Les mots de Timothée de Fombelle

mercredi, novembre 15, 2017 0 0

 

Encore un roman jeunesse que j’ai dévoré. Tobie Lolness de Timothée de Fombelle vous emporte dans un tourbillon accidenté de branchages et cocons de plumes. On y suit les aventures du héros éponyme dans un univers microcosmique. Tobie mesure un millimètre et demi, mais pourtant il porte en lui tous les questionnements de notre monde : notre responsabilité envers la nature, le danger de notre course au progrès ou d’une amitié froissée.

 

« Il comprit qu’on ne vit pas seulement d’air, d’eau, de chaleur, de lumière, de nourriture et de conscience du temps. Alors de quoi se plaignait-il encore? De quoi vit-on en plus de tout cela? On vit des autres. C’était sa conclusion. On vit des autres. »

 

La famille Lolness est accusée de trahison envers sa communauté car le père Lolness, savant réputé, est persuadé que l’arbre sur lequel ils habitent est vivant, ce qui dérange les perspectives d’enrichissement de certains. Tobie se retrouve bientôt fugitif, il court des hautes branches aux plus basses, y rencontrant sur son passage des alliés comme des ennemis. Il dépasse les frontières de son univers familier, égrenant la justice presque sans y penser, avec les gestes maladroits de ses bras maigres d’enfant qui grandit.

 

« La deuxième vie commence là où l’on comprend qu »il n’y en a qu’une. »

 

On pourrait reprocher à ce livre d’être un peu trop manichéen, mais les personnages des gentils touchent et les méchants impressionnent, leurs rires gutturaux font échos à nos propres tyrans, ceux qui piétinent la planète pour s’enrichir, les mêmes. Et puis il y a des mystères autour des origines des personnages, tissés en toile d’araignée jusqu’à la fin du livre. Enfin il faut rencontrer le personnage de Patate, un mercenaire touché de politesse, qui restera pour moi le personnage le plus attachant et original de cette petite épopée pleine de sève.

 

 « Tu n’as qu’une vie, Tobie. Elle te rejoindra toujours. »

 

Un joli livre illustré par François Place à offrir pour une parenthèse d’oxygène. Ce roman fera bourgeonner votre imagination en de nouvelles images feuillues sur le monde alentour. Un livre qu’il faudra lire dans les racines noueuses d’un grand chêne.

 

« Il y a un proverbe pelé qui dit : Ce que l’on sème dans une plaie avant qu’elle ne se ferme donne une fleur captive qui ne meurt jamais. »

 

Les mots d’Anne Sophie Brasme

mercredi, octobre 25, 2017 0 3

Depuis sa sortie, Notre vie antérieure me faisait envie, non pas tant pour son thème, mais par curiosité de découvrir le dernier roman de l’auteure de mon livre préféré Le Carnaval des MonstresAnne Sophie Brasme.

 

« Bon sang, comme elle reste vive, cette morsure, lorsque la réalité vient brusquement remonter en moi. »

 

Je l’ai lu d’une traite, lui reconnaissant cette qualité du dire vrai, cette évidence du mot juste, qui suspend régulièrement ma lecture pour admettre : « C’est exactement cela, je l’ai vécu aussi… ». J’ai éprouvé cette corrélation entre notre passé et notre devenir, cette survivance de tous les instants vécus dans l’écriture, cette vie comme matière à lire. J’ai été captivée par ce souvenir blessé déferlant inlassablement sur la narratrice, élimant son devenir pour la dépouiller de toute passion. J’en oublierai les personnages, mais il me restera cette expérience partagée d’une amitié à tout construire, car je me suis retrouvée dans cette lecture. Ce qui me fait tant aimer cette romancière, c’est cette sensibilité du monde commune, comme si nous avions vécu la même chose et que nous avions pensé les mêmes mots pour l’exprimer.

 

« Quand je repense à ces jours d’été, j’y vois l’image même du bonheur. Il était là, presque palpable, dans un verre de vin partagé au crépuscule sur la terrasse […] Et je me souviens de m’être dit, à ce moment-là, que je n’avais pas besoin d’autre chose. Toute ma vie aurait pu tenir dans cet instant, comme une boule que l’on saisit dans la main. Voilà ce qui comptait : c’était cela, c’était ce moment. Alors, à quoi bon écrire ? A quoi bon mettre des mots là-dessus ? Tout ce que j’avais vainement cherché dans l’écriture – l’épaisseur, la contenance-, je l’avais trouvé ; les choses étaient pleines, solides. Elles se suffisaient à elles-mêmes. »

 

Je ne dirais pas de ce roman qu’il est à mettre en toutes les mains, pas d’impératif à le lire, simplement le rappel précieux de cette affinité singulière avec Anne Sophie Brasme, ce pouvoir de la Littérature de « parler » aux lecteurs, de les réveiller à leurs propres sensations, d’exhumer leurs propres émotions. Comme Respire et Le Carnaval des Monstres, Notre vie antérieure, restera dans mon petit panthéon littéraire inexpliqué, celui à l’ombre des chefs d’œuvres glosés, celui à dimension humaine dans lequel on se sent chez soi, dans le modeste vrai.

 

 

Les mots d’Italo Calvino

mercredi, octobre 11, 2017 0 0
Italo Calvino vous invite à grimper dans les ramifications rocambolesques de l’existence d’un petit garçon qui refusa de manger ses escargots et se suspendit plein de colère dans l’yeuse du domaine. D’en bas, son petit frère nous raconte le destin plein d’envergure de Côme, qui de branche en branche vous partage sa vision éclairée du monde.

 

« Pour bien voir la terre, il faut la regarder d’un peu plus loin. »

 

La baron perché est un roman plein de fantaisie aux personnages pittoresques. Vu d’en haut, le chassé-croisé du quotidien est pourvu d’un charme certain, dont toutes les rencontres deviennent propices à de fabuleuses aventures. Notre attention grimpe et se suspend aux oripeaux poilus de cet original philosophe, qui n’aura pas oublié de remplir sa vie de lecture et de passions amoureuses.

 

« Ils se connurent. Il la connut et se connut lui-même parce que, réellement, il n’avait jusque-là rien su de lui. Elle le connut et se connut elle-même parce que, en sachant tout ce qu’elle était, elle ne l’avait jusque-là jamais si bien senti. »

 

Si l’on se plairait à partager ces aventures assis confortablement sur la branche d’un vieux chêne, fort est à parier que le charme de cette fable opérera qu’importe le lieu d’élévation, et qu’elle vous donnera l’ampleur pour s’ouvrir à d’autres lectures.

 

« Pour ses livres, Côme construisit à différentes reprises des sortes de bibliothèques suspendues, qu’il mettait tant bien que mal à l’abri de la pluie et des rongeurs ; il les changeait continuellement de place, selon ses études et ses goûts du moment ; ils considéraient les livres un peu comme des oiseaux et ne voulait pas les voir immobilisés dans des cages. »

 

Auriez-vous d’autres livres d’Italo Calvino à me conseiller ?