Les mots de Baudelaire

jeudi, janvier 22, 2015 0 2

PENTAX ImageBaudelaire veut « La vie en beau ! »  et nous la jette d’en haut dans un pot de Petits poèmes en prose à l’architecture Haussmannienne.

 

Le Spleen de Paris, pendant aux Fleurs du Mal trop méconnu, nous fait trébucher sur les gravats des rues de la capitale défigurée par l’entreprise napoléonienne de modernisation de la ville. Un ouvrage singulier où l’effrayant s’associe avec le bouffon, la tendresse avec la haine, et dont l’innocence apparente cache la volonté profonde de nous dessiller le regard.

 

Puisqu’il faut toujours être ivre, ivre sans cesse, de vin, de poésie ou de vertu, il faut s’étourdir de la prose poétique baudelairienne. Une prosodie inhabituelle, violente, folle lunatique et glauque, qu’on éfeuille poème après poème, qu’on lit comme de petites histoires qui font rire beaucoup, effraient toujours. Tourment d’images méandreuses qu’il faut apprivoiser au fil des lectures, encore et encore, ouvrir ce recueil pour y découvrir un monde beau d’être malade, dont Baudelaire a fait son asile magnifié.

 

On frissonne en sirotant une petite absinthe avec Franz Liszt.

 

Les mots de Boris Vian

dimanche, janvier 18, 2015 2 1

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Ouvrir L’arrache-cœur de Boris Vian c’est plonger dans un néologisme béant, où la cruauté humaine met le dégoût au bord des yeux. L’univers rocambolesque de ce roman n’a rien de gourmand, la campagne y est macabre, ses habitants tyranniques, la folie nous-y saute à la gorge et on la déglutit avec effroi. Se promener dans ces pages c’est confronter notre empathie au miroir inquiétant de notre propre monde, une extension littéraire de notre violence angoissée, notre inconscience exacerbée. Les frontières y sont absentes, le décor sans cesse remodelé : on déracine les arbres, on fait disparaître le sol et les murs, on carrèle le ciel, et pourtant tout reste figé dans une torpeur oppressante. On pénètre dans cette maison sur la falaise, on s’y arrête dans un élan de curiosité moribonde et délectable et on s’englue dans une léthargie malsaine, jusqu’à la dernière page.

L’arrache-cœur remue efficacement le notre. Glaçant, il accroche notre attention, nous attache à des personnages creux, dont le vide est rapidement comblé par notre plaisir à lire.

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On tente cette lecture avec un verre de lait [maternel de préférence] et on laisse l’auteur nous jouer un petit air de jazz.

Dix femmes qui m’inspirent

jeudi, janvier 15, 2015 0 1

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Au détour de la rivière de mon enfance j’ai d’abord croisé Pocahontas. La femme que je voulais devenir plus tard c’était elle. Courir à demi-nue dans la forêt, plonger de plusieurs dizaines de mètres de hauteur dans une lagune turquoise, monologuer avec un raton-laveur, mais surtout unir les peuples malgré leur différence d’épiderme. Dans cette même veine d’innocence juvénile, j’ai suivi avec exaltation les déboires scolaires et amoureux de Bunny Rivière, une collégienne écervelée, feignante, lâche et pleurnicharde qui possède le pouvoir du prisme lunaire pour se transformer en Sailor Moon et sauver l’humanité de méchants à la voix criarde.
 

Par la suite d’autres femmes sont entrées dans ma vie. Des vraies, avec des voix et des mots, des vies à couper le souffle, à bouleverser la mienne.
 
Joséphine Baker pour avoir forcé les portes en louchant, avec sa couleur de peau et ses grimaces, pour sa générosité en constante Résistance contre les travers de ce monde.
 
Colette pour sa pluralité. Pour avoir donné à la femme ses lettres de noblesse, pour la prodigalité de sa vie sulfureuse, pour le cadeau de ses mots à la hauteur de son génie.
 
Frida Kahlo pour son destin broché, sa rage de vivre en couleurs, ses peintures à ne jamais se relever.
 
Simone de Beauvoir pour ce qu’elle a osé faire d’elle-même et de la femme, n’être pas restée une Jeune fille rangée dans l’ombre de Sartre. Pour le mot féminin tout simplement.
 
Tina Turner pour s’être relevée d’une vie en gueule de bois. Magnifiquement rauque.
 
Rosa Parks et Angela Davis pour leurs sourires et leurs poings levés contre la ségrégation raciale, dans un bus, sous une coupe afro, et jusqu’à moi.
 
Impossible enfin d’échapper au groove de la femme la plus influente du monde actuellement, Beyonce à la carrière immaculée, dont le groupe Destiny’s child faisait déjà bouger ma perruque de Pocahontas dans ma chambre de petite fille.