Les mots de Jane Austen

mardi, janvier 10, 2017 2 3

C’est une vérité universellement reconnue qu’un célibataire pourvu d’une belle fortune doit avoir envie de se marier, et, si peu que l’on sache de son sentiment à cet égard, lorsqu’il arrive dans une nouvelle résidence, cette idée est si bien fixée dans l’esprit de ses voisins qu’ils le considèrent sur-le-champ comme la propriété légitime de l’une ou l’autre de leurs filles.

 

Ainsi s’ouvre l’incipit d’Orgueil et préjugés, un début qui  présume le thème principal du livre : le mariage, sans en dévoiler toute la richesse : les passions de ses personnages. Dans la société anglaise corsetée du 19ème siècle, le ravissement s’épanouie sous les mots de Jane Austen. La famille Bennet nous offre un siège entre ses cinq filles aux humeurs disparates, nous nous attablons, invités à partager le menu de leurs aspirations.

 

Je n’aime véritablement que peu de gens et en estime moins encore. Plus je connais le monde et moins j’en suis satisfaite. Chaque jour appuie ma conviction de l’inconséquence de tous les hommes et du peu de confiance qu’on peut accorder aux apparences du mérite et du bon sens.

 

On relit ce classique comme on retrouve un vieil ami, dont le reflet est fidèle à nos inclinations adolescentes. On s’imagine Elizabeth Bennet, on lui envie sa vivacité d’esprit et son caractère, on revêt pour le temps de la lecture, le même costume de doutes et d’effronterie. On s’amourache des officiers, on frissonne sous le regard de Mr Darcy, on est trompé à l’instar des personnages par un bal de manières et de retenue qui éclipse les sentiments, tourmente le discernement. On tourne les pages avec une coquetterie empruntée à notre imagerie victorienne. On appréhende la suite des événements et l’on consume l’ouvrage pour assouvir notre attente d’un dénouement heureux.

 

Je lui aurais volontiers pardonné son orgueil s’il n’avait tant mortifié le mien.

 

On fait d’Elizabeth Bennet l’une de ces amies précieuses qui participera désormais à notre appréhension du monde en mangeant du chevreuil à Netherfield.

2 Comments
  • Alice
    février 10, 2017

    Tout a été dit, ou presque, de ce chef d’oeuvre, mais j’ai beaucoup aimé ta façon d’en parler 🙂

    • Votrefillecherie
      février 10, 2017

      Merci ! Il est difficile de parler de ce livre sans en dévoiler les secrets à ceux qui ne l’ont pas lu… mais j’espère avoir réussi à leur donner envie de le lire.

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