Les mots de Daphné de Maurier

dimanche, mars 4, 2018 0 0

 
Je n’avais jamais entendu parler de ce livre jusqu’à ce qu’une collègue pique ma curiosité de son emphase. Je lui ai emprunté Rebecca et je l’ai dévoré. Je n’ai pas eu la chance de le lire dans sa version intégrale – préparation de cours oblige – mais j’ai littéralement été capturée par ce roman, entre intrigue policière, récit initiatique et histoire d’amour. On y retrouve l’ambiance pesante et fascinante de la littérature anglaise, ce même magnétise qui nous fait rouvrir chaque hiver Les Hauts de Hurlevent. 
 
« Heureusement qu’elle ne peut survenir deux fois, cette fièvre du premier amour. Car c’est bien une fièvre, et aussi un fardeau, qui qu’en disent les poètes. On manque de bravoure, quand on a vingt et un ans. Les jours sont remplis de petites lâchetés, de petites craintes sans fondement, et si on est si facilement blessé, si rapidement meurtri, qu’on s’écroule à la moindre remarque un peu acérée. »
 
Daphné de Maurier nous fait pénétrer dans l’imposant manoir de Manderley. On en passe les portes dans nos petits souliers, comme la narratrice fraîchement mariée au propriétaire du domaine, qui devra composer avec l’ombre menaçante de sa première épouse morte noyée l’année précédente. Le souvenir de la défunte demeure dans chaque pièce de la demeure, dans tous les objets et dans chaque reflet de miroir, exerçant son autorité sur les domestiques par delà la mort, et imposant son nom jusqu’au titre éponyme : Rebecca.

 

« Je me tournai de nouveau vers la maison et, bien qu’elle se dressât intacte comme si nous l’avions quittée la veille, je vis que le jardin avait obéi tel le bois a la loi de la jungle. Les rhododendrons atteignaient plusieurs mètres et ils s’étaient mésalliés avec une foule de broussailles sans nom. Un lilas s’était marié avec un hêtre et, comme pour les unir plus étroitement, un lierre malveillant, éternel ennemi de la grâce, emprisonnait le couple dans ses filets. »

 

La galerie de personnages est inoubliable : si la narratrice peut paraître un peu placide engoncée dans sa timidité juvénile, si son mari se montre impénétrable, Mme Danvers vous donnera immanquablement des frissons dans le dos. Ce personnage d’intendante est certainement le personnage le plus inquiétant qu’il m’ait été donné de rencontrer dans une fiction : ses mains froides, son dévouement maladif pour la défunte, son air à ne jamais laisser paraître sa haine qui vous glace tout de même le sang, tout est fait pour qu’à chacune de ses apparitions vous reteniez votre souffle.

 

« J‘aurais pu lutter contre une vivante, non contre une morte. S’il y avait une femme à Londres que Maxime aimât, quelqu’un à qui il écrivit, rendît visite, avec qui il dîna, avec qui il couchât, j’aurais pu lutter. Le terrain serait égal entre elle et moi. Je n’aurais pas peur. La colère, la jalousie sont des choses qu’on peut surmonter. Un jour cette femme vieillirait, ou se lasserait, ou changerait et Maxim ne l’aimerait plus. Mais Rebecca ne vieillirait jamais. »

 

Le suspense de ce roman nous chaloupe jusqu’à ses dernières pages, où la fatalité, que nous sentions peser sur notre poitrine durant la lecture, s’abat finalement, nous laissant couler dans le brasier de notre imagination que l’on doit refermer à regret, après le dernier point.

 

« C’est en hiver qu’on voit l’aurore boréale, n’est-ce pas ? »

 

Je lirai de nouveau Rebecca, dans son intégralité cette fois, et je regarderai son adaptation d’Alfred Hitchcock, mais si vous avez d’autres lectures à me conseiller en attendant je suis preneuse. Peut-être avez-vous lu d’autres romans de Daphné de Maurier qui sauront me captiver ?

Les mots d’Albert Camus

mercredi, février 21, 2018 0 1

 
 
Dans le cadre du #ReadingClassicsChallenge2018, après Mme de Lafayette et Jules Verne, je me suis attelée avec empressement à Albert Camus et je l’ai suivi dans les rues empesées d’Oran. L’hécatombe des rats crachant du sang ouvre cette lecture : « Ils sortent » s’exclame le vieil asthmatique, avant que de la cage d’escalier liminaire, ne s’étende le mal purulent : La Peste.

