Les mots de Rick Riordan

mercredi, septembre 27, 2017 2 2

Ma rencontre avec Percy Jackson s’annonçait tumultueuse car je l’avais d’abord abordé par le biais de son adaptation cinématographique de Chris Columbus, que j’avais trouvé d’une médiocrité abyssale. Mon collège de fonction possédant la saga en série, et les nombreux retours exaltés de mes collègues sur le succès de ce livre auprès des élèves, m’a finalement convaincue de me plonger dans ce roman jeunesse. Autant vous dire que je viens de l’achever et que j’attends avec impatiente d’ouvrir le Tome 2.

 

« Si vous êtes un gamin normal qui avez ouvert ce livre pensant qu’il s’agissait d’une œuvre de fiction, parfait. Poursuivez votre lecture. Je vous envie de pouvoir croire que rien de cette histoire n’est jamais arrivé. »

 

L’adresse au lecteur liminaire ancre le roman dans le temps présent et accroche d’entrée notre curiosité, renouant avec la fonction première de la narration : le partage, la transmission. L’ambivalence entre fiction et réalité, la survivance des mythes grecs dans notre monde contemporain, est pour moi le véritable génie de ce livre, qui saura bercer chaque lecteur d’une mythologie grecque mise au goût du jour, sans rien perdre de sa fascinante puissance.

 

« C’est vraiment remarquable, tout ce que les humains sont capables d’inventer pour forcer les choses à rentrer dans leur vision de la réalité. »

 

Ce n’est pas dans ce livre que vous serez charmés par le verbe, que vous vous arrêterez sur la beauté d’une phrase, car son style est simple, certainement pour que les plus jeunes n’en perdent rien. Vous y trouverez cependant des multitudes de lieux extravagants dans lesquels vous vous promènerez avec le héros, des personnages inquiétants et monstrueux, des situations rocambolesques auxquels les éléments de notre quotidien offrent une plausibilité déconcertante. Ce roman offre de nouveaux yeux pour voir le monde, et c’est en cela que la magie opère. Chaque lecteur, petit ou grand, saura en tirer un peu de fantaisie pour son quotidien.

 

« Elle a jeté un coup d’œil à la corne de minotaure entre mes mains, puis elle m’a regardé de nouveau. J’ai cru qu’elle allait s’exclamer « Tu as tué un minotaure! » ou « La vache, t’es trop fort! », un commentaire de cette veine. Au lieu de quoi, elle a dit:
– Tu baves dans ton sommeil. »

 

C’est avec un plaisir tout personnel, ayant obtenu un Master Recherche en Littérature sur le mythe de la descente aux Enfers, que je suis redescendue au Tartare avec Percy Jackson, retrouvant cette fascination au goût de souffre pour cette dernière jetée, ou tout est respecté, toujours saisissant.

Je vous conseille donc chaudement la lecture de Percy Jackson, le voleur de foudre de Rick Riordan, et surtout à vos enfants. Et attends avec impatiente vos conseils lecture en Littérature Jeunesse pour stimuler mon imagination et celle de mes élèves.

Les mots de Yaa Gyasi

mercredi, septembre 13, 2017 0 2

No Home est fidèle à la réputation qui le précède, un roman magnifique, terriblement puissant, de ceux qui vous embarquent sur le roulis de la grande Histoire avec son lot d’ombres moribondes, mortier de notre présent partagé. Yaa Gysasi nous offre une récit d’utilité publique, témoignage glaçant de la traite négrière dont les sillons nauséeux ricochent de siècles en siècles, embourbant avec acharnement notre représentation du monde.

 

« … car il savait dans sa chair, même s’il ne l’avait pas encore totalement enregistré dans son esprit, qu’en Amérique, le pire qui pouvait vous arriver était d’être noir. Pire que mort, vous étiez un mort qui marche. »

 

No Home est le récit ambitieux d’une lignée maudite, dont les générations, de chapitre en chapitre, sont ballottées de villages en bateaux, de plantation en mines, de bars en villes… sous les coups toujours plus rageurs d’une injustice engrossée par l’homme.

D’un malheur enclos dans le foyer, la porte s’ouvre et il se répand sur le monde, n’épargnant personne, entraînant chacun dans ses rouages anthropophages. C’est ainsi que d’un incendie initial toute une lignée va être consumée, séparant des soeurs qui jamais ne se reconnaîtront et enfanteront à leur tour des enfants consommés par ce fléau viscéral.

