Agréger les bouts de mon sommeil

mercredi, mars 11, 2015 0 2

sommeil

Il y a une araignée dans mon lit et un labyrinthe dans mon sommeil. J’allume et j’éteins la lumière pour attraper les picotements de ma peau comme mille petits insectes noctambules. Mes paupières sont tapissées de fiches bristol, les auteurs sont des claques qui claquent dans mon sommeil froissé. Je claque des dents, me tourne et claqu’apostrophe mon traversin.
 

Je n’ai plus d’effaceur pour corriger l’heure de demain.

 

 

Mots de veille du BAC 2009, anachroniquement actuels à quelques jours des épreuves d’admissibilité de l’Agrégation.
On écoute le titre des Doors qui a bercé mes années lycée : The End.

Bovarysme écorné

jeudi, février 26, 2015 0 4

votrefillecherie

 

A 17 ans j’étais atteinte d’un bovarysme maladif.

La vie ne serait jamais à la hauteur de mes espoirs romanesques. J’étais sortie avec des garçons pour me créer des aventures, elles ne m’apportèrent que la légère euphorie de la séduction, une première fois protocolaire. J’avais connu le sentiment amoureux si profond et destructeur à 15 ans que je pensais tout connaître, mais j’y survécu. A 19 ans seule dans mon studio, je passais mon temps à attendre que quelque chose me tombe dessus, de préférence un objet mâle qui aurait comblé mon manque affectif et sexuel et m’aurait engrossé d’un avenir. J’en arrivais même à regretter la fadeur des relations à passion feinte, un goût amère dans la bouche, l’angoisse de ne pouvoir jamais m’en débarrasser. Je fantasmais des transcendances avec des inconnus à peine entrevus le jour, et je désespérais de rester si fatiguée, assise chez moi le soir, avec l’idée de rencontrer l’idéal en sortant, et la certitude déprimante qu’il n’en serait rien. Les hommes ne me plaisaient que dans mes rêveries stériles, mes fantasmes demeuraient capitonnés de mutisme, et la réalité boursouflait en moi toujours plus décevante. Le temps se décousait point par point entre mes doigts, se nouant en pelote mélancolique sans que je ne puisse bouleverser la surface lisse de mon quotidien. Mon passé m’apparaissait comme une boule régulière d’unités temporelles, rangées uniformes de jours et de nuits qu’aucun coup de ciseaux ne venait achever.

Convaincue de la beauté de la vie j’avais juste peur d’en laisser à côté.

 

[Texte de fond de tiroir – 2010]

On écoute Solène des Ogres de Barback.

Quand nos gestes auront trop de rides

lundi, février 2, 2015 0 3

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      Dans quel écho de dessous de pont resurgiront les voix du passé ? Quelles toiles d’araignée tisseront nos sourires poussiéreux ? Sur quel trottoir, de quelle rue, nos chaussures s’arrêteront-elles, d’un coup, paresseuses ? Quelle poche de quel jean élimé nous offrira nos vieux mots à l’orthographe chiffonnée ? Lequel de nos enfants doublera notre vécu d’un coup de ressemblance ? Quel parfum embaumera nos larmes écolières et quel prénom nouera encore notre gorge ? Quel livre restera là, fermé sur une étagère, avec à l’intérieur, notre coeur tout entier ?

 

       Nos meilleurs moments sans cesse traqués par nos sens perméables, quel charme trouverons nous alors au temps qui reste ?

 

       Le monde comme grenier à souvenirs.
      Une malle ouverte sur notre mélancolie latente. Pulsion cardiaque battante jusqu’à ce que nous soyons devenus stériles : carcasses gâteuses, identités sclérosées, mémoires hypothéquées, ombres croulantes au présent sulfurisé…
       Quel archaïsme serons nous devenus ?

 

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On écoute Les vieux de Jacques Brel et Le temps qui reste de Reggiani.

 

 

Les photos sont de Sacha Goldberger : un photographe que je t’invite vivement à découvrir ici.