Les mots de Tomasi di Lampedusa

vendredi, janvier 2, 2015 5 1

« Beaucoup de choses se passeraient, mais tout serait une comédie, une comédie bruyante, romantique, avec quelques taches de sang sur son habit bouffon. »

le guépard

Ce grand classique de la littérature européenne du 20ème siècle reflète, le temps d’une lecture, l’orgueil et la confirmation éphémère de la domination sur les hommes et les édifices, du prince Don Fabrizio de Salina, dernier grand représentant de l’aristocratie sicilienne. Il assiste avec sagacité au déclin de sa lignée au profit de l’embourgeoisement tricolore, à la fin du monde dont il était le maître majestueux. Roman d’une désillusion, Le Guépard nous ouvre le cœur et les pensées d’un homme désabusé par trop de clairvoyance, incommodé par sa carrure de géant dans un monde érodé par la petitesse. En Jupiter vieillissant dont la République grignote l’Olympe, Don Fabrizio fait le long et pénible apprentissage de la finitude, courtisan la mort jusqu’à ce que le fracas de la mer se calme tout à fait.

 

Ce que l’on retire de cette lecture, c’est une magnifique peinture de la vie aux couleurs d’Eros et Thanatos, un climat sicilien aride attisant les rapports passionnés et conflictuels entre les personnages, mais surtout, une tendresse infinie pour le patriarche de Salina incompris de sa famille, dont les grosses pattes autoritaires de félin n’ont plus d’empreintes à laisser dans l’avenir.

 

Pour mieux s’identifier à Don Fabrizio on déguste une gelée au rhum en écoutant les valses de Nino Rota.

 

18829081.1233414996

 

« Comme toujours les considérations sur sa propre mort le rassérénaient autant que celles sur la mort des autres l’avaient troublé : peut-être parce que, en fin de compte, sa mort était en premier lieu celle du monde entier ? »

Les mots d’Alessandro Baricco

mardi, décembre 30, 2014 0 1

les mots d'Alessandro Baricco

Alessandro Baricco orchestre les mots avec virtuosité, comme son personnage éponyme les notes, il instrumentalise l’absurde pour nous émouvoir de l’existence d’un homme qui n’est jamais né. Son écriture nous embarque sur le Virginian, dans le sillage de l’amitié entre un trompettiste et le plus grand pianiste de la terre, Novecento, qui n’y a pourtant jamais mis les pieds. Ouvrir cet écrin c’est se laisser bercer par l’harmonie d’une partition de mots sur quelques pages blanches, un roulis fragile et précieux qui chamboule, qui s’esclaffe et pleure. Ce petit texte de théâtre est une passerelle entre la folie et la poésie qu’il faut franchir, un voyage qu’il faut tenter, car on y joue du ragtime, « c’est la musique sur laquelle Dieu danse quand personne ne le regarde. Sur laquelle Dieu danserait s’il était nègre. »

 

On se laisse bercer en buvant un cocktail Eau de mer et en écoutant Scott Joplin.

Les mots d’Anne Sophie Brasme

mardi, novembre 18, 2014 2 1

collage le carnaval des monstres

Cette semaine est sorti le dernier film de Mélanie Laurent, Respire tiré du premier roman d’Anne Sophie Brasme. Belle occasion de vous parler de mon livre préféré qui me suit depuis mes dix ans, Le carnaval des monstres, du même auteur. Pages palpitantes lues et relues, dont on dévore les mots sensoriels, s’imprégnant en nous avec malaise et délectation. Si mon exemplaire s’est doucement écorné en faisant le tour de mes amis, me poussant à en acheter un second exemplaire par peur de perdre ce texte, à vous désormais de le découvrir, de rencontrer Marica et sa peau salée.

 

Marica est un personnage, un personnage de mots, corporellement paragraphé. Marica vit en moi, ses dents sont mon ventre, et sur la cadence essoufflée des pages son sang bouillonne sous mes yeux. Elle est les mots sur mon dégoût, mon regard sur les peaux. Elle est mon corps quand je sors du bus avec dans la bouche le goût salé des dernières pages. Marica est le contact mordant de la réalité sur mon reflet fier, ma démarche ample, mon corps sous la brise. Elle est mon intériorité, mon monstre magnifique, ma faim insatiable. Elle est mon désir d’écrire et d’être femme. 

C’est cela, Marica est le paroxysme de mon fantasme littéraire.

 

A savourer avec un verre d’eau citronnée et des biscuits secs en écoutant Verdi.