Les mots de Sarah Crossan

mercredi, juin 13, 2018 0 0

Il y a des mots qu’on aurait jamais imaginés lire, des sujets auxquels on aurait jamais pensé avant d’être lecteur.

Il y a des histoires qui se passent de paragraphe et de ponctuation pour toucher l’essentiel.

Il y a des voix, qui même traduites, ouvrent des fenêtres insoupçonnées en nous, et laissent s’engager dans nos coeurs, une bourrasque d’émotions inconnues jusqu’alors.

Jusqu’à Sarah Crossan et son magnifique roman Inséparables, traduit de l’anglais par Clémentine Beauvais, je ne m’étais jamais intéressée à la question des siamois : à leur identité doublée, à ces individus en un corps partagé, à ce coup double qui fait la vie plus courte.

 
La vérité :
C’est ce qui arrive
quand on est accrochées comme on l’est
par une masse de cellules trop coriace
pour se diviser en deux.

 

Comme dans un journal, Grace nous raconte ses journées. Ses journées et celles de Tippi, sa soeur à laquelle elle est accolée par un lien ineffable. Vitalement inséparables, elles n’en sont pas moins deux adolescentes avec leur personnalité propre, leur rêve, leur cœur à battre différemment sous le coup des émotions.

 

Elle n’est pas un morceau de moi.

Elle est moi totalement, 
et sans elle
il s’ouvrirait 
un dévorant espace
dans ma poitrine, 
un trou noir en expansion
que rien d’autre
ne pourrait
combler.
 

En ouvrant ce roman jeunesse, c’est le quotidien de ces deux jeunes filles hors norme que vous allez partager  : les doigts des autres sur elles, les tempêtes d’une famille ordinaire sous les coups du chômage et des addictions, les rendez-vous médicaux incessants et les amitiés pour se sentir comme tout le monde. La beauté de la vie dans la concision des mots, l’intensité de chaque instant pleinement vécu comme le dernier, sous le poids d’une fatalité emplie de bonheur.

 

« Et moi ?

C’est les yeux auxquels j’en veux. 
Les yeux,
les yeux,
les yeux,
de tout côtés,
et en eux la possibilité
de devenir le cauchemar de quelqu’un d’autre. »

 

Je vous mets au défi de ne pas rentrer dans leur intimité sans en ressortir bouleversés. C’est un livre inattendu et magnifique. Un livre que je vais recommander, offrir et mettre en les mains de mes élèves, parents et amis.

 

Avez-vous lu ce livre ?

Avez-vous d’autre lecture au thème peu commun à me recommander ?

 

« Ce serait horrible d’avoir un cancer. Ce serait horrible d’être attaché à une machine une fois par semaine qui me pomperait du poison dans les veines dans l’espoir de me sauver la vie. Notre oncle Calvin est mort d’une maladie du coeur à trente-neuf ans laissant derrière lui trois fils et une femme enceinte. La soeur de Grammie s’est noyée dans un tonneau de pêches pourries et d’eau stagnante quand elles vivaient à la ferme étant enfants. Les actualités sont pleines d’histoires d’enfants battus et de famine et de génocide et de sécheresse et je ne me suis jamais dit, pas une seule fois, que je voudrais échanger ma vie avec les existences tragiques de ces gens-là. Parce que avoir une jumelle comme Tippi ce n’est pas. La pire. Chose. Au monde. »

 

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