Les mots de Camille Emmanuelle

jeudi, mars 8, 2018 1 3


 

L’essai Sexpowerment – Le sexe libère la femme (et l’homme) est un ouvrage de vulgarisation du féminisme à mettre entre toutes les mains. A travers son expérience personnelle et son travail de journaliste, Camille Emmanuelle interroge les stéréotypes féminins et masculins de notre société, et tente de les dépasser. Ce livre est une invitation à regarder plus loin pour sortir des cloisonnements binaires homme/femme – virilité / féminité – domination / soumission … dans lesquels nous avons grandit.

 

LES INTELLOES : POUVEZ-VOUS DÉFINIR CE QU’EST LE SEXPOWERMENT ?
Camille Emmanuelle : Ce mot, je l’ai inventé ! Il est lié à l’empowerment [autonomisation, ndlr.] féminin et à la sexualité. L’idée de ce livre, Sexpowerment est de raconter comment j’ai mis quinze ans à me débarrasser des injonctions sociétales sur le sexe et sur le plaisir féminin, des stéréotypes que j’avais entendu ou lu dans les magazines sur l’orgasme et la sexualité.
Il faut inciter les femmes et les hommes à se poser cette question : « qu’est-ce qui vient de moi et qu’est-ce qui vient d’une pression extérieure ? » Cette démarche a un impact sur la façon de se présenter au monde et à la société. Quand on jouit mieux, on est mieux dans sa tête et dans son corps.Si  je peux faire gagner du temps à quelques lectrices, ce serait pas mal ! [rires.]
 
Je me suis reconnue dans cet ouvrage. J’ai aimé l’absence de jugement, la curiosité et l’ouverture de l’auteure qui expérimente, sait écouter et se nourrir de ses rencontres, tout en s’amusant. Camille Emmanuelle fait rire et réfléchir. Elle défend la pluralité, d’identités, de sexualités, d’ambitions… Elle invite à se connaître et à s’écouter (son corps et ses propres désirs, les nôtres, pas ceux qu’on nous vend.) Elle rend le sexe politique, car pour elle, c’est un levier indispensable à l’émancipation et l’épanouissement de la femme, et conjointement de l’homme.
 

«  Selon moi, une cause qui défendait un si bel idéal, qui luttait pour l’anarchie, la libération et la liberté, contre les idées reçue et les préjugés, une telle cause ne pouvait exiger que l’on renonce à la vie et à la joie. » Emma Goldman

 

J’ai dévoré son livre car j’y ai retrouvé mon propre féminisme et mes propres interrogations. Je n’y ai pas trouvé de réponses arrêtées mais bien de nouvelles pistes à explorer de moi-même : des livres à lire, des reportages et films à regarder, des artistes à découvrir… C’est un livre qui invite à être encore plus curieux – car si vous l’ouvrez c’est que vous vous êtes déjà posé la question de la relation entre la sexualité et l’émancipation de la femme – à explorer la culture porno, la troisième vague du féminisme, la société Queer et LGBT, l’intersectionnalité… A s’interroger à notre tour sur les injonctions à la virilité que subissent nos homologues masculins. C’est un livre qui refuse l’uniformisation et la globalité, vous n’y trouverez pas « les hommes » contre « les femmes », et c’est terriblement reposant.

 

« […] pour la génération suivante, le féminisme est vu comme quelque chose qui appartient à l’Histoire : c’est un mot qui parle de femmes très en colère qui portent des bleus de travail et qui haïssent les hommes. […] Il y a cent cinquante ans, la plupart des hommes considéraient que les femmes étaient au même niveau que les animaux. On a eu besoin de ces femmes en colère pour changer les choses. Elles nous ont donné le droit de vote et ont fait en sorte que la violence domestique et le viol deviennent illégaux. Mais je fais partie de la génération des féministes-pas-en-colère. Je trouve la vie incroyablement amusante. Et j’aime me moquer de l’aspect ridicule des choses. Ce qui, je le sais, est un luxe de féministe contemporaine. »

 

Ce livre est très abordable et peut être lu par tous, exceptés peut-être ceux qui diabolisent la sexualité féminine et ne considèrent la femme que comme un réceptacle à enfant. Ce livre est parfait pour votre copain relou qui pense que les féministes détestent forcément les hommes : et non, Camille Emmanuelle déborde d’amour pour la gente masculine et pour son compagnon. Ou pour ces inconnus croisés par erreur qui pensent qu’on est des lesbiennes mal baisées et hystériques : no way. Ce livre n’est pas écrit par une bisounours, ni par une femme plaintive et pessimiste, vous n’y trouverez donc ni langue de bois, ni larmoiement, mais le témoignage éclairé d’une femme qui réfléchit et se frotte pleinement à la vie.
 

L’avez-vous lu ? Avez-vous d’autres essais féministes à me conseiller ?

1 Comment
  • Toolwire
    mars 11, 2018

    Merci beaucoup! Moi aussi jadore les crêpes

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