Les mots de Joseph Kessel 2

dimanche, avril 15, 2018 0 0

 

Décidément Joseph Kessel ne me déçoit jamais. Que ce soit dans les montagnes de l’Afghanistan avec ses Cavaliers ou avec son Lion dans une réserve nationale au Kenya, l’auteur m’embarque avec ses mots. L’armée des ombres nous fait revivre les heures sombres de l’histoire française et nous plonge au cœur du réseau de la résistance, sans commisération ni larmoiement.
 
«  – La résistance. Tu entends ? dit encore Gerbier. Endors-toi avec ce mot dans la tête. Il est le plus beau, en ce temps, de toute la langue française. Tu ne peux pas le connaître. Il s’est fait pendant qu’on te détruisait ici. Dors, je promets de te l’apprendre. » 
 
Sous la forme de récit et de chroniques on croise le destin fictif de personnes qui ont réellement œuvré pour la libération de la France sous l’occupation. Des noms plus que des visages marquent notre imagination. Des identités mobiles qui se cachent et passent leur vie dans des trains, traqués, à correspondre avec d’autres inconnus. Chacun y va de sa petite participation et c’est avec puissance que Joseph Kessel nous ouvre les trappes des caves les plus noires de notre passé.

 

« La résistance, elle est tous les hommes français qui ne veulent pas qu’on fasse à la France des yeux de morts, des yeux vides. »

 

C’est la première fois que je lisais un roman sur la résistance française. Il est agréable d’aborder cette période historique par la voix de Gerbier, un des grands organisateurs de ce réseau clandestin, et non plus par celle des déportés. La vision de l’Histoire n’en est pas moins cruelle. Les scènes de torture et les passages aux camps y ont bonne place. Mais ce roman est une ramification d’espoirs pugnaces et triomphants. On sait que les journaux clandestins s’impriment derrière les murs, on entend partout les grésillements persistants de la B.B.C, et derrière chaque porte qui s’ouvre le parachutiste anglais trouve refuge. On est sûr que tout cela va s’arrêter bientôt malgré les pertes, que les derniers de nos protagonistes seront vainqueurs.

 

« Le soldat allemand cessa de marcher dans le corridor et colla son visage casqué contre le carré découpé dans la porte. Parmi les condamnés à mort, Gerbier seul fit attention à ce morceau de métal, de chair et de regard qui avait bouché l’orifice. Il était seul à ne pas concevoir que la vie fût achevée. Il ne se sentait pas en état de mort. »

 

« Je ne pense pas qu’il soit lamentable d’être un homme. »

 

L’armée des ombres est un classique à découvrir ou relire. Un livre qui nous prend à la gorge dès la préface de l’auteur, qui suffit pour faire de cette oeuvre un chef d’oeuvre, et dont je vous livre les premiers mots.

 

     « Il n’y a pas de propagande dans ce livre et il n’y a pas de fiction. Aucun détail n’y a été forcé et aucun n’y est inventé. On ne trouvera assemblés ici, sans apprêt et parfois même au hasard, que des faits authentiques, éprouvés, contrôlés et pour ainsi dire quotidiens. Des faits courants de la vie française.

     Les sources sont nombreuses et sûres. Pour les caractères, les situations, la souffrance la plus nue et pour le plus simple courage, il n’y avait que l’embarras du choix. Dans ces conditions l’entreprise semblait des plus faciles.

    Or, de tous les ouvrages que j’ai pu écrire au cours d’une vide déjà longue, il n’en est pas un qui m’ait demandé autant de peines que celui-là. Et aucun ne m’a laissé aussi mécontent.

    Je voulais tant dire et j’ai dit si peu. »

Les mots de Ben Brooks

mercredi, avril 4, 2018 0 0

La nuit nous grandissons de Ben Brooks est un roman que j’ai lu par curiosité sans y prendre vraiment de plaisir. Ce genre de roman qu’on termine dans l’attente d’une surprise, pas assez mauvais pour être fermé, pas assez bon pour susciter l’enthousiasme.
 
« L’homme aime aussi toucher la mort. Aussi bien en faisant de la descente en rappel qu’en regardant des reportages sur Israël. Toucher, c’est une histoire de curiosité. La curiosité, c’est toujours au sujet de la mort. »

 

L’histoire est celle d’un adolescent cynique de 17 ans, dont l’unique ambition est de coucher avec la plus belle fille de son lycée. En attendant, il fume, se défonce à la kétamine, se masturbe devant du porno, boit du mauvais vin, et cherche à faire inculper son beau-père pour meurtre. Il n’y a rien de joyeux dans ce roman. Le narrateur assiste avec indifférence à la détresse de son entourage : dépression, alcoolisme, suicide. Mais tout ça de loin, sans y prendre part. Le seul élément du récit à être un peu joli est son histoire d’amitié avec Tenaya, même s’ils ne font que tuer le temps ensemble, en glandant devant des séries ou en explosant leurs bouteilles vides sous des ponts.

