Les mots de Lois Lowry

lundi, septembre 19, 2016 2 1

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J’ai découvert Le Passeur de Lois Lowry en préparant mes cours pour ma classe de 5ème. Moi qui n’ai pas beaucoup lu de littérature jeunesse, j’ai adoré ces pages glaçantes. Moi qui n’est jamais été portée sur la sciences-fiction, j’ai dévoré ce livre édifiant.

 

Nous vivons comme des ombres.
Nous ne sommes plus que l’écho lointain de ce qui nous a rendu autrefois vivant.

 

Lois Lowry nous plonge dans un univers futuriste ou l’existence de la communauté est régulée, réglementée afin que rien ne dépasse, que la vie se déroule sans accroc. Seulement deux enfants donnés dans chaque cellule familiale, une fille et un garçon, scrupuleusement choisis par les sages. Pas de date de naissance et d’anniversaire, mais une cérémonie tous les ans, pour tous les enfants. Un nouveau costume, un nouveau vélo, signe d’appartenance à leur tranche d’âge. A douze ans c’est la vie d’adulte. Chacun reçoit une attribution, une place dans les rouages de la Communauté, jusqu’à l’élargissement, cette cérémonie en toute discrétion sans effusion. Un univers amorphe, sans débordements, un univers en noir et blanc.

 

Ce qu’il y a de pire quand on détient les souvenirs, ce n’est pas la douleur.

C’est la solitude dans laquelle on se trouve.

Les souvenirs sont faits pour être partagés.

 

Au jeune Jonas peut-être de tout changer, dans son désir de vivre à l’ancienne, dans sa capacité à voir et à ressentir, à décrypter le monde tel qu’il fut : vivant. Engorgé de souvenirs tout neufs, et dans l’incapacité de les partager, Jonas va manifester son inaptitude à vivre dans la Communauté  avec des mots nouveaux, une précision de langage qui nous parle à nous lecteurs, qui avons encore la chance de vivre dans un monde en couleurs.

 

Les choses pourraient changer, Gaby, poursuivit Jonas. Les choses pourraient être différentes. Je ne sais pas comment, mais il doit bien y avoir un moyen pour que les choses soient différentes. Il pourrait y avoir des couleurs. Et des grands-parents, ajouta–t-il en fixant le plafond noir de sa chambre à coucher.Et les souvenirs seraient à tout le monde. Tu sais ce que c’est les souvenirs, murmura-t-il en se tournant vers le berceau.
(…)
– Il pourrait y avoir de l’amour, murmura Jonas.

 

On ne mange et on n’écoute rien pendant cette lecture, ce sont des plaisirs qui n’existent pas là-bas.

Une vie en pagne

mercredi, septembre 23, 2015 1 1

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Je crois que tout est né ici.

Sur le tissu de cette robe ramenée d’Afrique, sur le motif de ce premier souvenir du Sénégal que je continue de vêtir.

 

Février 1998 – amoureux primordial dont on oublie le nom à faire l’équilibre sous les eaux de cet autre part que l’on portera à jamais au cœur. Sourire d’un cache cache dont on n’a toujours pas fini la partie. Rencontre d’ailleurs à nous définir.

Je crois que tout est né ici.

Dans les fronces de ce pagne pour petite fille, dans l’imprimé des cases et palmiers à retrouver, dans les racines noueuses des baobabs qui poussent en moi sans relâche.

 

Couleurs et motifs de souvenirs embryonnaires pour passion d’adulte.

Tressage collé d’une mémoire de peau et d’odeurs, à déterminer mes aspirations présentes de terres rouges à se sentir soi, de carrioles chahutées à se sentir bien, du ventre noir de la mère adoptive que l’on s’est choisie pour être en sécurité. Cette percussion de soi que l’on ne peut pas taire, qui raisonne, survivance d’enfant, et nous rhabille pour être de nouveau à notre propre taille.

 

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On écoute Africa de Ismaël Lo.

Et on continue de me suivre dans la déambulation de mes passions.

 

7

 

Et vous, quel souvenir nourrit votre vie d’adulte ?

4 livres à lire cet été

mardi, juillet 14, 2015 0 3

Tous les livres lus ne font pas l’objet d’un article, pas de mots qui accrochent les miens, pas d’histoire à construire la mienne. Cependant certains d’entre eux sont des lectures récréatives de celles qu’on emmène en vacances, où indispensables, de celles qui interrogent. Voici une sélection de quatre livres dont je vous recommande vivement la lecture cet été, ou à tout autre moment de l’année.


L’Essai féministe de Benoîte Groult Ainsi soit-elle.


Ainsi soit-elle

Pour que le mot Féminisme ne soit plus un gros mot, pour s’interroger sans culpabilité sur l’inégalité des sexes, pour connaître l’histoire du nôtre. D’hier à demain, réfléchir le féminin.

 

« Deux siècles après la Déclaration des droits de l’homme, il faut encore lutter pour qu’elle s’applique à l’espère humaine tout entière. »

 


Le roman Les Suprêmes de Edward Kelsey Moore.


Les suprêmes

Distrayant, drôle, émouvant, le récit de trois amies afro-américaine d’une petite ville de l’Indiana dans la fin des années 60, mérite son succès. Sans jamais toucher l’écueil du larmoyant ou du rocambolesque, ce premier roman est une jolie peinture des relations humaines.

« Tu sais, maman, je crois que tout ressemble à un tableau. – De quoi?
– Tout. La vie. C’est comme si on ajoutait une touche jour après jour. Tu poses les couleurs les unes après les autres, en t’efforçant de faire quelque chose de joli avant qu’il n’y ait plus de place. »

 


L’Essai Peau noire, masques blancs de Frantz Fanon


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Pour réfléchir à la construction de l’homme noir dans son rapport à la colonisation. Pour dépasser cette scission de couleur d’où naissent tous les racismes. Pour en finir avec le déterminisme d’une Histoire passée.

 

« Nous estimons qu’un individu doit tendre à assumer l’universalisme inhérent à la condition humaine. »

 


Le recueil de nouvelles L’éléphant du vizir d’Ivo Andric.


Allongés dans notre pyjama de coton rose, on écoute des histoires qu’on jurerait chuchotées par nos parents pour nous endormir. Ces nouvelles sont des contes à découvrir la Bosnie par la voix de son peuple, des mots de bouche à oreilles qui viennent aux nôtres.
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« En BOSNIE, villes et bourgades sont pleines d’histoires. Et dans ces histoires pour la plupart imaginaires, sous le manteau d’événements incroyables et sous le masque d’appellations souvent fictives, se cache l’histoire réelle et non avouée de cette contrée, des hommes vivants et des générations éteintes. Ce sont des mensonges à l’orientale dont le proverbe turc affirme qu’ils sont ‘plus vrais que la vérité’. »

 
 
 

Et vous ? Que me conseillez-vous comme lecture estivale ?