La diaspora d’Amarachi Nwosu

dimanche, mai 13, 2018 1 2

 

Amarachi Nwosu est une photographe, écrivaine et réalisatrice, afro américaine basée au Japon. Par son travail et ses multiples collaborations, elle interroge la représentation de la diaspora africaine dans le monde. Ses photographies colorées démantèlent les stéréotypes, explorent les différentes cultures, racontent des histoires invisibles.

 

 

Je vous invite à découvrir le travail d’Amarachi Nwosu sur son site  ou son instagram

 

Les mots de Tennessee Williams

mercredi, mai 2, 2018 0 2

J’aime les mots en vie ou les vies biscornues, les romans qui emportent vers des histoires qui ne sont pas lisses ou monochromes, et les mots de Tennessee Williams sont de ceux-là. Cela faisait deux ans qu’il attendait sur ma table de chevet. C’était un nom que je n’avais jamais lu, un classique à découvrir, un titre accrocheur et abîmé, trouvé en bouquinerie. Le boxeur manchot est un recueil de nouvelles particulièrement touchant. Les personnages y sont tous des orphelins lovés dans la plume de l’auteur, des êtres de papier à la chair bien épaisse, qu’on peut palper et dont on savoure les bruissements d’humeur souvent malades.

 

Pour la première fois, ils se trouvaient ensemble dans le noir, sans plus éprouver la moindre peur l’un de l’autre. Ils se tenaient par la main, ils se regardaient avec une sympathie un peu triste. Ils n’essayaient plus de s’aider, mais seulement de se comprendre. Ils se savaient absolument séparés, absolument seuls l’un et l’autre. Mais ils n’étaient plus des étrangers…

 

Ce sont des textes sur la marge, des protagonistes sans famille et sans origine qui déambulent en de courtes histoires au destin morcelé. Ce n’est pas gai mais boursouflé d’un désir souvent inconfortable, de cette solitude universelle qui nous pousse vers les autres, même s’ils nous fermeront la porte au nez. Ce sont des récits terriblement tendres sur des personnages en conflit avec l’existence trop inconfortable, souvent cruelle, toujours inattendue.

 

IL sent qu’une part de lui-même est semblable à un mur qui manque dans une maison, à un meuble qui manque dans une pièce, et il essaye tant bien que mal de remédier à ce manque. L’usage de l’imagination, l’exercice du rêve ou des plus hautes ambitions de l’art, c’est le manque qu’il fabrique pour dissimuler ses incompétences.

 

Vous rencontrerez un boxeur manchot à la beauté assassine, des jeunes filles en verre ou en fleur, engoncées dans leur timidité, des hommes dans leur conformisme violent. Une galerie de protagonistes fragiles et mémorables qui entreront dans votre mémoire avec le fracas d’un chef d’oeuvre, et y resteront, statues mutilées continuant de vous appeler pour combler cet échos de solitude, le vôtre.

 

La violence ou la guerre, entre deux hommes ou deux nations, apparaissent aussi comme une compensation aveugle et insensée à tout ce qui n’est pas vraiment achevé dans la nature humaine.

 

Avec Le boxeur manchot correspondant à son recueil La Statue mutilée (One Arm and Others Stories) publié 1967, j’ai découvert un auteur dont je vais continuer à explorer l’oeuvre en pages ou sur scène.

 

Connaissez-vous Tennessee Williams ?

Avez-vous des classiques à conseiller ? Des incontournables ?

Les mots de Joseph Kessel 2

dimanche, avril 15, 2018 0 0

 

Décidément Joseph Kessel ne me déçoit jamais. Que ce soit dans les montagnes de l’Afghanistan avec ses Cavaliers ou avec son Lion dans une réserve nationale au Kenya, l’auteur m’embarque avec ses mots. L’armée des ombres nous fait revivre les heures sombres de l’histoire française et nous plonge au cœur du réseau de la résistance, sans commisération ni larmoiement.
 
«  – La résistance. Tu entends ? dit encore Gerbier. Endors-toi avec ce mot dans la tête. Il est le plus beau, en ce temps, de toute la langue française. Tu ne peux pas le connaître. Il s’est fait pendant qu’on te détruisait ici. Dors, je promets de te l’apprendre. » 
 
Sous la forme de récit et de chroniques on croise le destin fictif de personnes qui ont réellement œuvré pour la libération de la France sous l’occupation. Des noms plus que des visages marquent notre imagination. Des identités mobiles qui se cachent et passent leur vie dans des trains, traqués, à correspondre avec d’autres inconnus. Chacun y va de sa petite participation et c’est avec puissance que Joseph Kessel nous ouvre les trappes des caves les plus noires de notre passé.

 

« La résistance, elle est tous les hommes français qui ne veulent pas qu’on fasse à la France des yeux de morts, des yeux vides. »

 

C’est la première fois que je lisais un roman sur la résistance française. Il est agréable d’aborder cette période historique par la voix de Gerbier, un des grands organisateurs de ce réseau clandestin, et non plus par celle des déportés. La vision de l’Histoire n’en est pas moins cruelle. Les scènes de torture et les passages aux camps y ont bonne place. Mais ce roman est une ramification d’espoirs pugnaces et triomphants. On sait que les journaux clandestins s’impriment derrière les murs, on entend partout les grésillements persistants de la B.B.C, et derrière chaque porte qui s’ouvre le parachutiste anglais trouve refuge. On est sûr que tout cela va s’arrêter bientôt malgré les pertes, que les derniers de nos protagonistes seront vainqueurs.

 

« Le soldat allemand cessa de marcher dans le corridor et colla son visage casqué contre le carré découpé dans la porte. Parmi les condamnés à mort, Gerbier seul fit attention à ce morceau de métal, de chair et de regard qui avait bouché l’orifice. Il était seul à ne pas concevoir que la vie fût achevée. Il ne se sentait pas en état de mort. »

 

« Je ne pense pas qu’il soit lamentable d’être un homme. »

 

L’armée des ombres est un classique à découvrir ou relire. Un livre qui nous prend à la gorge dès la préface de l’auteur, qui suffit pour faire de cette oeuvre un chef d’oeuvre, et dont je vous livre les premiers mots.

 

     « Il n’y a pas de propagande dans ce livre et il n’y a pas de fiction. Aucun détail n’y a été forcé et aucun n’y est inventé. On ne trouvera assemblés ici, sans apprêt et parfois même au hasard, que des faits authentiques, éprouvés, contrôlés et pour ainsi dire quotidiens. Des faits courants de la vie française.

     Les sources sont nombreuses et sûres. Pour les caractères, les situations, la souffrance la plus nue et pour le plus simple courage, il n’y avait que l’embarras du choix. Dans ces conditions l’entreprise semblait des plus faciles.

    Or, de tous les ouvrages que j’ai pu écrire au cours d’une vide déjà longue, il n’en est pas un qui m’ait demandé autant de peines que celui-là. Et aucun ne m’a laissé aussi mécontent.

    Je voulais tant dire et j’ai dit si peu. »