Les mots de Clémentine Beauvais

mercredi, février 7, 2018 0 3

 

Encore un coup de coeur jeunesse ce mercredi avec Les Petites Reines de Clémentine Beauvais, lu dans le cadre du club de lecture féministe Une chambre à nous. Les avis enthousiastes sur la blogosphère et les éloges souriants de mes élèves, ont eu raison de mon ultime réticence pour cette couverture rose et rutilante avec une bicyclette toute mignonne. Parce que oui je déteste le vélo ! S’il y a bien une chose à savoir sur moi c’est ma détestation pour cet instrument de torture à deux roues ! J’ai donc affronté le sarcasme de mon entourage face à se revirement d’intérêt, et j’ai tout lu, emballée par le roulement de cette histoire drôle, légère et positive comme on aime.

 

« — Cool, lâche Astrid sans conviction. Mais dis, Mireille, t’as fait quoi la première fois que t’as été élue Boudin d’Or ? T’as fermé ton compte Facebook ?
— Oh, là ! Certainement pas, malheureuse ! Non, j’ai simplement commandé une pizza hawaïenne, que j’ai mangée en lisant La métamorphose de Kafka parce qu’on avait un contrôle dessus le lendemain.
Cela… est un mensonge — je ne suis certainement pas du genre à ne lire un livre que la veille d’un contrôle. Mais je ne peux pas dire la vérité à cette pauvre Astrid ; que ce soir-là, il y a trois ans, m’étant découverte Boudin d’Or, j’ai mangé une pizza hawaïenne avec suppléments morve & larmes en regardant pendant trois heures, sur Youtube, des vidéos de chats en train de se promener sur des robots-aspirateurs. »

 

Les Petites Reines sont trois collégiennes élues boudins de l’année dans un concours – ô combien intelligent – sur Facebook. Le contexte d’harcèlement scolaire est planté, mais nos protagonistes passent outre, et à grandes enjambées encore ! Pas de larmoiements, pas d’épanchements, mais une narratrice incisive qui remonte ses manches, et bientôt son pantalon pour sortir ses jeunes camarades nouvellement élues de leur consternation douloureuse. C’est la naissance d’un ralliement pour cause de physique disgracieux, d’une histoire d’amitié en kilos en trop, de trois individualités qui vont s’assumer sur les routes de France, car les trois boudins partent en vendre en vélo. De Bourg en Bresse à Paris les jeunes filles pédalent ensemble, sous la coupe de Kader, le grand frère amputé, s’arrêtant pour vendre leurs boudins faits maison, boire une coupe de champagne ou déguster une tranche de crottin de Chavignol.

 

« Oui, les vrais gens qui existent semblent tous nous aimer. Il y a un tel gouffre entre les mots sur Internet et ceux qui gens qu’on rencontre ! Et c’est bizarre, cette popularité. Je n’ai pas l’habitude qu’on me sourie comme ça. Je n’ai pas l’habitude qu’on me demande comment je vais. C’est peut-être ça que ça fait d’être beau ; j’ai toujours remarqué que les gens attiraient les sourires et les « ça va ? « . On n’aime pas voir les gens beaux aller mal. Les moches, eux, évidemment qu’ils vont mal, ils sont moches. Mais là, enfin, on a gagné le droit qu’on nous demande comment ça va, et qu’on nous sourie. »

 

Clémentine Beauvais aborde avec un humour moqueur des thèmes incontournables de notre société actuelle : le harcèlement scolaire, le culte de la beauté, la filiation, le handicap et les réseaux sociaux. Ne vous fiez pas à la couverture Girly car nos trois héroïnes dégonflent un bon nombre de stéréotypes en roulant allègrement dessus. Alors que les médias veulent s’emparer de leur périple, le politiser ou le monétiser, les adolescentes restent concentrées sur leurs objectifs personnels, et sur le temps présent à partager et à se construire, donnant à tous les spectateurs de leur aventure – nous compris – une belle leçon de vie.

 

« L’art, les émotions et la vie sont ce qui arrive, quand les prévisions, les programmes et les prédictions échouent. »

 

Vous rirez en lisant ce livre, car Mireille Laplanche, notre narratrice habituée des podiums, possède un sens de la répartie hilarant, qui pousse son entourage à se dépasser, ou à l’énervement cela dépend. C’est un livre qui donne envie de faire des choses folles – et pas forcément à vélo pour ma part – avec son entourage. Un récit qui invite à partir à la découverte du monde qui nous entoure, pas forcément loin, mais là juste à côté, avec sa voisine de palier ou son collègue encravaté. Un roman qui va vous propulser sur les routes de la liberté.

 

« – Je ne comprends pas pourquoi vous vous entêtez à revendiquer ce nom de Boudins ! s’offusque Maman. C’est un mot horrible.
– On le rendra beau, tu vas voir. Ou au pire, on le rendra puissant.

( Rubrique truc et astuces de la vie, par Tata Mireille : prends les insultes qu’on te jette et fabrique-toi des chapeaux avec.)»

On lit ce livre en mangeant du boudin et en écoutant Indochine forcément.

 

 

Avez-vous lu ce livre ou un autre roman de cette auteure ?

Avez-vous d’autres balades à deux roues à me proposer ?

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