 

« La nuit où naquit Effia dans la chaleur moite du pays fanti, un feu embrasa la forêt, jouxtant la concession de son père. Il progressa rapidement, creusant son chemin depuis des jours. Il se nourrissait d’air; il dormait dans les grottes et se cachait dans les arbres; il brûla, se propagea ,insensible à la désolation qu’il laissait derrière lui, jusqu’à ce qu’il atteigne un village ashanti. Là, il disparut, se fondant dans la nuit. »

 

Le roman de Yaa Gyasi ne vous laissera certainement pas indifférents. D’abord parce qu’il est remarquablement bien écrit et que chaque chapitre est un petit récit en soi que l’on pourrait lire indépendamment du reste, comme l’un des millions de témoignage isolé qui n’a pas encore trouvé de voix. Ensuite parce que ces récits offrent une extraordinaire galerie de portraits, représentative de la diversité des caractères humains et de la difficulté à être quelle que soit la société qui veut vous assimiler. Enfin parce qu’il donne à réfléchir sur la polyphonie de l’Histoire et n’en donne pas une image complaisante.

 

« Nous croyons celui qui a le pouvoir. C’est à lui qu’incombe d’écrire l’histoire. Aussi quand vous étudiez l’histoire, vous devez toujours vous demander: « Quel est celui dont je ne connais pas l’histoire? Quelle voix n’a pas pu s’exprimer? » Une fois que vous avez compris cela, c’est à vous de découvrir cette histoire. A ce moment-là seulement, vous commencerez à avoir une image plus claire, bien qu’encore imparfaite. »

 

Je vous conseille donc vivement la lecture de No home et vous invite à me partager vos impressions de lecture.

 

Les mots de Michael Morpurgo

mercredi, septembre 6, 2017 0 3

 

Etre professeure de français, c’est être amenée à découvrir et redécouvrir la littérature jeunesse. Se plonger dans les livres qui nous ont nous-mêmes fait grandir, et en dénicher de nouveaux, de ceux qui ravissent les jeunes lecteurs, leur insufflent la gourmandise de lire. Michael Morpurgo est un auteur dont les élèves et les professeurs m’ont venté les mérites, et c’est en cherchant un roman d’aventure à étudier avec mes classes que je me suis naturellement tourné vers son désormais classique Le Royaume de Kensuké.

 

« J’ai disparu la veille de l’anniversaire de mes douze ans. Le 28 juillet 1988. Aujourd’hui seulement, je peux enfin raconter toute cette histoire extra-ordinaire, la véritable histoire de ma disparition. Kensuké m’avait fait promettre de ne rien dire, rien du tout, jusqu’à ce que dix ans au moins se soient écoulés. C’était presque la dernière chose qu’il m’a dite… »

 

Suspicieuse à l’idée de lire une histoire très inspirée de Vendredi ou la vie sauvage, qui ne m’avait pas offert le voyage escompté, j’ai tout de suite été séduite par l’incipit du Royaume de Kensuké, que j’ai finalement dévoré en une matinée. Trompée, j’ai éprouvée une empathie certaine pour tous les personnages, qui dans leur malheur de famille ordinaire touchée par le chômage, réalise ce rêve en voiles et proue d’un tour du monde.

 

« On ne peut pas passer la vie à espérer toujours, à attendre. Il faut vivre la vie. »

 

Le narrateur nous raconte le réalisme enchanteur d’un quotidien perdu au milieu de l’océan, et sa rencontre en dialogues de sourds et sourires, avec l’unique habitant de l’île : Kensuké. Ce huis-clos tropical entre les deux protagonistes, fera sans nul doute échos aux rêves enfouis de chaque lecteur, petit ou grand, qui saura en tirer son petit trésor de vie le temps de la lecture.

 

« Très petites tortues Micasan, mais très courageuses. Plus courageuses que moi. Elles ne savent pas ce qu’elles trouvent plus loin, mais elles avancent. Très courageuses. Peut-être elles me donnent une bonne leçon. »

 

 

Avez-vous lu d’autres romans de cet auteur ? 

Des romans d’aventure à me conseiller ?

 

Illustrations de François Place