Quand nos gestes auront trop de rides

lundi, février 2, 2015 0 3

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      Dans quel écho de dessous de pont resurgiront les voix du passé ? Quelles toiles d’araignée tisseront nos sourires poussiéreux ? Sur quel trottoir, de quelle rue, nos chaussures s’arrêteront-elles, d’un coup, paresseuses ? Quelle poche de quel jean élimé nous offrira nos vieux mots à l’orthographe chiffonnée ? Lequel de nos enfants doublera notre vécu d’un coup de ressemblance ? Quel parfum embaumera nos larmes écolières et quel prénom nouera encore notre gorge ? Quel livre restera là, fermé sur une étagère, avec à l’intérieur, notre coeur tout entier ?

 

       Nos meilleurs moments sans cesse traqués par nos sens perméables, quel charme trouverons nous alors au temps qui reste ?

 

       Le monde comme grenier à souvenirs.
      Une malle ouverte sur notre mélancolie latente. Pulsion cardiaque battante jusqu’à ce que nous soyons devenus stériles : carcasses gâteuses, identités sclérosées, mémoires hypothéquées, ombres croulantes au présent sulfurisé…
       Quel archaïsme serons nous devenus ?

 

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On écoute Les vieux de Jacques Brel et Le temps qui reste de Reggiani.

 

 

Les photos sont de Sacha Goldberger : un photographe que je t’invite vivement à découvrir ici.

Nous sommes Charlie et bien plus

mercredi, janvier 7, 2015 0 3
[Illustration Francisco Javier Olea]10930114_392482074244348_8407081560248169993_n
Il y a des images qu’on ne peut pas dire, des mots qu’on ne peut pas dessiner. Il y a nos mines grises de tristesse à retailler d’espoir pour étaler la vie en gras, dessiner des lendemains qu’on ne pourra jamais nous gommer.

Saisir nos crayons pour t’écrire encore : LIBERTE

 

Au même moment, à quelques milliers de kilomètres du siège de CharlieHebdo, Boko Haram décimait une quinzaine de village au Nigeria grossissant impunément le nombre de ses quelques 10 000 victimes de 2014.
Tandis qu’en République Démocratique du Congo le plus grand génocide de l’humanité – plus de 6 millions de morts depuis 1996 – continue de se perpétuer bien à l’abris des médias occidentaux.

Quant au conflit en Centrafrique il semble lui aussi ne jamais avoir existé.

 

Nous sommes citoyens du monde [ parait-il ].

Petite anthologie du rap français

samedi, janvier 3, 2015 0 4

1970 Le mouvement HIP HOP naît dans les rues des ghettos New-Yorkais. C’est l’émergence d’une culture urbaine fédératrice pour les jeunes minorités en mal d’intégration, qui se divise en plusieurs disciplines :

 

La musique

La danse : le breakdance ou b-boying se diversifiant en Locking, Popping, House…

Le beat-boxing

Le graffiti

 

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La musique on l’écoute dans la rue sur un ghetto blaster, comme l’immortalise Jamel Shabazz

 

La musique Hip Hop – car c’est ce qui nous intéresse – a pour père fondateur Dj Kool Herc, véritable dieu des platines, et toujours en activité, il est le premier à jouer avec ses vinyles, et comme par magie, à inventer le sample ! On peut commencer à rapper !

 

Dj Kool Herc est suivi de près par le non moins talentueux Grandmaster Flash. En 1979 le tube Rapper’s Delight des Sugarhill Gang régale les oreilles du monde entier de neuf minutes d’un groove endiablé, pour le plus grand bonheur des rappeurs.

 

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Dix ans plus tard la culture HIP HOP a traversé l’Atlantique pour s’implanter au pays de la baguette, non pas chez le moustachu à béret mais plutôt chez le jeune banlieusard aux origines plus exotiques.

 

En 1984 le mouvement se démocratise grâce à la première émission TV au monde sur le sujet : HIP HOP présentée par Sidney diffusée sur TF1 – oui, oui en France ! Et le premier rappeur français est né en la personne de Lionel D  accompagné de Dj Dee Nasty – autre figure emblématique du mouvement Hip Hop français – à l’aide de la radio Nova. L’impulsion est donnée !

