Lettre à ceux qui viendront

vendredi, juin 16, 2017 4 3

 

Comment sera l’homme, le prochain ?

 
Celui qui te mentira de toute sa sensualité, à exalter tes sens, à dépuceler ta naïveté, où celui qui ne vivra que de toi, à rétablir ton authenticité bousculée. Celui qui sera ton ami le plus érotique, à rire après coït, confidences ensemencées par la confiance légère et réciproque. Celui qui ne quittera sa femme que si tu veux bien le croire, et qui t’attend, et que tu désespères bientôt de mépriser. Celui auquel il ne manquera que ton amour, et celui qui sera trop loin pour t’assumer. Le conquérant, celui qui aura la patience d’endurer ton indécision, et l’autre, celui qui t’insultera pour un mieux trouvé. Celui qui aura les mots pour te blesser. Les mots pas le corps.

 

Ceux qui danseront, mais ne t’inviteront que sur une piste d’oreillers.

Tous sans paillettes mais connectés.

Ceux dont tu rêveras les bouches et les mains, les croisés dans la rue, ceux qui t’engonceront dans ton corps muet, à ne rien dire, à détourner les yeux. Ceux qui éduquent ton désir, le vrai.

Tous ceux pour qui tu n’auras nul orgueil.

Et celui dont le coeur, souffrira peut-être un jour de supporter l’abandon du tiens.

 

Ceux à t’exacerber à écrire,

Ceux à vivre,

Et surtout ceux à ne jamais les comprendre.

 

Tous ceux finalement, que tu as déjà rencontré, et qui te surprendront encore dans l’attente et l’abandon d’une passion à nous déborder, à perpétuer le verbe aimer.

Les portraits de Genevieve Gaignard

jeudi, juin 8, 2017 0 3

 

Genevieve Gaignard se travestie pour illustrer son Amérique métissée, à son image d’enfant de la mixité. Elle se maquille des bouts d’identités pour un portrait d’humanité coloré. Des stéréotypes féminins pastels aux mis de côtés, des desesperate housewife aux excentriques queer, la photographe explore les territoires d’une Amérique cosmopolite ou la femme est surexposée, sexualisée, engoncée dans une ethnie ou sous une mise en plis. Avec un brio décalé elle rompt avec le convenu et le polissé.

 

« Une bonne partie de mon travail joue sur la notion du corps idéal, et essaye de défaire cette logique en utilisant le même langage de la beauté et du glamour. Les représentations figées des ethnies, du genre et de la beauté sont toutes dangereuses, et j’espère que mon travail parvient à pointer ces absurdités. »

 

Dans une société qui empêche le différent et dicte l’homogénéité, la pertinence de son travail se trouve certainement dans ce poids d’une identité à porter, dans cette solitude inhérente à chaque cliché. Chaque personnage comme un miroir de nos propres désunions.

 

 

On va déguiser nos humeurs sur son site

Les mots d’Elena Ferrante

dimanche, juin 4, 2017 0 1

 
Il est des livres dont les personnages participeront désormais à notre vision du monde. Il est des livres que nous lirons tous, dos courbé dans le métro bondé, pour faire le même voyage. Il est des livres dont l’écriture au plus simple nous transporte au plus loin, à découvrir un pays, une ville de caractères enchevêtrés, dans des rues à nous faire grandir, nous, lecteurs de son histoire à partager. Il est des livres qu’on ne peut refermer avant le tout dernier point, dont on attend le suivant sans oser en ouvrir un autre. Et me voilà à guetter le prochain tome, à compter les mois qui me séparent de mes retrouvailles avec Lénù et Lila.

 

« C’était une vieille crainte, une crainte qui ne m’était jamais passée : la peur qu’en ratant des fragments de sa vie, la mienne ne perde en intensité et en importance. »

 

L’amie prodigieuse est le récit addictif d’une amitié ballottée par les conflits d’un quartier napolitain. Entre tradition et modernité, un univers resserré, qui peine à laisser les protagonistes s’émanciper. La saga nous offre des portraits magnifiques, d’hommes et de femmes dans le tourbillon d’une époque noire, où les intérêts de chacun se fondent en passions, les nourrissent ou les anéantissent. Des rebondissements sur le fil ténu des liens du sang, des origines engluées des rues sales et moroses, auxquelles on revient toujours.

 

« Il y avait une part d’insoutenable dans les choses, les gens, les immeubles et les rues : il fallait tout réinventer comme dans un jeu pour que cela devienne supportable. L’essentiel, toutefois, c’était de savoir jouer, et elle et moi -personne d’autre – nous savions le faire. »

 

Il faut lire la saga d’Elena Ferrante pour ne plus s’arrêter, renouer avec un plaisir de lire entier. Ses portraits de femmes épaissiront le votre, vous façonnerez de ses pages vos amies les plus éclairées, vos amants les plus secs, vos frustrations les plus violentes. Ce sont des livres à voyager et à grandir, des pages à vivre et à partager.

 

« Une société qui trouve naturel d’étouffer autant d’énergies intellectuelles féminines avec les tâches domestiques et l’éducation des enfants, est sa propre ennemie et ne s’en aperçoit même pas. »

 

Partez ! Partez à la rencontre de Lénù !

 

« Mon père me serra la main comme s’il avait peur que je ne m’échappe. En effet, j’avais envie de le laisser pour aller courir, changer de place, traverser la route et me laisser renverser par les écailles brillantes de la mer. »