Les mots de Boris Vian

dimanche, janvier 18, 2015 2 1

vian montage

 

Ouvrir L’arrache-cœur de Boris Vian c’est plonger dans un néologisme béant, où la cruauté humaine met le dégoût au bord des yeux. L’univers rocambolesque de ce roman n’a rien de gourmand, la campagne y est macabre, ses habitants tyranniques, la folie nous-y saute à la gorge et on la déglutit avec effroi. Se promener dans ces pages c’est confronter notre empathie au miroir inquiétant de notre propre monde, une extension littéraire de notre violence angoissée, notre inconscience exacerbée. Les frontières y sont absentes, le décor sans cesse remodelé : on déracine les arbres, on fait disparaître le sol et les murs, on carrèle le ciel, et pourtant tout reste figé dans une torpeur oppressante. On pénètre dans cette maison sur la falaise, on s’y arrête dans un élan de curiosité moribonde et délectable et on s’englue dans une léthargie malsaine, jusqu’à la dernière page.

L’arrache-cœur remue efficacement le notre. Glaçant, il accroche notre attention, nous attache à des personnages creux, dont le vide est rapidement comblé par notre plaisir à lire.

c5087cae1e0bdc5ba7c698ef6755fe9f

 

On tente cette lecture avec un verre de lait [maternel de préférence] et on laisse l’auteur nous jouer un petit air de jazz.

2 Comments
  • Charlotte
    janvier 19, 2015

    C’était le second roman de Boris Vian que j’ai lu et j’en garde un souvenir hyper particulier ! C’était glaçant, comme tu dis… quelques images sont restées dans ma mémoire sans que je sache vraiment pourquoi, c’est frappant ! J’ai préféré L’Ecume des jours et Et on tuera tous les affreux, mais c’est certainement un roman que je relirai dans ma vie puisque je suis sure de ne pas avoir tout saisi.

    • Votrefillecherie
      janvier 19, 2015

      Je préfère aussi L’écume des Jours, beaucoup plus léger et dont la métaphore du nénuphar demeure pour moi l’une des plus belles allégories de la maladie de la littérature.

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *