Les mots de Daniel Pennac

mercredi, septembre 16, 2015 0 2
le dictateur et le hamac

 

Ce serait l’histoire d’un dictateur agoraphobe, qui, voué au lynchage, tenterait vainement d’échapper à son destin en embauchant un sosie. Sosie de dictateur imaginaire, de Charlie Chaplin et de Rudolph Valentino, l’identité des personnages se perd dans la narration, au fil d’aventures passionnantes dont l’unique témoin est le romancier : Pennac au fond de son hamac nous fait son cinéma d’auteur.

 

« Le hamac a dû être imaginé par un sage contre la tentation de devenir. Même l’espèce renonce à s’y reproduire. Il vous inspire tous les projets imaginables et vous dispense d’en accomplir aucun. Dans mon hamac j’étais le romancier le plus fécond et le plus improductif du monde. C’était un rectangle de temps suspendu dans le ciel. »

 

Le dictateur et le hamac est un roman sur le mimétisme, le processus de création en est la véritable trame, derrière l’existence rocambolesque des personnages s’agitent les rencontres de Daniel Pennac, celles de la vraie vie qui lui auront inspiré ses histoires à raconter. Un jeu ludique entre réalité et fiction, entre anecdotes historiques et pure fantasme littéraire.

 

« Petite mémoire, donc, présence chancelante au monde qui m’interdit de témoignage. D’où mon appétit de romancier, sans doute : l’imagination affamée de souvenirs s’acharne à recomposer la vie sur esquisses. »

 

Sous l’artifice du maquillage, Daniel Pennac tisse des récits de vie charmants, ceux d’hommes bifurquant de leurs destins, se rêvant autres : des sosies sans nom propre, s’évadant par des fenêtres ouvertes avant de retomber dans la même pièce, de se figer en une dernière caricature. Tous prédicateurs grotesques d’une réalité oubliée dont ils sont les ultimes pantomimes.

 

« La vraie piste de danse, c’est l’oeil de celui qui ne danse pas, l’oeil exorbité de tous ceux que tu décourages. »

 

Un livre plein de poésie, un conte que l’on dévore d’une curiosité d’enfant. Des pages sensibles, de mots, de lumière et de cinéma. Une fable exotique de personnalités passionnées mais perdues, dont l’immortalité du souvenir repose sur des portraits de femmes, leur existence magnifiée par l’art du conteur, une usurpation romanesque dont l’illusion ne se dissipe qu’à l’impression du mot FIN.

 

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On regarde immédiatement Le Dictateur de Chaplin pour y prolonger les mots de Pennac, et on danse un tango argentin en l’honneur de Valentino.

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