Les mots d’Honoré de Balzac

lundi, septembre 28, 2015 1 2
honoré de balzac

 

Rouvrir un classique. Se frotter au romantisme désuet d’une époque révolue, aux relations engoncées de titres et de conventions. Supporter qu’il ne se passe rien que des soupirs et des mains baisées, mettre de côté les péripéties qui feraient palpiter notre imagination vorace. Avec abnégation, être uniquement lecteur d’une langue française admirable dont le réalisme n’est cependant plus le nôtre.

 

« Une vie d’amour est une fatale exception à la loi terrestre ; toute fleur périt, les grandes joies ont un lendemain mauvais, quand elles ont un lendemain. »

 

Le Lys dans la vallée raconte la passion éperdue d’un enfant négligé par ses parents pour Mme de Mortauf, femme mariée pleine de vertu. Les personnages maladifs s’embourbent dans des relations destructrices, dont l’issue fatale est toute entière contenue dans le récit d’enfance de Félix.

 

« L’amour à ses intuitions comme le génie a les siennes, et je voyais confusément que la violence, la maussaderie, l’hostilité ruineraient mes espérances. »

 

Les personnages se fréquentent et se lient sans que jamais l’on ne sente la franche sincérité d’un rapport vrai. Retenue propre à une époque, pessimisme cireux figeant toute passion comme apanage d’une vision du monde passéiste, on regrette une once de tragédie, une pointe de libertinage ou un caractère détestable, qui aurait motivé notre intérêt, remué notre humeur, éveillé notre empathie. Le Lys dans la vallée se fane sans esclandre, dépossédé de la beauté initiale qui l’avait fait pousser des pages à nos yeux en un bel espoir de lecture bouleversante.

 

« Voilà comment finissent les plus beaux sentiments et les plus grands drames de la jeunesse. Nous partons presque tous au matin […] nous emparant du monde, le coeur affamé d’amour ; puis, quand nous nous sommes mêlés aux hommes et aux événements, tout se rapetisse insensiblement, nous trouvons peu d’or parmi beaucoup de cendres. Voilà la vie ! La vie telle qu’elle est ; de grandes prétentions, de petites réalités. »

 

La lettre de clôture vient relever l’ensemble, ultime mots pour un éclairage brillant du roman. On rit cynique, de ce rire plein d’une commisération méprisante pour ces protagonistes passés à côté de leur vie faute de s’être dévoilés. Ces personnes qui n’ont rien compris au caractère éphémère de l’existence, à la nécessité des passions, ces personnes que Balzac écrit avec brio, dans leur agaçante inaptitude au monde qui aujourd’hui encore échauffe le lecteur, confirme l’inégalable acuité humaine de l’auteur.

 

On suit les périples léthargiques de Félix en écoutant le mix sur la fidélité de Bon entendeur et en mangeant des rillettes de porc.

1 Comment
  • Corentine
    avril 27, 2017

    Je comprends ton avis. Pour ma part, j’y ai vu le récit d’une odieuse manipulation, de la destruction d’un pauvre âme (celle de Félix) par une femme calculatrice et mensongère. Il n ‘y a de sincérité que du côté du pauvre Félix, la victime.
    J’avais cependant trouvé la lecture particulièrement ardue, un peu longuette il est vrai.

Leave a Reply

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *