Les mots d’Eve Ensler

mardi, mars 13, 2018 2 1

 

J’ai enfin pris le temps de lire le désormais classique Les Monologues du vagin d’Eve Ensler. J’ai lu ce texte dont j’ai depuis de nombreuses années croisé les affiches au titre intriguant, anormalement provocateur, incontestablement féminin.

 

« Vagin. Je le dis parce que je suis censée ne pas le dire. Je le dis parce que c’est un mot indicible – un mot qui provoque l’angoisse, la gêne, le mépris et le dégoût. Je le dis parce que je crois que ce qu’on ne dit pas, on ne le voit pas, on ne le reconnaît pas, on ne se le rappelle pas. Ce qu’on ne dit pas devient un secret et les secrets engendrent la honte, la peur, les mythes. Je le dis parce que je veux pouvoir un jour le dire naturellement, sans éprouver un sentiment de honte et de culpabilité. »
 
Eve Ensler redonne ses lettres de noblesse à un mot mal aimé, qu’on cache derrière nos commissures de lèvres pincées. Un mot que l’on nie, et auquel on préfère le frifri, la foufoune, le berlingot. C’est une polyphonie de voix féminines, regroupées en un unique monologue, qui s’approprie ce -gros – mot dans ce – petit – livre. Des femmes qui prononcent des dizaines de fois le mot « VAGIN », parfois en s’excusant ou avec le rouge aux joues, pour qu’il ne soit plus indicible ou avilissant, pour qu’il puisse tomber dans une conversation sans yeux ronds.
 

Mon vagin, village vivant, doux et chaud.
Ils t’ont envahi. Massacré.
Incendié.
Je ne peux plus te toucher.
Je ne peux plus venir te voir.
J’habite ailleurs à présent.
Ailleurs. Mais je ne sais pas où c’est.

 

Eve Ensler nous partage avec ses mots, ceux des femmes  qu’elle a interviewées et qui sont parties à la recherche de leur vagin. Elle fait de ce mot, une exploration, et on lit cette pièce de théâtre comme un miroir tendu vers notre propre rapport au corps. On y croise une dame qui se découvre pour la première fois à 72 ans, une épouse trompée de ne pas s’être rasée, des femmes violées, des mots innocents d’enfants, des regards d’hommes subjugués, des orgasmes, des gémissements et des vagins en colère. Cette pièce a le mérite de témoigner du rapport conflictuel de la femme à son propre corps. Le vagin demeure un organe mal aimé, une cavité terrifiante qu’on craint de dévoiler, quelque chose de sale et d’honteux. Un royaume qu’il faut apprivoiser pour en découvrir les trésors et le magnifier.

 

« La vente des vibromasseurs est interdite par la loi dans les Etats suivants : Texas, Géorgie, Ohio et Arkansas. Si vous vous faites prendre, vous risquez une amende de 10 000 dollars et un an de travaux forcés. En revanche, dans ces mêmes Etats, la vente des armes est parfaitement légale. Et pourtant, on n’a jamais vu un massacre collectif causé par un vibromasseur. »

 

Je pense que Les Monologues du vagin aurait pu faire des milliers de pages de plus, tant le sujet est inépuisable. Il y a autant de Monologue du vagin qu’il y a de femme sur terre. Ce livre vient illustrer Sexpowerment de Camille Emmanuelle, lu juste avant, car il est aussi un appel à prendre connaissance de leurs corps, à l’explorer pour s’accomplir en tant que femme. Un livre documenté et poétique dont je vous recommande chaudement la lecture.

 

« ….c’est le mot qui fait avancer et c’est le mot qui rend libre. »

 

Avez-vous d’autres lectures féministes à me conseiller ?

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2 Comments
  • Harmony
    mars 16, 2018

    Merci pour cette chronique. Je n’ai toujours pas lu ni vu cette pièce, alors même que j’ai acheté un exemplaire et qu’elle traîne depuis déjà quelques mois sur les nouvelles étagères de mon nouvel appartement. Tu me rappelles l’urgence de m’y mettre, et en renouvelle l’envie, parmi toutes les autres lectures en attente qui sollicitent mon bon vouloir.
    En attendant, je te conseille, puisque tu le demandes, et puisque tu lis volontiers du théâtre, une lecture que j’ai faite en janvier dernier et qui a atteint le statut de coup de cœur 2018 : « Contes à Rebours » de Typhaine D. C’est une relecture féministe « à l’endroit » des contes de fées traditionnels et revisités par les dessins animés, menée à travers les point de vue des héroïnes bafouées, infantilisées et mises « à l’envers » qui ont peuplé notre enfance.
    Je te le recommande chaudement, et si tu as l’occasion d’assister à une représentation de l’autrice, qui est comédienne, c’est encore mieux !
    Bonne journée sorore.

    • Votrefillecherie
      mars 18, 2018

      C’est une pièce courte qui ne te prendra pas beaucoup de temps à lire mais qui je pense raisonnera longtemps dans ta tête.
      C’est toujours le cas pour moi.
      Merci beaucoup pour ce conseil lecture. Je vais le noter dans ma liste de lectures féministes à découvrir.
      Bonne lecture !

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