Playlist printanière

dimanche, mars 25, 2018 2 2

Cela fait longtemps que je ne vous ai pas partagé mes dernières découvertes musicales. En ce changement de saison il est temps de faire bourgeonner nos playlist de petits sons en textes à danser et pousser la chansonnette.  Et comme je ne veux pas vous mentir et vous faire croire que je n’écoute que des artistes français à l’univers léché et poétique je vous partage aussi mes petits sons afros, qui sans réfléchir me font le plus bouger.

 

Enfilez vos écouteurs et baskets et régalez-vous de ces univers décalés !

 

Aloïse Sauvage

 

Dernière découverte et énorme coup de cœur pour l’univers corporel d’Aloïse Sauvage. Hip Hop et décalée elle dégage une énergie singulière, qui donne envie pousser nos impressions, de danser et d’écrire, d’être Aphone et de partir Ailleurs Higher.

 

Bagarre

 

Le groupe à écouter le matin pour vous donner envie de partir directement en soirée voguing. Encore un groupe qui vous donnera envie de danser de nuit comme de jour, Danser seul ou accompagné.

 

Carmen Maria Vega

 

Cela faisait longtemps que je n’avais pas écouté Carmen Maria Vega dont j’apprécie pourtant le franc parlé des textes qui disent très haut et grave nos impressions du quotidien, et puis je suis tombée sur son dernier clip J’ai tout aimé de toi, et je suis retombée en amour – il faut prendre ce temps de visionnage.

 

Fishbach

 

Pour sa chanson irrésistiblement rétro Un autre que moi que j’entends à chaque soirée, et si au début je n’avais pas compris cet engouement, je la passe désormais en boucle chez moi et me déhanche.

 

Georges Brassens

Non pour l’esprit de nouveauté mais pour le magnifique clip Les Passantes réalisé par Charlotte Abramow que je vous invite vivement à regarder.

 

Jorja Smith

Jorja Smith j’en suis immédiatement tombée en amour, à la première écoute. Un coup de foudre que vous ne pourrez comprendre que si vous vous laissez tomber à cliquer.

 

Puri – Jhorrmountain -Adje

Le titre Cono a clairement réveillé mon envie de danser pour longtemps. Âmes sensibles s’abstenir.

 

Tim Dup

 

On ne le présente déjà presque plus. Tim Dup et sa mélancolie heureuse, dont je vous partage aujourd’hui la reprise de La vie ne vaut rien d’Alain Souchon – bouffée d’air frais.

 

Yemi Alade

Je vous avais déjà partagé mon addiction à son titre Johnny mais avec son dernier titre Bum Bum Yemi Alade est de nouveau en bonne place dans ma playlist.

 

Wizkid

Soco que j’aime déjà d’amour ou un petit partage de piste sur Nowo.

 

 

Avez-vous des sons à me faire découvrir ?

Pour me faire danser ou pousser la chansonnette toute la saison ?

 

Les mots de Timothée de Fombelle 3

mercredi, mars 21, 2018 2 4


 
« Il y a dans les hauts territoires de l’enfance, derrière les torrents, les ronces, les forêts, après les granges brûlantes et les longs couloirs de parquet, certains chemins qui s’aventurent plus loin verse le bord du royaume, longent les falaises ou le grillage et laissent voir une plaine tout en bas, c’est le pays des lendemains : le pays adulte.

Les enfants qui vont près de cette lisière, au milieu des herbes plus hautes que leurs épaules, surprennent parfois en dessous d’eux, dans le fond de la plaine, la mort ou des amoureux, par accident. Ces apparitions ressemblent à des éclats de verre au soleil. Elles éblouissent et disparaissent aussitôt, cachées par les nuages bas.

En retournant vers la forêt profonde avec leurs arcs et leurs flèches, les enfants croient oublier cette vision. Mais elle a semé en eux un noyau de cerise qui grandit déjà à l’intérieur. »

 

Nerverland porte bien son nom, et Timothée de Fombelle se fait Peter Pan, nous emmenant voler jusque dans les jardins de son enfance. C’est un livre époustouflant de beauté. Je l’ai lu avec le coeur au bord des yeux. En quelques heures j’ai tout aimé, je m’y suis retrouvée, j’ai tout relu, à voix haute ou basse pour moi seule, me repaître de la poésie de ses mots. Et si nous n’avons pas tous les mêmes souvenirs d’enfance, chacun à des tiroirs à ouvrir et à fouiller, pour retrouver, au fond, la chaleur palpable de son premier âge en balbutiements.

 

« L’enfant est une île. Il ne sait et ne possède rien. Il devine des forces immenses sous les bandelettes qui serrent son corps. Pour lui, le lendemain n’existe pas. Le passé a déjà disparu. L’enfant commence par être cet instant suspendu, désarmé, qui jaillit comme un bouchon au milieu de la mer et regarde autour de lui. »

 

Ce livre est un battements d’impressions à cajoler. Vous n’y trouverez pas de personnages en fuite cette fois, mais des ressouvenances percutantes : un premier souvenir d’écriture, un grand père, un forêt, une pièce en cartons, des paysages ou tournent le monde. Neverland nous invite à partir pour notre propre pays imaginaire, celui à revire en culotte courte, celui où il faut revenir souvent pour ne pas perdre cet émerveillement innocent qui fait tout l’agrément de la vie.

