Les mots d’Hubert Haddad

mercredi, octobre 3, 2018 0 1

Le Peintre d’éventail d’Hubert Haddad est un livre pour les amoureux. De jardin à la japonaise, de peinture et de passion, les amoureux des pages à tenir contre soi comme éventail que l’on agite pour s’imprégner du monde alentour. Découvrir le pays du soleil levant, par un univers romanesque comme une peinture, figée de douceur.

 

« Un jardin rassemblait la nature entière, le haut et le bas, ses contrastes et ses lointaines perspectives ; on y corrigeait à des fins exclusives, comme par compensation, les erreurs manifestes des hommes, avec le souci de ne rien tronquer du sentiment natif des plantes et des éléments. »

 

Dépliez ces pages et pénétrez en voyageur dans la pension de Mme Hison, une femme de chaire en Kimono, avec son passé au repos loin de son auberge. Dépossédée de sa vie d’avant, comme tous les étrangers qui viennent chercher l’oubli et la quiétude au sein de cette parenthèse végétale entretenue par les mains du vieil Osaki.

 

Cette histoire est un jardin dont chaque personnage est un parfum aux accents singuliers, au fil des saisons ils s’entremêlement et se dénouent, au rythme des arrivées et des départs. Le lecteur y est promeneur, sens ouverts, et voyeur innocent de bouleversements sublimes.

 
« C’était d’identiques tourments chaque nuit. Et toujours, à l’heure du hibou, il allait errer dans la ténèbre hantée des forêts, titubant, pour échapper à cette folie. Les grands arbres frissonnants apaisaient un moment sa fièvre. Il n’y avait pourtant plus de désir en lui, ni la moindre amertume, toute idée de possession ou de conquête s’était évanouie avec celle d’avenir. Mais le regret ravageait ses nuits et le souvenir des jours passés se décomposait en lassitude infinie. Il ne pouvait se défendre du remords ; sa mémoire était-elle autre chose ? »

 
C’est un récit magnifiquement écrit, harmonieux et délicat comme un jardin à la japonaise. Une histoire de passation, d’apprentissages d’arts et de souvenirs. Une ode gracieuse à la nature et aux hommes qui prennent encore le temps de s’y arrêter, à nous donner des envies de se promener en forêt sous les matins de rosée.

 

« Un amant silencieux était pour elle une bénédiction. Celui qui se tait n’attend rien de vous. Les peaux suffisent amplement au dialogue. Quelques baisers, la cigarette qu’on échange, un sourire après l’amour, et la présence du jardin, si proche… Ca la reposait d’une vie de simagrées, de fausses promesses et de disgrâces. Qui pouvait s’imaginer combien elle avait été fêtée ? Sans attaches, traversant les lieux et les époques, son esprit flottait au-dessus de l’homme nu. Les complications burlesques de l’usage du sexe avaient effarées toute jeune, au moment des premiers rapports, ce goût de la honte et de la flétrissure, ces prétentions, ces hilarités imbéciles, et puis elle compris une fois enceinte l’exception bouffonne de cet acte, et sa monstruosité en accouchant avant terme. Dans les humeurs et la fièvre, chaque coït tentait de ranimé quelque chose de mort-né. Elle frissonna à l’évocation du long cortège des pères et des fils, visages et pénis enchevêtrés. Une saveur acide de rouille et de sang lui restait dans la bouche, elle ne savait trop pourquoi.« 

 

Pour voyager de chez vous, marcher dans des paysages et des odeurs inconnues et exotiques, tournez les pages d’Hubert Haddad, ce nom qui me faisait de l’oeil depuis quelques temps déjà, et que je ne regrette pas d’avoir emprunté.

 

Connaissez-vous cet auteur ?

Avez-vous d’autre titre de lui à me conseiller ?

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