Bovarysme écorné

jeudi, février 26, 2015 0 4

votrefillecherie

 

A 17 ans j’étais atteinte d’un bovarysme maladif.

La vie ne serait jamais à la hauteur de mes espoirs romanesques. J’étais sortie avec des garçons pour me créer des aventures, elles ne m’apportèrent que la légère euphorie de la séduction, une première fois protocolaire. J’avais connu le sentiment amoureux si profond et destructeur à 15 ans que je pensais tout connaître, mais j’y survécu. A 19 ans seule dans mon studio, je passais mon temps à attendre que quelque chose me tombe dessus, de préférence un objet mâle qui aurait comblé mon manque affectif et sexuel et m’aurait engrossé d’un avenir. J’en arrivais même à regretter la fadeur des relations à passion feinte, un goût amère dans la bouche, l’angoisse de ne pouvoir jamais m’en débarrasser. Je fantasmais des transcendances avec des inconnus à peine entrevus le jour, et je désespérais de rester si fatiguée, assise chez moi le soir, avec l’idée de rencontrer l’idéal en sortant, et la certitude déprimante qu’il n’en serait rien. Les hommes ne me plaisaient que dans mes rêveries stériles, mes fantasmes demeuraient capitonnés de mutisme, et la réalité boursouflait en moi toujours plus décevante. Le temps se décousait point par point entre mes doigts, se nouant en pelote mélancolique sans que je ne puisse bouleverser la surface lisse de mon quotidien. Mon passé m’apparaissait comme une boule régulière d’unités temporelles, rangées uniformes de jours et de nuits qu’aucun coup de ciseaux ne venait achever.

Convaincue de la beauté de la vie j’avais juste peur d’en laisser à côté.

 

[Texte de fond de tiroir – 2010]

On écoute Solène des Ogres de Barback.

Quand nos gestes auront trop de rides

lundi, février 2, 2015 0 3

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      Dans quel écho de dessous de pont resurgiront les voix du passé ? Quelles toiles d’araignée tisseront nos sourires poussiéreux ? Sur quel trottoir, de quelle rue, nos chaussures s’arrêteront-elles, d’un coup, paresseuses ? Quelle poche de quel jean élimé nous offrira nos vieux mots à l’orthographe chiffonnée ? Lequel de nos enfants doublera notre vécu d’un coup de ressemblance ? Quel parfum embaumera nos larmes écolières et quel prénom nouera encore notre gorge ? Quel livre restera là, fermé sur une étagère, avec à l’intérieur, notre coeur tout entier ?

 

       Nos meilleurs moments sans cesse traqués par nos sens perméables, quel charme trouverons nous alors au temps qui reste ?

 

       Le monde comme grenier à souvenirs.
      Une malle ouverte sur notre mélancolie latente. Pulsion cardiaque battante jusqu’à ce que nous soyons devenus stériles : carcasses gâteuses, identités sclérosées, mémoires hypothéquées, ombres croulantes au présent sulfurisé…
       Quel archaïsme serons nous devenus ?

 

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On écoute Les vieux de Jacques Brel et Le temps qui reste de Reggiani.

 

 

Les photos sont de Sacha Goldberger : un photographe que je t’invite vivement à découvrir ici.

Nous sommes Charlie et bien plus

mercredi, janvier 7, 2015 0 3
[Illustration Francisco Javier Olea]10930114_392482074244348_8407081560248169993_n
Il y a des images qu’on ne peut pas dire, des mots qu’on ne peut pas dessiner. Il y a nos mines grises de tristesse à retailler d’espoir pour étaler la vie en gras, dessiner des lendemains qu’on ne pourra jamais nous gommer.

Saisir nos crayons pour t’écrire encore : LIBERTE

 

Au même moment, à quelques milliers de kilomètres du siège de CharlieHebdo, Boko Haram décimait une quinzaine de village au Nigeria grossissant impunément le nombre de ses quelques 10 000 victimes de 2014.
Tandis qu’en République Démocratique du Congo le plus grand génocide de l’humanité – plus de 6 millions de morts depuis 1996 – continue de se perpétuer bien à l’abris des médias occidentaux.

Quant au conflit en Centrafrique il semble lui aussi ne jamais avoir existé.

 

Nous sommes citoyens du monde [ parait-il ].