Peut-on vivre sans passion ?

dimanche, août 28, 2016 1 3

PASSION

 

Peut-on vivre sans passion ?
Égrener le temps sans papillons ? Consommer les relations sans addictions ? Au ventre.
Vivre sans cette ébullition à sourire, à manger l’avenir dans toute notre impatience.

Peut-on vivre sans aimer ?

L’autre, inconditionnellement. Ne pas se contenter de l’aimer sans amour. Etre toujours insatiable, à attendre plus fort, le feu d’artifice. L’épanouissement total. Peut-on se contenter du confortable, du moyen, de l’à peu près ? Ce compagnon adorable, attentionné et aimant, mais sur lequel notre intime conviction a déjà apposé une date de péremption. Qui donne tout sans recevoir ce qu’on voudrait pourtant offrir : l’absolu.

Est-ce mentir de s’en contenter ? Est-ce se résigner ? Est-ce inéluctable ?

Peut-on vraiment vivre sans être passionné ?

Par l’autre, son travail, la mode, les chatons mignons ou le tuning ?

La vie vaut-elle d’être vécue sans la conviction du débordement, du dépassement de soi pour être à sa place ? Rayonnante au centre de sa collection de vaisselle en porcelaine, devant sa classe, ou sur une piste de danse.

Est-ce possible de toujours parler sans jamais infléchir la voix ? Sans s’emporter ? Vivre d’un rythme cardiaque sans emballement, vivre à rebours, sans débordement aucun ?

 

Avec la passion, il y aura la névrose et l’insatisfaction. Le désir d’en connaître plus, d’avancer plus loin, d’aimer plus fort, de ne jamais s’arrêter. De vivre à n’en plus pouvoir, la curiosité comme essence. La souffrance, d’être incomplet, seul parfois, avec l’envie de tout dévorer. La souffrance de l’autre, de ne pas construire ensemble, de ne pas se rassasier de son épaule à lui. Il y aura des mots en trop, jetés de ne pas s’arrêter, des ratés, des pavés à arpenter, des histoires par dizaines à balayer pour d’autres. Le manque des livres à lire encore, des pays à visiter, des soirées à s’inventer, des histoires à écouter, des belles choses à toucher, de l’horreur à pleurer, de la musique et du bruit…

L’insatiabilité du temps présent, la frénésie du devenir, la gourmandise d’être.

 

Mais n’est-ce pas la meilleure façon d’utiliser le temps qui reste ?

 

« Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux et lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ; mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière ; et on se dit : “ J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. »

 

On ne badine pas avec l’amour – Scène 5 – Alfred de Musset

 

Et vous, qu’est-ce qui vous fait vous lever le matin ?

Qui es-tu ?

mercredi, juin 8, 2016 0 0

modif

 

Qui es-tu ?

Toi, aux yeux moches de ne plus te regarder, qu’avec les larmes en poing. Chaque soir à refréner cette envie de mouiller les murs. Bouffie de sa mort à elle. Engorgée de ne plus la laisser s’épanouir, cette confiance devenue abstraction.

Qui es-tu ?

Une absence toute crue. Un reflet sans lumière d’une personnalité éteinte.

Insipide.

Tu as mangé l’autre, la vraie, celle d’avant. Celle tendue vers le monde. Celle avec des zygomatiques à rire et à dévorer le quotidien. Celle avec un ego, un moi à construire, un caractère à tout découvrir, à tout engloutir.

Où l’as-tu mise ? Celle qui fût moi.

Où l’as-tu mise ?

Toi qui n’a rien à offrir que ta gangrène interne, ta laideur purulente, ton moral à en finir.

Je te pleure de face. Je me cherche par intermittence.

Je ne veux pas te nommer. Je n’ai déjà plus que toi à la bouche. Tu débordes sur les autres en bourbe morose. Tu débordes sur mes jours, mes mois, mes années.

 

Je t’attaque en espoirs, toujours avortés.

Je te chasse en plaisirs, toujours lacunaires.

Il n’y a rien en mesure de te surmonter.

Tu es l’autre bout de mon palindrome.

 

I won’t complain

Le temps du monde fini commence *

samedi, novembre 14, 2015 0 1

ATLAS

Après t’être perdue dans l’ultime marasme de ton estime de toi, tu perds le monde. Celui en lequel tu croyais, de la naïveté jusqu’au bord du cœur, à submerger les autres pour les convaincre. Ton monde d’amour n’est plus que folie. Folie des hommes à se disloquer en paquets de chair de Kangaleri à Trollhättan, de Bagdad à Copenhague, du Nigéria à l’Oregon, de Beyrouth à Paris, des bordures de trottoirs souillées à ton humeur sensible.

 

Ta foi en l’humain en perdition. Il n’y a plus rien.

Atlas s’est effondré sous le poids de notre haine.

Atlas n’est plus, nous tombons.

Espoir écrasé sous l’indicible tristesse.

Il n’y a rien à dire, qu’à disparaître.

Avec nos millions de morts, sous les coups de notre bêtise.

 

Sous mes yeux à n’y plus croire, mon monde est perdu.

 

* Paul Valéry