Les mots de Françoise Sagan

mardi, mai 12, 2015 0 3

francoise sagan

 

Un profil perdu jamais rencontré de face.

Une dépendance aux abois.

Une émancipation en laisse.

Léthargique et protégée, bercée par des amitiés ennuyeuses, Josée se laisse guider dans une danse somnolente, une fuite d’hommes à hommes, maladivement protecteurs, tragiquement possessifs. Sa psychologie en dents de scie fascine. Nous assistons impuissants à son aveuglement, mi-amusés, mi-effrayés, nous nous improvisons psychologues et médiums le temps de la lecture, persuadés d’avoir tout deviné, d’avoir percé les ressorts de la comédie grinçante se jouant sous nos yeux.

 

« Il fallait dégager, me dégager. C’était un terme de rugby et en cela j’étais d’accord : ayant joué les avants rapides toute mon adolescence et les piliers tenaces en pleine mêlée, avec Alan, je renonçais, cardiaque, au jeu. Je quittais le terrain vert, un peu jauni, sans arbitre et sans règlements, qui avait été le mien. J’étais seule, je n’étais rien. »

 

L’écriture de Françoise Sagan tire sur les fils des relations humaines et en démêle les nœuds. Ses mots boursouflés de solitude nous immergent dans un univers romanesque où l’imaginaire a peu de place, réussissant dans leur rencontre à nous faire éprouver un intérêt avide et empathique pour des protagonistes résolument médiocres.

 

« Je l’aimais. Je ne savais pas pourquoi, pourquoi lui, pourquoi si vite, pourquoi si violemment, mais je l’aimais. Il avait suffi d’une nuit pour que ma vie ressemble à cette fameuse pomme si ronde et si pleine et pour que, lui parti, je ne me sente plus que moitié de la pomme, fraîchement tranchée, vulnérable à tout ce qui viendrait de lui et à rien d’autre. J’avais basculé d’un coup du royaume de la solitude dans celui de l’amour et je trouvais curieux d’avoir le même visage, le même nom, le même âge. Je n’avais jamais très bien su qui j’étais objectivement mais là, je ne le savais plus du tout. »

 

On suit les déboires sentimentaux de Josée en buvant un thé accompagné d’un bon baba bien gras, et on sifflote un petit air de chasse.

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