Les mots de Jérôme Ferrari

mercredi, février 18, 2015 0 7

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Le Sermon sur la chute de Rome m’a tenté dès sa sortie et son succès de 2012, pourtant je ne l’ai acheté que le mois dernier, dans un élan de divertissement, une volonté de lever le nez du programme de l’agrégation. Mauvaise pioche. Le roman de Ferrari s’inscrit directement dans la lignée des trois romans de « la fin d’un monde » que nous étudions : Le Temps retrouvé de Proust, La Marche de Radetzky de Roth et Le Guépard de Lampedusa. Cette lecture ne m’a donc pas apporté la bouffée de légèreté que j’étais venue y chercher, mais elle m’a tout de même donné envie de m’y replonger à tête reposée pour l’apprécier davantage.

 

« Peut-être Rome n’a-t-elle pas péri si les Romains ne périssent pas. »

 

Roman eschatologique, dont l’intertexte majeur annoncé dès le titre – Les Sermons de Saint Augustin – est le fil conducteur, ce récit nous dévoile l’intimité d’une famille aux rapports distanciés. L’empathie ne semble jamais s’établir entre les personnages dont la vie n’a pas commencé, incapables de trouver leur place dans le cercle familial comme dans le monde, irrémédiablement vidés par le temps qui passe. On assiste à ce bal de destins stériles dans la salle d’un bar corse, et on apprend à accepter de n’être originaires d’aucune terre, d’être nés de l’absence dans une époque sclérosée. On y fait l’expérience de l’avilissement, de la vacuité humaine et des gargarismes éthyliques, mais surtout celle du renoncement.

 

« Libero avait cessé de rêver depuis longtemps déjà. Il reconnaissait sa défaite et donnait son assentiment, un assentiment douloureux, total, désespéré, à la stupidité du monde. »

 

Une vision du royaume terrestre par le prisme de la finitude.

Belle et noire. Pessimiste et humaine.

 

« Ce que l’homme fait, l’homme le détruit. »

 

Jérôme Ferrari tire ses personnages des limbes pour mieux les y faire redescendre.

Irrévocablement.

 

« Où iras-tu en dehors du monde ? »

 

On assiste à la chute un verre de Pastis à la main en écoutant le chant corse Sintineddi.

Les mots de Milan Kundera

mardi, février 10, 2015 2 3

kundera

Risibles amours se présente comme un feuilleté de petites histoires au sein desquelles se déroule un bal de duos glaçant. Des couples s’y adonnent à des jeux dangereux, souvent fatals. Comme le laisse deviner le titre, ces histoires d’amour n’en sont pas vraiment. Incapables d’insouciance, les personnages se laissent gangrener par leur désir incoercible, annihilant leur vie. Ils restent toujours deux dans leur solitude, dans l’impossibilité de s’unir, d’être légers et heureux, engoncés dans leur corps vieillissant.

 

Si l’on rit, c’est d’un rire grinçant face à ce strip-tease d’âmes en quête d’un ultime émoi érotique. On aime la plume sagace de l’auteur qui nous ouvre à la polyphonie d’égos dont le rapport avec autrui ne se fait jamais sans calcul.

 

« En effet, serai-je capable, un jour, de renoncer moi-même à ces gestes qui signifient la jeunesse. Et que pourrai-je faire d’autre, sinon me contenter de les mimer, et tenter de trouver dans ma vie raisonnable un petit enclos pour cette activité déraisonnable ? Qu’importe que tout cela soit un jeu inutile ? Qu’importe que je le sache ? Vais-je renoncer à jouer le jeu, simplement parce qu’il est vain ? »

 

Une ode non à l’amour mais à l’érotisme souvent contrarié, dont on profite, voyeurs, en croquant dans la pomme d’or de l’éternel désir.

 

Les mots de mon enfance

mardi, février 3, 2015 3 1

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Je n’ai pas énormément lu de littérature jeunesse, où du moins pas tard. Je me revois en classe de sixième lire Nana de Zola pendant que mes camarades achevaient L’oeil du loup de Daniel Pennac. Curieuse, je lisais les romans que ma mère achevait et dont elle m’interdisait parfois la lecture… vainement. Chaque mercredi après-midi à la médiathèque communale, je furetais à la recherche du trésor que je ne m’étais pas encore approprié. Certaines de ces découvertes sont des souvenirs d’enfance à part entière, de petites douceurs qui me font toujours de l’oeil du fond de mes étagères. Voici les huits titres qui ont le plus compté.

