Les mots de Roald Dahl

mercredi, janvier 24, 2018 0 1

Je ne saurais pas vous dire combien de fois j’ai lu Roald Dahl et combien j’ai de plaisir à le retrouver dans ma bibliothèque. Je vous en avais déjà parlé un petit peu ici, car il tient une bonne place dans les lectures de mon enfance. Cette semaine j’ai rouvert Matilda, certainement l’un de ses romans qui a le plus compté dans mon imaginaire avec Charlie et la Chocolaterie.

Matilda, héroïne éponyme de cinq ans, apprend à lire, à compter, à raisonner, toute seule, au sein d’une famille qui s’abrutie devant la télévision tonitruante. Elle connait bien plus de choses que la plupart des adultes mais débarque en toute innocence dans sa nouvelle école. Notre jeune ingénue rencontre alors la directrice Mlle Legourdin, une femme monstrueusement athlétique qui déteste les enfants et prend un malin plaisir à les jeter par la fenêtre, un personnage qui a motivé ma relecture pour travailler sur la thématique du monstre avec mes sixièmes.

 

« A quoi sert d’apprendre quoi que ce soit à l’envers ? Le but de l’existence, Madame la directrice, c’est d’aller de l’avant. »

 

Je me suis toujours retrouvée dans le personnage de Matilda. Non dans ses capacités intellectuelles extraordinaires, mais dans sa relation aux livres. Je me revois comme elle, pas plus haute que trois tomes, passer des après-midi à lire à la bibliothèque municipale. Ce livre donne envie de lire et illustre à merveille la nécessité des enfants à être curieux. Il invite aussi à réfléchir sur les relations familiales dont il donne une image acide, et sur la filiation : celle qu’on subit et celle qu’on choisit. Les enfants ne sont pas forcément choyés, alors la magie de Roald Dahl, de Dickens ou les sœurs Brontë, offrent un échappatoire vers la fantaisie.

 

« De loin en loin, il arrive qu’on rencontre des parents qui adoptent l’attitude opposée et ne manifestent pas le moindre intérêt pour leurs enfants. Ceux-là sont, à coup sûr, bien pires que les admirateurs béats. 

Monsieur et Madame Verdebois appartenaient à cette espèce. Ils avaient un fils appelé Michael et une fille du nom de Matilda, et considéraient cette dernière à peu près comme une croûte sur une plaie. Une croûte, il faut s’y résigner jusqu’à ce qu’on puisse la détacher, s’en défaire et la bazarder. »

 

Matilda est une petite cour de récréation offerte à notre imagination que Quentin Blake illustre à merveille. On y gambade avec plaisir, on s’y revoit gamin, on frissonne d’avoir échappé à un cadre familial si désastreux, et on rit, beaucoup de ces farces pour s’en sortir. Je vous conseille donc vivement cette lecture, ainsi que le visionnage de son adaptation cinématographique par Danny Devito qui me rappelle les veilles de vacances scolaires. Cette version grand écran reste pour moi l’une des adaptations de livres les plus réussies, elle reflète parfaitement l’univers fantasque de Roald Dahl en y ajoutant des détails pertinents qui enrichissent le récit initial.

 

Et vous quel est votre Roald Dahl ou votre roman jeunesse préféré ?

Les mots de Jules Verne

mercredi, janvier 17, 2018 2 2

 

J’aime beaucoup Jules Verne. Je prends toujours plaisir à monter à bord du Nautilus découvrir la bibliothèque du capitaine Némo sous les profondeurs marines, ou faire un petit tour en Montgolfière au dessus de profonds volcans. J’adore l’étudier, me rendre compte à chaque page de comment cet auteur avait compris l’avenir, l’avait décrit tel qu’il est en partie aujourd’hui. J’aime ses personnages moustachus en redingote, ses savants fous ou débonnaires, ses figures mystérieuses drapées d’ombre. J’étais impatiente de découvrir la Transylvanie en ouvrant pour la première fois Le château des Carpathes à l’occasion du #readingclassicschallenge2018. Je n’y ai pas trouvé le voyage escompté mais j’y ai passé un moment agréable.

 

« Cette histoire n’est pas fantastique, elle n’est que romanesque. Faut-il en conclure qu’elle ne soit pas vraie, étant donné son invraisemblance ? Ce serait une erreur. Nous sommes d’un temps où tout arrive, – on a presque le droit de dire, où tout est arrivé. »

 

Dans le Château des Carpathes on retrouve le charme désuet d’une narration d’un autre temps, où les personnages nous sont forcément pittoresques. On apprécie les rebondissements et la narration enchâssée : cette petite histoire du passé qui vient faire rebondir l’action présente et raviver notre intérêt un peu tiède. L’ambivalence entre surnaturel et rationalité propre au fantastique est rompue, et c’est bien dommage, au cœur même de la narration. On sent que le scientifique prend le dessus sur l’auteur qui ne peut s’astreindre à dissimuler ses découvertes et les partage, détruisant l’illusion du lecteur. On y manque définitivement d’un peu de magie.

 

« Château abandonné, château hanté, château visionné. Les vives et ardentes imaginations l’ont bientôt peuplé de fantômes, les revenants y apparaissent, les esprits y reviennent aux heures de la nuit. Ainsi se passent encore les choses au milieu de certaines contrées superstitieuses de l’Europe, et la Transylvanie peut prétendre au premier rang parmi elles. »

 

Je suis déçue de ne pas avoir trouvé le monstre fantastique redouté, froid et décalé, de ne pas avoir frissonné et de ne pas y avoir cru. J’aurais apprécié y découvrir des personnages sanglants mais originaux à la Thomas Fersen, ou quelque chose de tendrement humain à la Frankenstein. La narration reste cependant très bien construite et on aime les clins d’oeil au lecteur introduits par l’auteur, qui nous rappellent son immense talent de conteur.