 

« Oui, il fallait recommencer et la peste n’oubliait personne trop longtemps. Pendant le mois de décembre, elle flamba dans les poitrines de nos concitoyens, elle illumina le four, elle peupla les camps d’ombres aux mains vides, elle ne cessa enfin d’avancer de son allure patiente et saccadée. Les autorités avaient compté sur les jours froids pour stopper cette avance, et pourtant elle passait à travers les premières rigueurs de la saison sans désemparer. Il fallait encore attendre. Mais on n’attend plus à force d’attendre, et notre ville entière vivait sans avenir. »

 

Il ne faut pas vous attendre à éprouver de l’empathie pour les personnages. Comme dans l’Etranger, on regarde de loin les protagonistes exilés dans l’absurdité de leur quotidien. Les habitants succombent les uns après les autres enfiévrés, et notre narrateur, le docteur Rieux, les assiste impuissant dans des rituels répétitifs. Vous ni trouverez ni passion, ni débordements de joie ou de larmes, mais une chronique placide des caractères et des événements qui fait la captivante singularité de cette oeuvre.

 

« Ils éprouvaient ainsi la souffrance profonde de tous les prisonniers et de tous les exilés, qui est de vivre avec une mémoire qui ne sert à rien. Ce passé même auquel ils réfléchissaient sans cesse n’avait que le goût du regret. Ils auraient voulu, en effet, pouvoir lui ajouter tout ce qu’ils déploraient de n’avoir pas fait quand ils pouvaient encore le faire avec celui ou celle qu’ils attendaient _ de même qu’à toutes les circonstances, même relativement heureuses, de leurs vie de prisonniers, ils mêlaient l’absent, et ce qu’ils étaient alors ne pouvait les satisfaire. Impatients de leur présent, ennemis de leur passé et privés d’avenir, nous ressemblions bien ainsi à ceux que la justice ou la haine humaines font vivre derrière des barreaux. Pour finir, le seul moyen d’échapper à ces vacances insupportables était de faire marcher à nouveau les trains par l’imagination et de remplir les heures avec les carillons répétés d’une sonnette pourtant obstinément silencieuse. »

 

Ce qui est beau chez Camus, c’est son écriture magnifique et concise, son génie à saisir le collectif, l’humeur d’une ville emmurée dans l’attente. On sent que chaque phrase est mûrie de son observation du monde, chaque mot pesé pour mieux dire le vrai. Et c’est dans cet embrassement objectif de la vie qu’on trouve notre plaisir de lecteur, dans cette description des paysages et des impulsions. Sous le soleil haut d’Algérie, nous sommes saisis de cette même torpeur. La lecture enfièvre, et l’on tourne les pages jaunes dans l’attente d’une résolution à ce mal qui emprisonne les citoyens d’Oran.

« Il faut bien le dire, la peste avait enlevé à tous le pouvoir de l’amour et même de l’amitié. Car l’amour demande un peu d’avenir, et ils n’y avait plus pour nous que des instants. »

 

Si vous aimez les livres où la psychologie des personnages, les rebondissements rocambolesques et les intrigues entremêlées vous font tourner les pages, il est fort à parier qu’Albert Camus ne saura pas vous charmer. Mais si vous aimez les miroirs réfléchissant l’absurdité de l’humanité, courbant l’homme sous le poids de l’adversité, grossissant la particularité de chaque instant dans ce temps qui passe et emporte tout, alors ce livre est fait pour vous. Je vous déconseille cependant de lire La Peste en mangeant.

 

« Marchant toujours, pressé de toutes parts, interpellé, il arrivait peu à peu dans des rues moins encombrées et pensait que ces choses aient un sens ou non, mais qu’il faut voir seulement ce qui est répondu à l’espoir des hommes. »

 

Lire Albert Camus c’est participer à une expérience de vie dont les mots sont les agréments essentiels. Je vais continuer de découvrir son oeuvre, discours, essais et romans…

 

Quel est votre oeuvre préférée de cet auteur ?

Que me conseillerez-vous de découvrir ?

Kaléidoscope féminin par Maggie West

dimanche, février 18, 2018 0 3

Pour la dernière SlutWalk la photographe Maggie West s’est servi de son art pour sublimer le corps de nombreuses femmes fortes militant pour l’émancipation sexuelle des femmes. En les exposant nues dans les rues de Los Angeles, dans la diversité de leurs corps multicolores, elle a invité les passants à s’interroger sur la diversité des identités féminines et de leur sexualité, en courbes et en couleurs. Je partage avec vous son travail magnifique, essentiel et sans vulgarité aucune. Une exposition kaléidoscopique d’individualités sublimées.

 

 

Retrouvez son travail sur son site son Instagram  et son Tumblr


 

En espérant que la balade vous ait plu.