache-cœur remue efficacement le notre. Glaçant, il accroche notre attention, nous attache à des personnages creux, dont le vide est rapidement comblé par notre plaisir à lire.

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On tente cette lecture avec un verre de lait [maternel de préférence] et on laisse l’auteur nous jouer un petit air de jazz.

Dix femmes qui m’inspirent

jeudi, janvier 15, 2015 0 1

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Au détour de la rivière de mon enfance j’ai d’abord croisé Pocahontas. La femme que je voulais devenir plus tard c’était elle. Courir à demi-nue dans la forêt, plonger de plusieurs dizaines de mètres de hauteur dans une lagune turquoise, monologuer avec un raton-laveur, mais surtout unir les peuples malgré leur différence d’épiderme. Dans cette même veine d’innocence juvénile, j’ai suivi avec exaltation les déboires scolaires et amoureux de Bunny Rivière, une collégienne écervelée, feignante, lâche et pleurnicharde qui possède le pouvoir du prisme lunaire pour se transformer en Sailor Moon et sauver l’humanité de méchants à la voix criarde.
 

Par la suite d’autres femmes sont entrées dans ma vie. Des vraies, avec des voix et des mots, des vies à couper le souffle, à bouleverser la mienne.
 
Joséphine Baker pour avoir forcé les portes en louchant, avec sa couleur de peau et ses grimaces, pour sa générosité en constante Résistance contre les travers de ce monde.
 
Colette pour sa pluralité. Pour avoir donné à la femme ses lettres de noblesse, pour la prodigalité de sa vie sulfureuse, pour le cadeau de ses mots à la hauteur de son génie.
 
Frida Kahlo pour son destin broché, sa rage de vivre en couleurs, ses peintures à ne jamais se relever.
 
Simone de Beauvoir pour ce qu’elle a osé faire d’elle-même et de la femme, n’être pas restée une Jeune fille rangée dans l’ombre de Sartre. Pour le mot féminin tout simplement.
 
Tina Turner pour s’être relevée d’une vie en gueule de bois. Magnifiquement rauque.
 
Rosa Parks et Angela Davis pour leurs sourires et leurs poings levés contre la ségrégation raciale, dans un bus, sous une coupe afro, et jusqu’à moi.
 
Impossible enfin d’échapper au groove de la femme la plus influente du monde actuellement, Beyonce à la carrière immaculée, dont le groupe Destiny’s child faisait déjà bouger ma perruque de Pocahontas dans ma chambre de petite fille.

Les mots de Paul Eluard

mercredi, janvier 14, 2015 0 2

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Découvrir Les premiers poèmes de Paul Eluard c’est entrer dans La vie immédiate. C’est avoir les Yeux fertiles d’une Poésie ininterrompue qui nous est Donnée à voir, qui nous bouleverse, nous déborde. Il est plus Facile, Pour vivre ici, d’avoir Le livre ouvert. Pose sa prose sous La courbe de tes yeux, et reconnais sous ta langue Quelques-uns des mots qui jusqu’ici t’étaient mystérieusement interdits. Aie le Courage d’être émue par le Cours naturel des mésalliances heureuses entre les mots. Apprends à être Amoureuse, à Mourir de ne pas mourir, à avoir les Mains libres de les ressaisir encore, ses mots d’Eluard en devenir dans Notre vie.

 

Lis Eluard car il te connaît. Il a le pouvoir de te construire une Capitale de la douleur en un unique poème, te rappeler à toi-même.

 

        Et dans l’unité d’un temps partagé, il y eut soudain tel jour de telle année que je ne pus accepter. Tous les autres jours, toutes les autres nuits, mais ce jour-là j’ai trop souffert. La vie, l’amour avaient perdu leur point de fixation. Rassure-toi, ce n’est pas au profit de quoi que ce soit de durable que j’ai désespéré de notre entente. Je n’ai pas imaginé une autre vie, devant d’autres bras, dans d’autres bras. Je n’ai pas pensé que je cesserais un jour de t’être fidèle, puisqu’à tout jamais j’avais compris ta pensée et la pensée que tu existes, que tu ne cesses d’exister qu’avec moi.
        J’ai dit à des femmes que je n’aimais pas que leur existence dépendait de la tienne.
     Et la vie, pourtant, s’en prenait à notre amour. La vie sans cesse à la recherche d’un nouvel amour, pour effacer l’amour ancien, l’amour dangereux, la vie voulait changer d’amour.
   Principes de la fidélité… Car les principes ne dépendent pas toujours de règles sèchement inscrites sur le bois blanc des ancêtres, mais de charmes bien vivants, de regards, d’attitudes, de paroles et des signes de la jeunesse, de la pureté, de la passion. Rien de tout cela ne s’efface.

 

[ La vie immédiate – Nuits partagées ]