Les mots de Joseph Kessel

jeudi, mai 21, 2015 0 6

joseph kessel

 

Ouvrez Les cavaliers de Joseph Kessel et engagez-vous sur le chemin des hordes aryennes, des phalanges d’Alexandre, des disciples de Bouddha, traversez des paysages aussi acérés que les mots de l’auteur, des steppes aussi vastes que la solitude des hommes. Laissez Guardi Guedj, l’Aïeul de tout le monde, vous conter l’histoire de Toursène et de son fils Ouroz, plongez au cœur des traditions afghanes, dans la mêlée du plus grand Bouzkachi jamais disputé.

 

« Celui qui sait beaucoup d’histoires mortes aime bien, quand il le peut, en voir une à sa naissance. »

 

Tchopendoz renommés et indétrônables, Toursène et son fils Ouroz écument d’insatisfaction sur les sifflements déchirants de cravaches aux billes de plombs. Une cruauté fiévreuse consume leurs esprits dans leur quête suprême de postérité. Fiers et terribles, mais légitimes, ils sont Maîtres d’un monde sans frontière où seule la jalousie les domine encore, où seul leur étalon Jéhol est en mesure de les attendrir, de les porter loin de leur orgueil pour aller à la rencontre de l’apaisement.

 

« Dans un jeu – et celui-là était le jeu essentiel, mortel, de la dignité et de l’honneur – la vraisemblance ne comptait point, pourvu que fussent respectées la règle et la coutume. »

 

Dans cette épopée contre le déshonneur, au cœur des montagnes infranchissables de l’Hindou Kouch, la haine suppure dans la douleur et l’effroi, le chant cupide des sirènes innommables conduit à la plus laide des folies. Empathie amputée et avenir sur béquilles, une gloire en poudre comme fanion de non-retour, un mausolée maussade pour unique prestige, c’est ce qui semble attendre celui qui ne sait pas vieillir.

 

« La vieillesse véritable, […] est au-delà de tous les tourments. Elle a oublié les maux d’orgueil, de regret, d’amertume. Elle ne jalouse pas la force de son propre sang. »

 

A la fin de votre lecture votre poitrine portera longtemps encore le souffle de Jéhol, l’aridité violente des regards afghans, les paysages inhospitaliers de leurs cœurs majestueux, et vous refermerez à regret la chaleur harassante d’être étranger à ces coutumes d’un autre monde.

 

hindou kouch

 

« Des montagnes bordaient cet univers de steppe astrale. Elle était si près du ciel que seule la ligne des crêtes en dépassait le niveau. A cause de cela, il semblait que des Dieux dont aucune religion n’avait jamais conçu la forme ni deviné les noms avaient érigé contre le firmament glacé une enceinte à la mesure et à l’image de ce plateau effrayant et sublime. La muraille, ils l’avaient pétrie de roche et de lumière. Dans cette substance, ils avaient forgé les repères, les instruments, les signes destinés à des voyageurs fabuleux. Vaisseaux géants de porphyre ancrés dans la neige des âges. Radeaux en corail suspendus sur l’azur. Aiguilles pareilles à des phares démesurés qui avaient pour feux, à l’usage des astres, les rayons du soleil. Parfois des dragons monstrueux et des idoles colossales surgissaient sur une rose écume pétrifiée. »

 

On galope sur les mots en buvant un thé noir brûlant et sucré en écoutant une Damboura.

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