Quand nos gestes auront trop de rides

lundi, février 2, 2015 0 3

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      Dans quel écho de dessous de pont resurgiront les voix du passé ? Quelles toiles d’araignée tisseront nos sourires poussiéreux ? Sur quel trottoir, de quelle rue, nos chaussures s’arrêteront-elles, d’un coup, paresseuses ? Quelle poche de quel jean élimé nous offrira nos vieux mots à l’orthographe chiffonnée ? Lequel de nos enfants doublera notre vécu d’un coup de ressemblance ? Quel parfum embaumera nos larmes écolières et quel prénom nouera encore notre gorge ? Quel livre restera là, fermé sur une étagère, avec à l’intérieur, notre coeur tout entier ?

 

       Nos meilleurs moments sans cesse traqués par nos sens perméables, quel charme trouverons nous alors au temps qui reste ?

 

       Le monde comme grenier à souvenirs.
      Une malle ouverte sur notre mélancolie latente. Pulsion cardiaque battante jusqu’à ce que nous soyons devenus stériles : carcasses gâteuses, identités sclérosées, mémoires hypothéquées, ombres croulantes au présent sulfurisé…
       Quel archaïsme serons nous devenus ?

 

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On écoute Les vieux de Jacques Brel et Le temps qui reste de Reggiani.

 

 

Les photos sont de Sacha Goldberger : un photographe que je t’invite vivement à découvrir ici.

Arnold Butler et ses coups de pinceaux

dimanche, février 1, 2015 2 1

Arnold Butler est un jeune peintre et photographe autodidacte d’Atlanta.

Il peint les femmes sur des toiles gigantesques, des silhouettes penchées, nues et géométriques. Du féminin en couleurs. Des portraits barbouillés d’humanité.

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I don’t paint pictures, I paint my prayers for the Universe to see and hear them.”

Son site et Son Instagram

 

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Les mots de Gabriel Garcia Marquez

vendredi, janvier 30, 2015 2 1

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L’année de ses quatre-vingt-dix ans le narrateur se réveille en sursaut d’une existence vide. Journaliste médiocre, son quotidien vétuste n’aura été ponctué que d’innombrables aller-retours aux bordels voisins, assauts vains et répétitifs. Un coup de téléphone insolite à Rosa Cabarcas, reine maquerelle de la ville, pour s’offrir une jeune vierge à déflorer, fait définitivement basculer le vieillard du côté des vivants. A quatre-vingt-dix ans il apprend l’amour, met un terme à la vacuité de son existence. La passion nocturne où les mots rythment les rêves, adoucit les peaux moites et élimées, unit les personnages en des couples oxymoriques.

 

 « Pourquoi vous ai-je connu aussi vieux ? Je lui répondais la vérité : On n’a pas l’âge que l’on paraît mais celui que l’on sent. »

 

Dans Mémoires de mes putains tristes comme dans ses autres romans, Gabriel Garcia Marquez fait éclore la beauté de la torpeur, la poésie de la décrépitude. La pauvreté des décors et protagonistes, se transforme en un écrin de sensualité où la vie est sublimée, non sans une pointe d’exotisme.

 

« Nous sommes vieux, a-t-elle soupiré. L’ennui c’est qu’au-dedans on ne le sent pas, mais qu’au dehors tout le monde le voit. »

 

On le lit d’une traite avant de s’endormir, en écoutant Tona la Negra et en buvant une petite boisson au bromure et à la valériane.