Les mots de Laurent Gaudé

jeudi, novembre 1, 2018 0 0

Renouer avec les mots de Laurent Gaudé, avec son souffle antique poussé jusqu’à nos oreilles contemporaines. En plein désert, là où la malédiction trouve assez d’espace pour son écho. Sous la chaleur et le vent qui burinent les destins, ensablent les passions.

 

L’histoire de Salina.

Sur son corps mort, la voix de son fils pour l’embaumer.

Sur une barque, aux oreilles du passeur, Malaka raconte cette vie d’errance dont les rois, les reines et les mendiants, portent la violence des héros tragiques de nos mythologies enfantines.

 

A ses noces forcées

– rouges de mépris –

A ces champs de batailles

– rouges d’une impétuosité ployée –

A ces corps de guerrier imprenables

– rouges d’une poussière sans vainqueur –

A ses milliers de pas désorientés

– rouges d’être étrangère –

 

Salina crache sa vengeance.

 

Dans ce dernier roman j’ai retrouvé la puissance du merveilleux, cette temporalité suspendue aux récits universels, cette fatalité inexorable qui transforme les personnages en battements de chair. Lire Salina est un voyage de sel et de sang, qui sous couvert de parures lointaines et exotiques, rappelle à bien des égards le temps présent.

Un conte comme un caravansérail, que je vous invite vivement à lire pour une itinérance romanesque dans le ballottement aventureux des mots de Laurent Gaudé.

 

L’avez-vous lu ? Connaissez-vous cet auteur ?

Un livre préféré de Gaudé à partager ?

Les mots de A.L Bondoux et J.C Mourlevat

mercredi, octobre 10, 2018 2 1

Il est peut-être un peu tard pour vous parler de ce livre léger, idéal pour les après-midi à la plage, ou lorsque votre compagnon poilu – chat ou amoureux – sieste sur vos genoux. Le titre et la couverture m’ont alpaguée. Et je danse aussi promettait une belle passion, des pages à tourner comme autant d’odes à la vie… Aucune bourrasque ne m’a finalement emportée, ce ne fut pas un coup de cœur et j’ai même failli ne jamais entrer dans la danse des mots entamés. Mais c’est finalement un agréable roman, que vous prendrez certainement plaisir à lire entre un classique et un pavé de socio-linguistique, pour une lecture sans investissement.

 

« Mais savez-vous que le lecteur se contrefiche de la réalité, il veut juste que cela l’intéresse. »

 

Deux voix, celles d’Anne-Laure Bondoux et Jean-Claude Mourlevat, pour un roman épistolaire qui ne manque pas de cocasserie. Une lectrice inconnue envoie une mystérieuse photo à un triste auteur qui n’écrit plus, dévasté par l’abandon de sa femme quelques années plus tôt. Qu’est devenue Véra, cette femme tant aimée ? Qui se cache vraiment derrière cette correspondante qui semble en savoir plus qu’elle n’en dit ? Deux questions qui vous pousseront à finir ce livre pour y répondre, si vous êtes un tant soit peu curieux.

 

« La différence entre l’amour et le meurtre ? Il n’y en pas. 
Dans les deux cas, la même question se pose : que faire du corps, après ? »

 

Et je danse aussi, ne sonde pas les passions humaines, car les personnages y sont trop romanesques et l’on rit de leurs frasques fantasques à défaut de s’identifier à eux. L’intérêt de ce roman réside, à mon humble avis, dans l’ambivalence de cet auteur déchu, ce Pierre-Marie Scotto, qui oscille entre folie et désillusion, entre cynisme et allégresse. Il est toujours intéressant dans une lecture de ne pas savoir si l’on peut faire confiance au personnage principal, d’hésiter avec lui mais aussi de s’en défier. Ainsi on ne sait jamais trop quoi penser des personnages qui n’interagissent que par écrit, et l’on se laisse gentiment pousser jusqu’à la dernière ligne, dont on a deviné depuis longtemps l’ultime rebondissement.

