Les mots d’Anne Sophie Brasme

mercredi, octobre 25, 2017 0 3

Depuis sa sortie, Notre vie antérieure me faisait envie, non pas tant pour son thème, mais par curiosité de découvrir le dernier roman de l’auteure de mon livre préféré Le Carnaval des MonstresAnne Sophie Brasme.

 

« Bon sang, comme elle reste vive, cette morsure, lorsque la réalité vient brusquement remonter en moi. »

 

Je l’ai lu d’une traite, lui reconnaissant cette qualité du dire vrai, cette évidence du mot juste, qui suspend régulièrement ma lecture pour admettre : « C’est exactement cela, je l’ai vécu aussi… ». J’ai éprouvé cette corrélation entre notre passé et notre devenir, cette survivance de tous les instants vécus dans l’écriture, cette vie comme matière à lire. J’ai été captivée par ce souvenir blessé déferlant inlassablement sur la narratrice, élimant son devenir pour la dépouiller de toute passion. J’en oublierai les personnages, mais il me restera cette expérience partagée d’une amitié à tout construire, car je me suis retrouvée dans cette lecture. Ce qui me fait tant aimer cette romancière, c’est cette sensibilité du monde commune, comme si nous avions vécu la même chose et que nous avions pensé les mêmes mots pour l’exprimer.

 

« Quand je repense à ces jours d’été, j’y vois l’image même du bonheur. Il était là, presque palpable, dans un verre de vin partagé au crépuscule sur la terrasse […] Et je me souviens de m’être dit, à ce moment-là, que je n’avais pas besoin d’autre chose. Toute ma vie aurait pu tenir dans cet instant, comme une boule que l’on saisit dans la main. Voilà ce qui comptait : c’était cela, c’était ce moment. Alors, à quoi bon écrire ? A quoi bon mettre des mots là-dessus ? Tout ce que j’avais vainement cherché dans l’écriture – l’épaisseur, la contenance-, je l’avais trouvé ; les choses étaient pleines, solides. Elles se suffisaient à elles-mêmes. »

 

Je ne dirais pas de ce roman qu’il est à mettre en toutes les mains, pas d’impératif à le lire, simplement le rappel précieux de cette affinité singulière avec Anne Sophie Brasme, ce pouvoir de la Littérature de « parler » aux lecteurs, de les réveiller à leurs propres sensations, d’exhumer leurs propres émotions. Comme Respire et Le Carnaval des Monstres, Notre vie antérieure, restera dans mon petit panthéon littéraire inexpliqué, celui à l’ombre des chefs d’œuvres glosés, celui à dimension humaine dans lequel on se sent chez soi, dans le modeste vrai.

 

 

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