 

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. Les malheurs de Sophie de La Comtesse de Ségur.

L’univers romanesque de la Comtesse de Ségur, je m’en suis impregné livre après livre. C’est évidemment les aventures de la capricieuse Sophie qui m’ont le plus marqué, mais je me rappelle aussi de François le bossu, de Jean qui grogne et Jean qui rit que j’avais dévoré pendant des vacances au Portugal, du Pauvre Blaise et du bon petit diable. Autant de lectures au charme désuet, dont la visée moralisatrice aura éveillé mon empathie pour ces enfants en apprentissage de la cruauté.

 

. Charlie et la chocolaterie de Roald Dahl.

Roald Dahl c’est la fantaisie faite livre. L’auteur pour lequel on s’arrêterait bien de grandir. S’il a su trouver en Quentin Blake l’illustrateur parfait pour son univers naïf et décalé, il a su susciter en moi l’émerveillement avec ses histoires fantastiques de petite fille surdouée, de géants et de sorcières. Charlie et la chocolaterie est un fantasme de gourmandise mis en mots, une oeuvre dont nos papilles olfactives ne cessent de se délecter.

 

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. A la croisée des mondes de Philip Pullman.

Cette trilogie m’a tout simplement bouleversé. Je l’ai découvert assez tard, après Harry Potter [et quelle claque prend J.K Rowling]. Tout  dans l’univers de Philip Pullman est terriblement fin et intelligent. Je n’ai jamais été férue de littérature fantastique ou de sciences fiction, mais cette trilogie fait exception. Parabole cruelle du monde actuel, A la croisée des mondes éveille nos consciences par l’imaginaire, par un pouvoir d’ immersion fictionnelle rarement égalé. Il me tarde d’avoir le temps de la redécouvrir.

 

. Petits contes nègres pour les enfants des blancs de Blaise Cendrars.

Je me souviens que je réempruntais inlassablement la cassette audio, dont je me passais les contes en boucle jusqu’à les connaître sur le bout de la langue. C’est plus tard que j’ai acheté le livre pour avoir ces petites histoires toujours près de moi. Je voyageais de ma chambre, et quand je rouvre ce recueil, je tombe dans les mêmes images d’il y a quinze ans, j’entends la voix des conteurs et j’ai chaud au coeur et au sourire. Je suis en Afrique.

 

. Le Journal intime de Georgia Nicolson de Louise Pennison.

Quand il fait froid et que je m’exclame « il fait frisquet de la nouille » m’exposant aux regards suspicieux de mes interlocuteurs, je prends conscience de l’impact de cette lecture sur ma vie sociale. Jamais je n’ai autant ri devant un livre, la vie de Georgia est désopilante, rocambolesque, à dévorer sans modération. Elle a été ma meilleure amie de papier durant tout mon collège, et aujourd’hui encore je la garde au chaud pour des vacances futures qu’on prendra ensemble, comme un bain d’adolescence.

 

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. Harry Potter de J.K Rowling.

Harry Potter a aussi été un super copain, au début on avait le même âge lui et moi, c’était vraiment sympa. Les derniers tomes, j’avais déjà pris un peu d’avance sur lui et la magie n’opérait plus totalement. J’envie les enfants qui peuvent lire tous les volumes d’une traite sans pouvoir porter de jugement sur leurs héros préférés, faute d’avoir grandi. Malgré cela, j’espère toujours, en ouvrant ma boîte aux lettres, recevoir une invitation de Poudlard à enfiler le Choixpeau magique.

 

. Du Rififi chez les Ronchon de Philip Ridley.

Entre tous ces classiques, se sont glissés quelques Délires, une collection de livres distrayants et enfantins, des lectures faciles qui m’ont fait passer de bons moments. Du Rififi chez les Ronchon est celui que j’ai le plus lu. Un frère et une sœur sous l’orage de leurs parents, l’imagination comme thérapie, et l’amour sur une plage de pages à la fin. Une petite parenthèse puérile comme on les aime.

 

. Antigone de Jean Anouilh.

Découverte en classe de sixième la figure d’Antigone m’a subjugué et me subjugue encore. Elle a été l’origine de mon premier débat et demeure mon personnage féminin préféré. C’est la pièce de théâtre que je relis souvent, une à deux fois par an, pour me remettre ses mots en bouche, sa puissance dans l’esprit.

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Sur ces mots d’enfance on écoute Emilie Jolie, livre d’images en chanson, mélodie de ma jeunesse, dont l’album collector trône encore sur la table de chevet de ma vie d’adulte.