Les mots de Burroughs et Kerouac

lundi, août 17, 2015 0 1

Cela faisait longtemps que je n’avais pas déambulé dans les rues de New York avec les auteurs de la Beat Generation. Une camaraderie que j’ai renouée avec beaucoup de plaisir, me laissant de nouveau séduire par leur ivresse maussade.

burroughs et kerouac

 

Premier roman de William S. Burroughs et de Jack Kerouac, Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscinesest un récit à deux voix, un périple de comptoirs en appartements bordéliques à ne jamais embarquer pour la France. La défonce y est un réflexe pour ne rien engager, une excuse pour n’être rien qu’un appât insolent, qu’une beauté apathique s’abîmant dans un éthylisme sempiternel. Les rues de la grosse pomme sont parsemées de débris de verre. La jeunesse y est arrogante de nonchalance, inconvenante de léthargie. Les voix engourdies d’alcool débitent des inepties de petite frappe, se jouent d’une vie engluée dans le fond de leur verre.

 

« La fille assise au bureau nous a invités à signer l’une des pétitions, à propos du conflit entre les députés et les sénateurs sur une projet de loi d’après-guerre. Phillip a signé ‘Arthur Rimbaud’, moi j’ai signé ‘Paul Verlaine’. »

 

La temporalité de ce roman est plongée dans le coma, ne demeure qu’une déambulation continue sur des trottoirs cyniques, un gaspillage créatif dont le titre reflète à merveille la vision décalée du réel de ces artistes désinhibés.

 

« Le barman avait mis la radio. C’était le journal, il était question d’un incendie au cirque : ‘Et les hippopotames ont bouilli vifs dans leurs piscines’, a précisé le présentateur, avec l’onction réjouie qui les caractérise. »

 

Récit désastreux, porteur d’illusions d’une époque révolue, de mots saouls dont on aime l’écho anachronique, que l’on se sert page après page, jusqu’à en vider la dernière syllabe. Reste cet arrière-goût de trop peu, cette délicieuse impatience de repartir Sur la route.

burroughs kerouac

 

On déambule sur les lignes en buvant un verre de Dubonnet avec de l’eau de Seltz et le glace pilée et en écoutant The Bird.

Et vous êtes-vous familier avec les auteurs de la Beat Generation ?

Les mots de Yasmina Reza

dimanche, août 2, 2015 0 0

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Heureux les heureux, ceux qui le sont comme dans la vraie vie, à coup de chassés-croisés amoureux, adultères ou avortés, ceux qui ont la conscience de l’instant pleinement vécu, Titans d’une seconde à partager.

 

« Il y a un poème de Borges qui commence par ‘Ya no es magico el mundo. Te han dejado’. ‘Et le monde n’est plus magique. On t’a laissé.’

Il dit laissé, un mot de tous les jours, qui ne fait aucun bruit. »

 

Ce livre m’a trompé, il n’est pas gai. Il est le saisissant palabre d’existences à se faire entendre, l’enlacement chapitré de solitudes qui n’existent qu’avec celles des autres. Yasmina Reza nous présente des visages parmi d’autres, des intériorités qui s’écoutent, des bribes intimes qui s’offrent à nous comme un secret boursouflé : il embourbe les émotions, déborde sur les faces, et éclate sur les pages en des mots tangibles. Lire Heureux les heureux c’est découvrir les autres par la petite porte de l’individualité, contempler du bout des yeux l’éphémère plaisir de s’entre-connaître. Comprendre qu’un livre peut être beau de simplicité.

 

heureux les heureux« Oh les beaux jours de tristesse que je ne connais pas. Je ne rêve pas d’union, d’idylle, je ne rêve d’aucune félicité sentimentale, plus ou moins durable, non, je voudrais connaître une certaine forme de tristesse. Je la devine. Je l’ai peut-être éprouvée. Une impression à mi-chemin entre le manque et le coeur gros de l’enfance. Je voudrais tomber, parmi les centaines de corps que je désire, sur celui qui aurait le don de me blesser. Même de loin, même absent, même gisant sur un lit, me présentant son dos. Sur l’amant muni d’une lame indiscernable qui écorche. C’est la signature de l’amour, je le sais par les livres que je lisais il y a longtemps… »

 

On s’invente ces visages en écoutant l’Hymne à l’amour et en buvant un verre de Bellini.

4 livres à lire cet été

mardi, juillet 14, 2015 0 3

Tous les livres lus ne font pas l’objet d’un article, pas de mots qui accrochent les miens, pas d’histoire à construire la mienne. Cependant certains d’entre eux sont des lectures récréatives de celles qu’on emmène en vacances, où indispensables, de celles qui interrogent. Voici une sélection de quatre livres dont je vous recommande vivement la lecture cet été, ou à tout autre moment de l’année.


L’Essai féministe de Benoîte Groult Ainsi soit-elle.


Ainsi soit-elle

Pour que le mot Féminisme ne soit plus un gros mot, pour s’interroger sans culpabilité sur l’inégalité des sexes, pour connaître l’histoire du nôtre. D’hier à demain, réfléchir le féminin.

 

« Deux siècles après la Déclaration des droits de l’homme, il faut encore lutter pour qu’elle s’applique à l’espère humaine tout entière. »

 


Le roman Les Suprêmes de Edward Kelsey Moore.


Les suprêmes

Distrayant, drôle, émouvant, le récit de trois amies afro-américaine d’une petite ville de l’Indiana dans la fin des années 60, mérite son succès. Sans jamais toucher l’écueil du larmoyant ou du rocambolesque, ce premier roman est une jolie peinture des relations humaines.

« Tu sais, maman, je crois que tout ressemble à un tableau. – De quoi?
– Tout. La vie. C’est comme si on ajoutait une touche jour après jour. Tu poses les couleurs les unes après les autres, en t’efforçant de faire quelque chose de joli avant qu’il n’y ait plus de place. »

 


L’Essai Peau noire, masques blancs de Frantz Fanon


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Pour réfléchir à la construction de l’homme noir dans son rapport à la colonisation. Pour dépasser cette scission de couleur d’où naissent tous les racismes. Pour en finir avec le déterminisme d’une Histoire passée.

 

« Nous estimons qu’un individu doit tendre à assumer l’universalisme inhérent à la condition humaine. »

 


Le recueil de nouvelles L’éléphant du vizir d’Ivo Andric.


Allongés dans notre pyjama de coton rose, on écoute des histoires qu’on jurerait chuchotées par nos parents pour nous endormir. Ces nouvelles sont des contes à découvrir la Bosnie par la voix de son peuple, des mots de bouche à oreilles qui viennent aux nôtres.
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« En BOSNIE, villes et bourgades sont pleines d’histoires. Et dans ces histoires pour la plupart imaginaires, sous le manteau d’événements incroyables et sous le masque d’appellations souvent fictives, se cache l’histoire réelle et non avouée de cette contrée, des hommes vivants et des générations éteintes. Ce sont des mensonges à l’orientale dont le proverbe turc affirme qu’ils sont ‘plus vrais que la vérité’. »

 
 
 

Et vous ? Que me conseillez-vous comme lecture estivale ?