 

« Quand on y pense, c’est étrange comme il est facile de mettre fin à ses jours. C’est sans doute la décision la plus énorme qu’on puisse prendre, et elle demande si peu d’efforts. Pas besoin de remplir des formulaires, de mettre de l’argent de côté ou de suivre une formation à la fac. On se donne beaucoup plus de mal à traverser des lignes imaginaires sur le globe : ça exige des passeports, des visas et du fric. Mais si vous voulez mourir, il suffit de vous attacher une chaussette de rugby autour du cou et vous disparaissez pour toujours. Votre corps sera emporté dans un crématorium, où votre mère s’évanouira sur du Leonard Cohen en fond sonore pendant que vous retournerez à la poussière. »

 

Je n’ai donc pas accroché avec cette vision noire de l’adolescence, une vision trop dépourvue de vie et de ferveur pour que je m’y retrouve. J’ai été vite agacée par les bouilloires que le narrateur met à chauffer toutes les trois pages et par le monticule de cigarettes qu’il roule à défaut d’éprouver de l’empathie pour autrui. Cependant l’aspect répétitif et insipide de la narration est ce qui fait l’intelligence du roman, puisque le style correspond à l’humeur constante du narrateur : une absence totale d’émotion. Vous trouverez donc un intérêt à ce roman si vous aimez les narrateurs tristes et inconséquents. Cependant, s’il se compare à Holden Caulfield, je vous mets au défi de lui trouver le même charme que le personnage de L’attrape-coeurs de Salinger.

Playlist printanière

dimanche, mars 25, 2018 2 2

Cela fait longtemps que je ne vous ai pas partagé mes dernières découvertes musicales. En ce changement de saison il est temps de faire bourgeonner nos playlist de petits sons en textes à danser et pousser la chansonnette.  Et comme je ne veux pas vous mentir et vous faire croire que je n’écoute que des artistes français à l’univers léché et poétique je vous partage aussi mes petits sons afros, qui sans réfléchir me font le plus bouger.

 

Enfilez vos écouteurs et baskets et régalez-vous de ces univers décalés !

 

Aloïse Sauvage

 

Dernière découverte et énorme coup de cœur pour l’univers corporel d’Aloïse Sauvage. Hip Hop et décalée elle dégage une énergie singulière, qui donne envie pousser nos impressions, de danser et d’écrire, d’être Aphone et de partir Ailleurs Higher.

 

Bagarre

 

Le groupe à écouter le matin pour vous donner envie de partir directement en soirée voguing. Encore un groupe qui vous donnera envie de danser de nuit comme de jour, Danser seul ou accompagné.

 

Carmen Maria Vega

 

Cela faisait longtemps que je n’avais pas écouté Carmen Maria Vega dont j’apprécie pourtant le franc parlé des textes qui disent très haut et grave nos impressions du quotidien, et puis je suis tombée sur son dernier clip J’ai tout aimé de toi, et je suis retombée en amour – il faut prendre ce temps de visionnage.

 

Fishbach

 

Pour sa chanson irrésistiblement rétro Un autre que moi que j’entends à chaque soirée, et si au début je n’avais pas compris cet engouement, je la passe désormais en boucle chez moi et me déhanche.

 

Georges Brassens

Non pour l’esprit de nouveauté mais pour le magnifique clip Les Passantes réalisé par Charlotte Abramow que je vous invite vivement à regarder.

 

Jorja Smith

Jorja Smith j’en suis immédiatement tombée en amour, à la première écoute. Un coup de foudre que vous ne pourrez comprendre que si vous vous laissez tomber à cliquer.

 

Puri – Jhorrmountain -Adje

Le titre Cono a clairement réveillé mon envie de danser pour longtemps. Âmes sensibles s’abstenir.

 

Tim Dup

 

On ne le présente déjà presque plus. Tim Dup et sa mélancolie heureuse, dont je vous partage aujourd’hui la reprise de La vie ne vaut rien d’Alain Souchon – bouffée d’air frais.

 

Yemi Alade

Je vous avais déjà partagé mon addiction à son titre Johnny mais avec son dernier titre Bum Bum Yemi Alade est de nouveau en bonne place dans ma playlist.

 

Wizkid

Soco que j’aime déjà d’amour ou un petit partage de piste sur Nowo.

 

 

Avez-vous des sons à me faire découvrir ?

Pour me faire danser ou pousser la chansonnette toute la saison ?