Les mots de Grisélidis Réal

mercredi, octobre 21, 2015 0 2

Grisélidis réal

 

Le noir est une couleur est une ode à cette peau d’ailleurs, à ces corps en jazz et caresses, de ceux qui savent aimer. Un témoignage en lumière sur la prostitution. Sans filtre, la vie d’une mère en survivance. Dans une Allemagne inhospitalière, il faut se cacher derrière les briques rouges d’une maison close, au milieu de la déchetterie, se réfugier sous le plafond en carton d’une vieille roulotte tzigane. Dans cette carapace marmiteuse, se loge l’ultime réconfort de ton identité proscrite.

 

« Oui, cherche, fouille dans mon passeport. Vous ne trouverez jamais. L’amour, ce n’es pas là qu’il niche ! Il bat ailleurs, dans les endroits qui vous échappent. Rescapé de Dachau, d’Auschwitz ! En roulotte, au pied des ordures ! Dans tous vos gaz, fosses communes, fours crématoires, vous n’avez pu le détruire, le coeur tzigane ! »

 

Autobiographie d’un amour violent, enfumé, passionnel. Amour en passes fiévreuses. Sous les coups d’une misère qui frappe. A la porte, le destin cogne pour te priver de ton impudence. De tes amants noirs, ceux qui te donnent vie en coups de reins mal protégés. Grisélidis, toi qui osa tout dire. Le dérangeant, le maladif, le caché, les viols et les amitiés en secours, la folie, l’enfermement de ta liberté viscérale. Toute ta vie pleinement vécue d’être partagée sans réserve.

 

«  En ce temps-là, notre destin, c’était des Noirs au sourire et aux épaules vastes comme l’océan, sur eux on voguait en sécurité, ils nous amenaient au port. Ces soldats noirs, ils avaient un coeur éclatant comme leurs dents blanches, leurs mains c’étaient nos oreillers, leurs corps c’étaient nos maisons, nos havres dans les naufrages. Ah comme ils brillaient sombrement dans la neige ! Comme leur douce peau noire rayonnait, malgré le froid qui nous cinglait le visage ! Comme ils étaient chaud et bons sous leurs uniformes verts ! Leur coeur faisait fondre l’hiver. »

 

Les mots de Grisélidis sont pour ses amants d’ébènes, ses frères tzignanes, ses soeurs de pavés. Pour cette vie misérablement belle, infectée d’autrui, sauvée par l’autre, par ses coups d’amour et de jalouse folie. Cette vie au sexe tarifé, unique échappatoire à l’aliénation. Ses mots témoignent d’une existence à se cogner, à n’en jamais oublier la fragilité insidieuse. Une vie à cahoter.

 

grisélidis réal

 

On écoute un disque de Sonia Dimitrievitch et Yoska Nemeth, on goûte une cuillerée de confiture de haschisch, on se laisse bercer par les bras noirs et paginés du livre, et on me partage ses mots préférés. Vos coups de cœur à partager.

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