Chagrin d’ami.e.s

dimanche, octobre 1, 2017 1 1

 

Tu courais nu sur la pelouse de mes parents au temps des tentes dans jardin. Nous nous sommes échangés nos mots en lettres et cahiers, dans nos agendas ou autour d’un verre de rosé. Tu es entré dans ma famille, tu es devenu mon frère, tu es devenue ma sœur. J’ai tenu tes cheveux emmêlés à ton chagrin et tu as dormi blotti contre moi quand le monde alentour t’éreintait. Tu étais aussi là pour l’euphorie, la tienne, à vouloir te faire chapeauter. Alors j’ai niché ta main dans la mienne pour nos nuits blanches et nos heures à extrapoler, nos films sur canapé et bars à s’ennuyer, mais ensemble. Nous avons tout commencé et nous nous sommes tout promis.

 

Et quand j’ai été malade tu n’es pas venu.

Ni à pieds, ni en bus.

Tu n’es pas venu.

Pas une seule fois.

 

Alors je me suis tue de trop de peine.

Et tout cela ne t’intéresse pas. Et tout cela ne t’a jamais touché. Tu ne m’as finalement pas connue. Je ne vais pas te manquer. Et mes yeux déçus se sont dessillés sur ce que j’appelais notre  amitié.

 

Maintenant tu as un enfant ou une barbe, mais tu ne te souviens plus de nous.

Maintenant je suis amputée de toi, mais tu restes, membre fantôme, une confiance à consoler.

Dans ma valise il y a…

mercredi, septembre 20, 2017 0 1

 

Ma valise est partie et m’a laissée ici.

Elle est restée là-bas et continue de nourrir toutes mes passions, dans l’ombre d’un baobab surplombant mes six ans. Ma valise ne m’a jamais quittée.

Ma valise m’accompagne partout, elle est la promesse de mon retour en ces pays que je n’ai jamais vraiment quittés.

Ma valise est ma fenêtre ouverte sur un monde qui m’attend, et je suis courant d’air inspiré de loin, aspirant à cette viscéralité d’ailleurs qui, fidèlement, ne m’a jamais quittée.

 

Cette valise bigarrée à bouger, à ouvrir pour tout rencontrer, à toucher et chambouler en danses à se perdre. Valise insatiable d’ici et de nulle part, vivante et sans réserve aucune, frustrée d’être posée là, à attendre d’être emportée.

Regarde là,

Juste à côté de toi,

Je suis cette valise.

Lettre à ceux qui viendront

vendredi, juin 16, 2017 4 3

 

Comment sera l’homme, le prochain ?

 
Celui qui te mentira de toute sa sensualité, à exalter tes sens, à dépuceler ta naïveté, où celui qui ne vivra que de toi, à rétablir ton authenticité bousculée. Celui qui sera ton ami le plus érotique, à rire après coït, confidences ensemencées par la confiance légère et réciproque. Celui qui ne quittera sa femme que si tu veux bien le croire, et qui t’attend, et que tu désespères bientôt de mépriser. Celui auquel il ne manquera que ton amour, et celui qui sera trop loin pour t’assumer. Le conquérant, celui qui aura la patience d’endurer ton indécision, et l’autre, celui qui t’insultera pour un mieux trouvé. Celui qui aura les mots pour te blesser. Les mots pas le corps.

 

Ceux qui danseront, mais ne t’inviteront que sur une piste d’oreillers.

Tous sans paillettes mais connectés.

Ceux dont tu rêveras les bouches et les mains, les croisés dans la rue, ceux qui t’engonceront dans ton corps muet, à ne rien dire, à détourner les yeux. Ceux qui éduquent ton désir, le vrai.

Tous ceux pour qui tu n’auras nul orgueil.

Et celui dont le coeur, souffrira peut-être un jour de supporter l’abandon du tiens.

 

Ceux à t’exacerber à écrire,

Ceux à vivre,

Et surtout ceux à ne jamais les comprendre.

 

Tous ceux finalement, que tu as déjà rencontré, et qui te surprendront encore dans l’attente et l’abandon d’une passion à nous déborder, à perpétuer le verbe aimer.