Les mots de Carole Martinez

mercredi, mars 15, 2017 2 3

 

De Carole Martinez j’avais adoré Le coeur cousu, découvert il y a plusieurs années et relu avec le même plaisir, une deuxième fois. J’ai tout autant aimé Du domaine des Murmures, qui loin de l’Espagne, nous plonge dans le flot langagier de la Loue, flot enchanteur pour le lecteur qui s’engorge de ces soubresauts narratifs.

 

Le monde en mon temps était poreux, pénétrable au merveilleux. Vous avez coupé les voies, réduit les fables à rien, niant ce qui vous échappait, oubliant la force des vieux récits. Vous avez étouffé la magie, le spirituel et la contemplation dans le vacarme de vos villes, et rares sont ceux qui, prenant le temps de tendre l’oreille, peuvent encore entendre le murmure des temps anciens ou le bruit du vent dans les branches.

 

Du domaine des Murmures nous parvient les mots emmurés d’Esclarmonde, enterrée le jour de ses noces pour avoir dit non à l’homme auquel elle était destinée, lui préférant les bras du Christ. Pour avoir fait entendre sa voix de femme, une parole qu’il faut prendre le temps d’écouter, malgré les siècles qui l’étiolent, affadissent son mysticisme pour la verdir de fables.

 

De mon désir, nul ne se souciait. 

Qui se serait égaré à questionner une jeune femme, fût-elle princesse, sur son vouloir ?
Paroles de femmes n’étaient alors que babillages. Désirs de femme, dangereux caprices à balayer d’un mot, d’un coup de verge.

 

De son malheur, Escarlmonde tire son pouvoir, son ascendance démunie sur un monde qu’elle ne parcourt plus que par les mots des pèlerins. De l’air vicié de sa cellule elle nous raconte sa sacralisation bafouée, sa réclusion mensongère, son innocence outragée. De son confinement elle observe les allers et venus de la cour du domaine, le mouvement des vivants, l’épanouissement des désirs, l’éclosion des corps, les turpides et croisades sous un soleil qui ne l’atteint plus.

 

Vous avez étouffé la magie, le spirituel et la contemplation dans le vacarme de vos villes, et rares sont ceux qui, prenant le temps de tendre l’oreille, peuvent encore entendre le murmure des temps anciens ou le bruit du vent dans les branches. Mais n’imaginez pas que ce massacre des contes a chassé la peur ! Non, vous tremblez toujours sans même savoir pourquoi.

 

Il faut tendre l’oreille à Escalmondre sur un lit de paille figuré en écoutant la mélodie du temps qui passe.

 

Et vous, avez-vous déjà lu un roman de Carole Martinez ?

Qu’en avez-vous pensé ?

2 Comments
  • Tambour
    mars 17, 2017

    Waouh !! ça semble vraiment intéressant. Je ne connais pas C. Martinez mais j’ai très envie de lire ce livre.

    • Votrefillecherie
      mars 18, 2017

      Dans ce cas je vous conseille de commencer par le coeur décousu, j’ai largement préféré !

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