 

« Ceux qui utilisent les points de suspension me rappellent ces types qui font mine de vouloir se battre, qui vous forcent à les retenir par la manche et qui vocifèrent : retenez-moi ou je lui pète la gueule à ce connard ! En réalité, ils seraient bien embêtés qu’on les laisse aller au combat. De même, ces obsédés des points de suspension semblent vous dire : ah, si on me laissait faire, vous verriez cette superbe description que je vous brosserais là, et ce dialogue percutant, et cette analyse brillante. J’ai tout ça au bout des doigts, mais bon je me retiens. pour cette fois ! On a envie de leur suggérer à l’oreille : laissez-vous donc tenter, mon vieux, ne muselez plus ainsi ce génie qu’on devine en vous et qui ne demande qu’à nous exploser à la gueule. Lâchez-vous et le monde de la littérature en sera sous le choc, je vous le garantis. »

 

Un roman que je vous conseille pour un besoin de légèreté, un moment de solitude en pyjama à combler avec un verre ou deux de Schnaps.

 

L’avez-vous lu ? Ou d’autres livres de ces auteurs ?

J’attends vos conseils lecture pour cet automne.

 

Les mots d’Hubert Haddad

mercredi, octobre 3, 2018 0 1

Le Peintre d’éventail d’Hubert Haddad est un livre pour les amoureux. De jardin à la japonaise, de peinture et de passion, les amoureux des pages à tenir contre soi comme éventail que l’on agite pour s’imprégner du monde alentour. Découvrir le pays du soleil levant, par un univers romanesque comme une peinture, figée de douceur.

 

« Un jardin rassemblait la nature entière, le haut et le bas, ses contrastes et ses lointaines perspectives ; on y corrigeait à des fins exclusives, comme par compensation, les erreurs manifestes des hommes, avec le souci de ne rien tronquer du sentiment natif des plantes et des éléments. »

 

Dépliez ces pages et pénétrez en voyageur dans la pension de Mme Hison, une femme de chaire en Kimono, avec son passé au repos loin de son auberge. Dépossédée de sa vie d’avant, comme tous les étrangers qui viennent chercher l’oubli et la quiétude au sein de cette parenthèse végétale entretenue par les mains du vieil Osaki.

 

Cette histoire est un jardin dont chaque personnage est un parfum aux accents singuliers, au fil des saisons ils s’entremêlement et se dénouent, au rythme des arrivées et des départs. Le lecteur y est promeneur, sens ouverts, et voyeur innocent de bouleversements sublimes.

 
« C’était d’identiques tourments chaque nuit. Et toujours, à l’heure du hibou, il allait errer dans la ténèbre hantée des forêts, titubant, pour échapper à cette folie. Les grands arbres frissonnants apaisaient un moment sa fièvre. Il n’y avait pourtant plus de désir en lui, ni la moindre amertume, toute idée de possession ou de conquête s’était évanouie avec celle d’avenir. Mais le regret ravageait ses nuits et le souvenir des jours passés se décomposait en lassitude infinie. Il ne pouvait se défendre du remords ; sa mémoire était-elle autre chose ? »

 
C’est un récit magnifiquement écrit, harmonieux et délicat comme un jardin à la japonaise. Une histoire de passation, d’apprentissages d’arts et de souvenirs. Une ode gracieuse à la nature et aux hommes qui prennent encore le temps de s’y arrêter, à nous donner des envies de se promener en forêt sous les matins de rosée.

 

« Un amant silencieux était pour elle une bénédiction. Celui qui se tait n’attend rien de vous. Les peaux suffisent amplement au dialogue. Quelques baisers, la cigarette qu’on échange, un sourire après l’amour, et la présence du jardin, si proche… Ca la reposait d’une vie de simagrées, de fausses promesses et de disgrâces. Qui pouvait s’imaginer combien elle avait été fêtée ? Sans attaches, traversant les lieux et les époques, son esprit flottait au-dessus de l’homme nu. Les complications burlesques de l’usage du sexe avaient effarées toute jeune, au moment des premiers rapports, ce goût de la honte et de la flétrissure, ces prétentions, ces hilarités imbéciles, et puis elle compris une fois enceinte l’exception bouffonne de cet acte, et sa monstruosité en accouchant avant terme. Dans les humeurs et la fièvre, chaque coït tentait de ranimé quelque chose de mort-né. Elle frissonna à l’évocation du long cortège des pères et des fils, visages et pénis enchevêtrés. Une saveur acide de rouille et de sang lui restait dans la bouche, elle ne savait trop pourquoi.« 

 

Pour voyager de chez vous, marcher dans des paysages et des odeurs inconnues et exotiques, tournez les pages d’Hubert Haddad, ce nom qui me faisait de l’oeil depuis quelques temps déjà, et que je ne regrette pas d’avoir emprunté.

 

Connaissez-vous cet auteur ?

Avez-vous d’autre titre de lui à me conseiller ?