 

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MC Solaar un grand nom, qui fut d’abord son TAG, l’un des premiers. Loin de l’image gangsta, sexe, drogue et violence, MC Solaar s’est imposé par ses sample de grands classiques – comme celui de [Bonnie and Clyde] de Gainsbourg – ses textes poétiques et ses cadences entraînantes qui passent facilement à l’antenne. Il s’exporte et touche à tout avec musicalité, berçant mon enfance de petites histoires qui ne finissent pas toujours bien,[La belle et le Bad boy], mais font voyager. Aujourd’hui, Claude a disparu de la scène musicale. On en garde l’image d’un rappeur cool, d’un poète décalé dont l’art ne transpire ni la haine, ni la révolte, mais tout simplement la musique. Il fait du bien aux oreilles sans trop triturer notre conscience et c’est reposant.

 

Plus énervés sont Didier Morville et Bruno Lopes qui, après avoir peint les wagons parisiens de 1000 couleurs au goût de course poursuite avec les hommes en bleu, montent sur la scène parisienne sous le nom d’NTM, sigle dont je tairai la signification pour la bienséance. En 1991 sort le premier album d’une longue carrière pleine de polémiques, que ce soit pour les poussées intempestives de testostérone de Joey ou pour des textes dérangeants, tel [J’appuie sur la gâchette]. NTM dénonce – en effet comme le dirait Youssoupha « Qui peut prétendre faire du rap sans prendre position ? » – ou plutôt se déchaîne contre les violences policières, les actes de racisme et le marasme économique et social des banlieues : [Laisse pas traîner ton fils].

 

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Le frère de Vincent Cassel n’est autre que Rockin Squat membre du groupe Assassin, c’est pourquoi tu peux le voir en train de faire du beat-box avec Joey Starr en 1988 ici-même.

 

Pendant ce temps-là à Marseille, l’autre pôle HIP HOP de France avec Paris, le groupe IAM au bel accent du Sud, moins violent mais tout aussi dénonciateur : [Petit Frère], [La Fin de leur monde], s’impose par sa plume travaillée, son univers « martial » et un poil plus intellectualisé quel leurs collègues parisiens. En 1993 le groupe explose grâce à son tube [Je danse le Mia], succès renforcé par le kitschissime clip de Michel Gondry réalisé avec les copains du coin, les oncles et cousins. On retient l’esprit de famille de ce groupe toujours productif, dont on admire le leader, bien malgré lui, Akhenaton, dont il faut absolument lire l’autobiographie Face B.

 

La même année, toujours en 1991, sort le premier single d’Idéal J. Trois petits gars de treize ans dont le flow de folie les fait entrer en studio et accoucher de leur premier album La vie est brutale. Mais c’est en 1998 que sort leur album clef : Le combat continu, main noire sur drapeau bleu blanc rouge, dont est extrait le titre [J’ai mal au cœur].

1345552929_Ideal J - Le combat continue Pochette CDC’est dans ce groupe que débute la carrière de l’incontournable Dj Medhi.

 

Le petit Daddy Kery s’érige en leader du groupe et deviendra nul autre que Kery James. LE Kery James dont nous avons encore et toujours besoin à une époque où le rap a vendu son éthique au capitalisme. Le groupe se dissout suite à l’assassinat de l’un des membres : découpé en morceaux et brûlé dans un joli paysage bucolique de banlieue. Kery James revient avec l’album Si c’était à refaire, une longue complainte sur la vie, pleine de mélancolie et de sagesse dont est extrait le titre [Y’a pas de couleur].

De Kery James il faut tout écouter, TOUT !

Même si il a eu dans sa jeunesse quelques prises de position douteuses, ses textes ne cessent de mûrir et aujourd’hui avec sa [Lettre à la République] ou son [Constat amer] il demeure la figure indétrônable du rap conscient.

 

Crédits photos Vincent Dessailly

Crédits photos Vincent Dessailly

Oxmo Puccino c’est l’autre vieux de la vieille sur lequel on peut compter. Il est appelé par la presse « le Black Jacques Brel » ou le « Black Mafioso » c’est dire l’ampleur du personnage. Un passé de dealer, un présent de très grand Monsieur : ambassadeur de l’UNICEF rien que çà ! De son succès [L’enfant seul] il a su grossir de diverses influences pour échafauder une œuvre très jazz : son album Lipopette Bar avec le groupe The Jazzbastards est un magnifique hommage à Billie Holliday. De 1998 à 2013 ses six albums aux accents très différents t’embarquent dans des univers plein de poésie, t’emportent loin, très loin et te bercent doucement… te parlant au creux de l’oreille de ton cœur à toi : [L’amour est mort mets].

