Les mots d’Hollis Seamon

dimanche, février 5, 2017 0 0
Avais-je une bonne intuition en ouvrant Dieu me déteste, alors que je n’étais moi-même pas en super forme ? La réponse est : étonnement oui.

Hollis Seamon nous emmène dans l’hôpital Hilltop dans l’Etat de New York, au service palliatif, rencontrer Richard, un ado de 17 ans qui va mourir, comme nous tous, mais plus vite, et plus tristement, dans sa tour de verre aux gardiens en blouse blanche.

 

Mais qu’est-ce que ça change, finalement? Foi ou pas foi, il va arriver des choses aux gens qu’on aime, « plus tard ». Et on ne peut foutrement rien y faire. Tout ce qu’on peut tenter, c’est de faire pencher la balance du bon côté, tant qu’on en a encore l’occasion.

 

Et pourtant ce livre grave, n’est pas triste. Ce livre aux personnages hauts en couleurs et lourds de malheur, recèle en lui tout le trésor de la vie : la capacité à profiter de chaque instant, de faire de chaque jour une fête. Lucide sur son état, Richard s’octroie la part d’insouciance vitale à son âge, non en triste fantoche, mais en roi couronné dont le fauteuil est le tapis, volant de fabuleuses aventures aux quotidiens. C’est son temps des premières fois, de la première bière et du premier amour, avant la toute dernière qui ne pourra pas être amère.

 

Pendant un moment, je reste là, à contempler son visage. Les paupières closes, toute la vie disparait, toute l’énergie s’évanouit, et il ne reste que ce visage minuscule et si fragile. On devine le crâne à travers la peau, la mâchoire et le creux des tempes, bleu foncé. Elle a la peau sèche, comme du parchemin. Elle n’a pas la force. Elle est trop petite. Je l’entoure de mes deux bras et l’enveloppe de mes jambes. J’essaie de lui faire un abri, comme pour la protéger de toute chose. Je l’attire contre moi et je m’endors.

 

Alors que sa vue baisse, Richard éclaircie la notre. Son effronterie nous fait rire aux éclats, son obstination à se lever et à profiter de chaque journée nous invite à réévaluer notre quotidien, à lever un peu le nez pour découvrir la joliesse des choses négligées, pour ne plus passer à côté de notre vie, ce cadeau à duré limitée.

 

Alors, évidemment, j’ai décidé d’en profiter à fond. C’était le projet. Mais on sait tous ce qui arrive, ici-bas, quand on prévoit trop les choses – où quand on ne les prévoit pas assez. N’est-ce pas ?

 

On découvre ce livre en costume d’Halloween, en suçant des bonbons acidulés sur un air de harpe, une boîte de mouchoirs à porté de main.

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