 

« Un jour, pourtant, on surgit dans leur vie. Les enfants nous entendent venir de loin. On plante nos antennes-relais et nos boutiques. On allume en grand les lumières. Les hauts-parleurs crient de ne plus avoir peur, alors que personne ici, avant nous, n’avait jamais eu l’idée d’avoir peur.

Un jour, on surgit. On prend des airs de compassion. Comme si l’enfance était une maladie qui finirait par s’arranger. On s’approche des petits, on remplit leurs mains et leurs jours.

On leur apprend qu’ils peuvent tomber.

On devance leur faim.

On les occupe.

On décide de donner un nouveau nom au temps long de l’enfance. On l’appellera l’ennui.

Ainsi commence l’occupation. »

 

Je vous invite, avec toute ma conviction, à lire ce toit ouvert sur un monde de mots enchantés. Si je suis tombée dessus par hasard à la bibliothèque, il est certain je vais l’acheter pour la mienne et l’offrir à tous ceux à qui je voudrais apporter quelques pages de ravissement.

 

« Je savais ce pays dangereux. Comment l’enfance pouvait-elle ne pas l’être alors que, pendant des milliers d’années, la plupart des enfants n’en revenaient pas et disparaissaient avant douze ans ? »

 

 

Quitte à parler des amoureux, on se réécoute Mon enfance de Jacques Brel, pour rester dans le thème.

 

Avez-vous lu Timothée de Fombelle ?

Etez-vous prêts pour un voyage en votre enfance ?

 

Les mots d’Eve Ensler

mardi, mars 13, 2018 2 1

 

J’ai enfin pris le temps de lire le désormais classique Les Monologues du vagin d’Eve Ensler. J’ai lu ce texte dont j’ai depuis de nombreuses années croisé les affiches au titre intriguant, anormalement provocateur, incontestablement féminin.

 

« Vagin. Je le dis parce que je suis censée ne pas le dire. Je le dis parce que c’est un mot indicible – un mot qui provoque l’angoisse, la gêne, le mépris et le dégoût. Je le dis parce que je crois que ce qu’on ne dit pas, on ne le voit pas, on ne le reconnaît pas, on ne se le rappelle pas. Ce qu’on ne dit pas devient un secret et les secrets engendrent la honte, la peur, les mythes. Je le dis parce que je veux pouvoir un jour le dire naturellement, sans éprouver un sentiment de honte et de culpabilité. »
 
Eve Ensler redonne ses lettres de noblesse à un mot mal aimé, qu’on cache derrière nos commissures de lèvres pincées. Un mot que l’on nie, et auquel on préfère le frifri, la foufoune, le berlingot. C’est une polyphonie de voix féminines, regroupées en un unique monologue, qui s’approprie ce -gros – mot dans ce – petit – livre. Des femmes qui prononcent des dizaines de fois le mot « VAGIN », parfois en s’excusant ou avec le rouge aux joues, pour qu’il ne soit plus indicible ou avilissant, pour qu’il puisse tomber dans une conversation sans yeux ronds.
 

Mon vagin, village vivant, doux et chaud.
Ils t’ont envahi. Massacré.
Incendié.
Je ne peux plus te toucher.
Je ne peux plus venir te voir.
J’habite ailleurs à présent.
Ailleurs. Mais je ne sais pas où c’est.

 

Eve Ensler nous partage avec ses mots, ceux des femmes  qu’elle a interviewées et qui sont parties à la recherche de leur vagin. Elle fait de ce mot, une exploration, et on lit cette pièce de théâtre comme un miroir tendu vers notre propre rapport au corps. On y croise une dame qui se découvre pour la première fois à 72 ans, une épouse trompée de ne pas s’être rasée, des femmes violées, des mots innocents d’enfants, des regards d’hommes subjugués, des orgasmes, des gémissements et des vagins en colère. Cette pièce a le mérite de témoigner du rapport conflictuel de la femme à son propre corps. Le vagin demeure un organe mal aimé, une cavité terrifiante qu’on craint de dévoiler, quelque chose de sale et d’honteux. Un royaume qu’il faut apprivoiser pour en découvrir les trésors et le magnifier.

 

« La vente des vibromasseurs est interdite par la loi dans les Etats suivants : Texas, Géorgie, Ohio et Arkansas. Si vous vous faites prendre, vous risquez une amende de 10 000 dollars et un an de travaux forcés. En revanche, dans ces mêmes Etats, la vente des armes est parfaitement légale. Et pourtant, on n’a jamais vu un massacre collectif causé par un vibromasseur. »

 

Je pense que Les Monologues du vagin aurait pu faire des milliers de pages de plus, tant le sujet est inépuisable. Il y a autant de Monologue du vagin qu’il y a de femme sur terre. Ce livre vient illustrer Sexpowerment de Camille Emmanuelle, lu juste avant, car il est aussi un appel à prendre connaissance de leurs corps, à l’explorer pour s’accomplir en tant que femme. Un livre documenté et poétique dont je vous recommande chaudement la lecture.

 

« ….c’est le mot qui fait avancer et c’est le mot qui rend libre. »

 

Avez-vous d’autres lectures féministes à me conseiller ?

D’autres pièces à gros mots à dévorer ?