 

NAP c’est le groupe qu’on a tendance à oublier, dont on ne se souvient pas bien. Moins plébiscité, moins sulfureux, plus discret. Les New African Poets posent pourtant leur pierre à l’édifice rap français, une pierre poétique et consciente [Les Maîtres du Monde], sur laquelle s’est construit Abd Al Malik. Sans nul doute le rappeur qui a su le mieux séduire la presse et l’auditeur français, avec sa pâte à la Nougaro, ses duos avec Juliette Gréco, cette intégration intelligente et réussie du patrimoine français. Oui, il le dit aussi à sa façon : le banlieusard n’est pas l’analphabète de service. [Circule, petit circule].

 

Passons à Doc Gynéco. Passons sur son personnage. Passons sur son actualité et restons à sa Première consultation, oui arrêtons nous à son album de 1996. Un disque de rap ou de variété au choix, un album génial, ne mâchons pas les mots, inclassable et inlassable : je l’écoute en boucle [dans ma rue]. A consulter sans modération avec ou sans ta [Vanessa].

 

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Saïan Supa Crew c’est le groupe délirant qu’on a du mal à suivre mais dont l’on chantonne tous de temps en temps le titre [Angela].  Groupe hétéroclite aux flows électriques sur lequel tu danses, tu cris, tu sautes, tu ris, tu fais des grimaces et souvent tu réfléchis. Et oui, [La preuve par trois] c’est la réinterprétation des gros clichés racistes par ces personnages hauts en couleur.

 

 

En 1995 sort le film de Kassovitz : La Haine.

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Non ce n’est pas la page cinéma mais bien un film phare de la culture HIP HOP, au même titre que Scarface, notamment pour sa Bande Originale qui va me permettre de placer subtilement quelques autres groupes emblématiques.

 

Dans la BO de La Haine on trouve :

 

Dj Cut Killer jouant son propre rôle dans le film, la grande classe, et qui nous balance son fameux [Assassin de la police] mélange fabuleux entre scratch, Edith Piaf, NTM, Assassin et Krs one… Bref un artiste aux doigts de fée et à la carrière interminable. Chapeau bas…

 

Le Ministère A.M.E.R, groupe à l’influence non négligeable qui s’attire quelques soucis avec la justice, accusé d’exhortation à la violence contre les forces policières suite au morceau au titre évocateur [Sacrifice du poulet]. Ils deviennent plus intéressants dans la suite de leur carrière individuelle, plus léger pour Stomi bugsy avec son incontournable [Mon papa à moi est un gangster], plus mâture pour Passi qui a su montrer qu’il en avait dans le ciboulot par ses textes, [Le maton me guette], mais aussi par la diversification de ses activités : il est devenu un producteur de musique chevronné et anime aujourd’hui une émission de radio – on peut dire qu’il a dépassé le stade de clown en survêtement.

 

– Le groupe Assassin avec son titre [L’Etat Assassine] – je les ai vu sur scène, ou du moins leurs capuches, ça ne vaut pas un coup de cidre.

 

– Le groupe Raggasonic, un mélange rap et ragga, des textes engagés à la bonne odeur de ganga. Ils tentent d’éteindre à leur tour la flamme FN avec leur titre [Bleu Blanc Rouge] – ce n’est pas le titre d’eux figurant dans La Haine mais c’est mon préféré.

 

 

VINYLES

 

 

Nombreux sont les rappeurs qui tentent d’abattre les préjugés sur les banlieusards et plus généralement les idéaux racistes par leur maîtrise de la langue française. On pense aux textes [Une saison blanche et sèche] du groupe Arsenik ou encore à [Faits divers] de Sniper. Nombreux sont ceux qui me font garder la foi en l’éthique HIP HOP.

 

A l’heure actuelle des rappeurs comme Médine [Du Panjshir à Harlem] ou Youssoupha [L’Enfer c’est les autres], accompagnent Kery James sur la voie du rap conscient. Mais c’est aussi l’androgyne Casey qui nous invite [chez elle], ainsi que la svelte Keny Arkana [Victoria], [Petit Soldat],  qui nous poussent du poing et du texte à ouvrir le débat sur la nature humaine à l’international. Avec rage, avec engagement, avec ses tripes. Comme quoi toutes les voix ne s’éteignent pas derrière le « claquement de BIF » d’un Booba, qui ne garde de HIP HOP que son brillant passé dans Lunatic. RIP.

 

Voilà je n’ai plus qu’à te dire, comme l’a instauré Afrika Bambaataa :

 

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PEACE

UNITY

LOVE

AND

HAVING FUN