Les mots de Ben Brooks

mercredi, avril 4, 2018 0 0

La nuit nous grandissons de Ben Brooks est un roman que j’ai lu par curiosité sans y prendre vraiment de plaisir. Ce genre de roman qu’on termine dans l’attente d’une surprise, pas assez mauvais pour être fermé, pas assez bon pour susciter l’enthousiasme.
 
« L’homme aime aussi toucher la mort. Aussi bien en faisant de la descente en rappel qu’en regardant des reportages sur Israël. Toucher, c’est une histoire de curiosité. La curiosité, c’est toujours au sujet de la mort. »

 

L’histoire est celle d’un adolescent cynique de 17 ans, dont l’unique ambition est de coucher avec la plus belle fille de son lycée. En attendant, il fume, se défonce à la kétamine, se masturbe devant du porno, boit du mauvais vin, et cherche à faire inculper son beau-père pour meurtre. Il n’y a rien de joyeux dans ce roman. Le narrateur assiste avec indifférence à la détresse de son entourage : dépression, alcoolisme, suicide. Mais tout ça de loin, sans y prendre part. Le seul élément du récit à être un peu joli est son histoire d’amitié avec Tenaya, même s’ils ne font que tuer le temps ensemble, en glandant devant des séries ou en explosant leurs bouteilles vides sous des ponts.

 

« Quand on y pense, c’est étrange comme il est facile de mettre fin à ses jours. C’est sans doute la décision la plus énorme qu’on puisse prendre, et elle demande si peu d’efforts. Pas besoin de remplir des formulaires, de mettre de l’argent de côté ou de suivre une formation à la fac. On se donne beaucoup plus de mal à traverser des lignes imaginaires sur le globe : ça exige des passeports, des visas et du fric. Mais si vous voulez mourir, il suffit de vous attacher une chaussette de rugby autour du cou et vous disparaissez pour toujours. Votre corps sera emporté dans un crématorium, où votre mère s’évanouira sur du Leonard Cohen en fond sonore pendant que vous retournerez à la poussière. »

 

Je n’ai donc pas accroché avec cette vision noire de l’adolescence, une vision trop dépourvue de vie et de ferveur pour que je m’y retrouve. J’ai été vite agacée par les bouilloires que le narrateur met à chauffer toutes les trois pages et par le monticule de cigarettes qu’il roule à défaut d’éprouver de l’empathie pour autrui. Cependant l’aspect répétitif et insipide de la narration est ce qui fait l’intelligence du roman, puisque le style correspond à l’humeur constante du narrateur : une absence totale d’émotion. Vous trouverez donc un intérêt à ce roman si vous aimez les narrateurs tristes et inconséquents. Cependant, s’il se compare à Holden Caulfield, je vous mets au défi de lui trouver le même charme que le personnage de L’attrape-coeurs de Salinger.

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