 

« Le juif, le regardant s’en aller, hocha la tête, comme s’il avait eu affaire à quelque fou :
– Si j’avais su, murmura-t-il, je la lui aurais vendue plus cher, ma lunette !
Puis, quand il eut rajusté son étalage à sa ceinture et sur ses épaules, il prit la direction de Karlsburg, en redescendant la rive droite de la Sil.
Où allait-il ? Peu importe. Il ne fait que passer dans ce récit. On ne le reverra plus. »

 

Le Château des Carpathes est une lecture plaisante que je vous recommande si vous avez besoin d’un petit roman léger qui vous distraira sans vous empêcher de dormir. Je pense que cette oeuvre est davantage adaptée à un public plus jeune et moins exigeant, et je l’aurais moi-même plus apprécié il y a une quinzaine d’années.

 

 

Avez-vous déjà lu du Jules Verne ?

Quel est votre roman préféré de cet auteur ?

Les mots d’Héctor Abad 2

mercredi, janvier 10, 2018 0 4

 

J’avais fini l’année 2016 sur le chef d’oeuvre autobiographique L’oubli que nous serons d’Héctor Abad et je vous avais partagé mon ravissement d’avoir découvert cet auteur sud-américain. J’ai commencé l’année 2018 par la lecture de son roman La Secrète, qui m’a à son tour, transportée, bouleversée, fait relire plusieurs fois des passages subjuguant de beauté. L’auteur colombien nous emmène découvrir son pays natal, sa terre de cœur martelée par les guerres civiles, à travers une épopée familiale captivante.

 
« Se souvenir, c’est comme prendre dans ses bras les fantômes qui nous ont permis de vivre ici. Il s’est passé tant de choses sur cette terre, dans cette grande maison blanc et rouge, entourée d’eau et de verdure. Vert, vert sur tous les tons, d’immenses montagnes vertes, et l’eau sombre du lac qui ne reflète pas le ciel bleu et blanc mais les rochers noirs et verts qui semblent plus hauts que le ciel, et qui montent ver Jerico, le village où sont nés mon père, mes grands-parents et mes arrière-grands-parents, les propriétaires de ce domaine, ceux qui l’ont bâti en abattant la forêt, en déplaçant les pierres et en brûlant les broussailles – tout ce qu’il y avait ici depuis le début du monde. » 

 
Ce roman est une histoire d’amour et de déchirement entre une famille et sa ferme La Secrète dissimulée au coeur des Andes. Les trois derniers enfants de la lignée Angel assurent tour à tour la narration de cette relation si singulière. Antonio le fils violoniste parti vivre à New York et s’intéressant à la généalogie de son nom, fabulant l’histoire de leur attachement à cette terre. Eva la cadette, la plus libre, la plus brillante, celle qui a bien faillit y mourir assassinée. Et Pilar l’aînée, celle qui la protège, gardienne des traditions, celle qui n’a connu qu’un seul homme et que cet unique toit.

 

« Il était facile d’abandonner un homme que de se défaire d’un héritage, qui n’était d’ailleurs qu’une idée, une illusion. Eva avait décidé de ne s’attacher à aucun homme, à aucun pays, à aucune terre, à rien du tout. »

 

A travers leurs voix discordantes le lecteur découvre une fabuleuse histoire de famille, mais surtout celle d’un pays luxuriant de violences. Si vous aimez les romans de Gaël Garcia Marquez, ce roman est votre nouveau billet vers univers romanesque en chamboulements. Vous poserez votre chaise au bord de l’ombre noire du lac de La Secrète au début du roman, et vous vous ferez violence aux dernières pages pour vous lever, tout quitter, et revenir à la réalité.

 

« On s’habitue à un corps comme on s’habitue à une ferme et à un paysage : il y a quelque chose de commode à voir toujours chaque jour la même chose. Il y a de l’enchantement dans la routine, tout comme on apprécie davantage un morceau de violon qu’on a beaucoup joué et entendu. »

 

Dans cette lecture, j’ai retrouvé ce qui m’avait tant saisie à la découverte de cet auteur : son talent pour décrire l’amour familial, filial ou fraternel. Héctor Abad n’a pas son pareil pour décrire les revirements d’humeurs d’hommes et de femmes qui sont confrontés à un monde qui les bouscule incessamment. C’est un livre merveilleux qui prend au coeur car il nous parle de la vie tendue et belle, celle qui bat en chacun de nous.

 

« Comme nous ne les avons pas pour le moment, j’ai appelé les enfants un par un, pour voir s’ils pouvaient nous aider. Chacun est différent. Moi je les aime pareillement, pour ce qui est de la quantité, mais je ne vais pas dire de quelle manière j’aime chacun d’eux, pour ce qui est de la qualité et de la tendresse de mon amour. Ce qui m’a fait le plus mal, c’est ce qu’a dit Manuela : « Le mieux c’est qu’il se fasse tout arracher et se mette une bonne fois un dentier : vous n’allez pas chaque année laisser tout ce fric à un arracheur de dents. A quoi bon désormais ? » Cet « à quoi bon désormais », je ne vais pas l’oublier ! Cela m’a fait très mal, m’a semblé cruel, comme si on allait mourir demain, comme si toute personne ne pouvait mourir demain, avec ou sans dents. »

 

Avez-vous déjà lu cet auteur ?

Avez-vous d’autres auteurs d’Amérique du Sud à me conseiller ?