Mes hommes à femmes – Drag Queen

lundi, décembre 11, 2017 0 2

 

Aujourd’hui je voudrais vous partager un bout de ma fascination pour ces hommes qui subliment la féminité. Les Drag Queen. Par le maquillage, ils se transforment, se créer une nouvelle personnalité irisée de charme et de fatalité. Ces reines qui osent se réinventer et qui me donnent envie de prendre mes pinceaux pour me transformer à mon tour, le temps d’une photo ou d’une soirée. Ceux qui se parent de différence avec magnificence et agrandissent la vie de paillettes.

Voici trois de ces créatures somptueuses pour mettre de la fantaisie dans notre quotidien.

 

L’envoûtante Shea Coulée et ses photographies fascinantes.

Site : Shea Coulée

 

 

Violet Chachki irrestiblement burlesque.

 Premier Drag Queen à être modèle pour une marque de lingerie « féminine ».

Site : Violet Chachki


 

La diva Bianca del Rio haute en couleurs, décalée et vintage à souhait.

Site : Bianca Del Rio

 

Atelier d’écriture 1

lundi, novembre 27, 2017 0 4


 

               La rame du métro est bondée, les passagers têtes baissées sur leurs écrans, écouteurs enfoncés dans leurs oreilles, sont absents au monde alentour. Les rails gémissent vainement derrière le bourdonnement des ondes musicales. Je ne suis pas branché pour une fois, j’ai les mains dans les poches et les yeux biens ouverts sur la léthargie ambiante, sur le ronronnement métallique du wagon. Nous allons tous quelque part, mais le voyage sous-terrain n’intéresse visiblement personne. Aucun des usagers ne s’étonne des grésillements des néons ou ne s’interroge sur le nom des stations sur lesquelles s’ouvrent et se ferment les portes automatiques : lequel d’entre eux pourrait me dire qui est Henri Fréville ? Cela fait un moment que je n’ai pas pris le temps de préférer l’observation de mon environnement immédiat à ma destination finale. Je fais donc un arrêt sur image sur la faune et la flore métropolitaine morne, dont le chômeur en fin de droit ou l’accordéoniste roumain n’intercepteront jamais un de ses regards courbés. Et pendant que je joue à l’original, à décrire de manière quasi-naturaliste l’atmosphère apathique de ce huis-clos public, il s’introduit parmi nous, entre J.F Kennedy et Anatole France.

                    Il a des cheveux bruns qui du sommet de sa calvitie tombent raides et longs sur les épaules de son imper défraîchi. Il porte ces mêmes vêtements informes et incolores abritant les gens qui se sont mis de côté, et ce sourire téméraire qui trompe toute solitude. Il arbore ce regard d’ailleurs dont on ne veut pas connaître le passé. Contre lui, il tient un vieux livre écorné, dont je n’arrive pas à distinguer le titre de ma place. Et tout en le tenant fermement, il agrippe la barre de métro de sa main libre et commence à parler franchement. Du fond du wagon je n’entends pas bien, mais je ne veux pas me lever de mon strapontin, briser la masse homogène des passagers immobiles, imposer mon individualité juste pour écouter. De mon siège je mobilise toute mon acuité visuelle et sonore, et je me tends vers ce voyageur à la marge, déconnecté. Je perçois bientôt son discours verbeux, ses bribes sans queue ni tête, ses imprécations d’aucune religion, ses invectives informes à croire, ses mirages d’altruisme en pages pliées. Je le devine arrangeant chacune de ses phrases pour la foule amorphe, je le vois, pugnace, s’époumoner à communiquer dans ce vase clos dont rien pourtant ne devrait s’échapper. Et par mon écoute captive il me reconnaît. Il ne s’arrête pas, mais se répand avec d’autant plus de ferveur qu’il a trouvé un réceptacle à sa logorrhée « … la tulipe en son jour a noirci d’encre jaune la page de l’humanité et Dieu n’a distingué le grand patronat que par les taxes hyperboliques et sémaphores économiques qui contaminent notre sang des pensées négatives qui nous rongent et… » Son brouhahas incohérent berce mon désir initial d’interaction. J’écoute mi-amusé mi-subjugué le langage de cet homme un peu fou déferler sur nous. Je le considère avec intérêt, de station en station, glanant quelques uns de ses mots qui font sens ou couleur dans mon trajet. Je lui prête une oreille attentive, jusqu’à ce que tout le monde descende de la rame, jusqu’à ce que l’espace se vide complètement, que ce lieu public devienne soudainement si intime. Terminus. La masse homogène s’est engouffrée dans les ascenseurs à rendez-vous, nous laissant seuls, tous les deux, chacun à son bout de wagon. Terminus, tout le monde descend. Celui que je peux désormais appeler mon interlocuteur se tait alors, rappelé comme moi à cette réalité sans phrases baladées d’un bout à l’autre de la ville. Alors que j’amorce le mouvement de ma propre descente, mon dernier compagnon de voyage traverse calmement les quelques mètres qui nous séparent, et lentement, dirige sa main gauche vers sa poitrine, là où il a gardé serré son livre durant tout le trajet. Dans cet instant de silence béat, il me tend le volume élimé : «  Une maison sans livres est comme un corps sans âme » dit-il, et il sort, débarrassé de ce poids qu’il m’a partagé, là au creux de mes mains, ce livre à transmettre.

 

Photographie du copain Jules Thouvenin, à retrouver ici et.

 

Consignes d’écriture : « Une maison sans livres est comme un corps sans âme » Cicéron. Cette citation est le prétexte d’une histoire d’amitié, d’un déclenchement. (Idée de lecture : rendre ce texte sonore : bruits de métro et lire la logorrhée de l’homme en fond)

Les mots de Timothée de Fombelle

mercredi, novembre 15, 2017 0 1

 

Encore un roman jeunesse que j’ai dévoré. Tobie Lolness de Timothée de Fombelle vous emporte dans un tourbillon accidenté de branchages et cocons de plumes. On y suit les aventures du héros éponyme dans un univers microcosmique. Tobie mesure un millimètre et demi, mais pourtant il porte en lui tous les questionnements de notre monde : notre responsabilité envers la nature, le danger de notre course au progrès ou d’une amitié froissée.

 

« Il comprit qu’on ne vit pas seulement d’air, d’eau, de chaleur, de lumière, de nourriture et de conscience du temps. Alors de quoi se plaignait-il encore? De quoi vit-on en plus de tout cela? On vit des autres. C’était sa conclusion. On vit des autres. »

 

La famille Lolness est accusée de trahison envers sa communauté car le père Lolness, savant réputé, est persuadé que l’arbre sur lequel ils habitent est vivant, ce qui dérange les perspectives d’enrichissement de certains. Tobie se retrouve bientôt fugitif, il court des hautes branches aux plus basses, y rencontrant sur son passage des alliés comme des ennemis. Il dépasse les frontières de son univers familier, égrenant la justice presque sans y penser, avec les gestes maladroits de ses bras maigres d’enfant qui grandit.

 

« La deuxième vie commence là où l’on comprend qu »il n’y en a qu’une. »

 

On pourrait reprocher à ce livre d’être un peu trop manichéen, mais les personnages des gentils touchent et les méchants impressionnent, leurs rires gutturaux font échos à nos propres tyrans, ceux qui piétinent la planète pour s’enrichir, les mêmes. Et puis il y a des mystères autour des origines des personnages, tissés en toile d’araignée jusqu’à la fin du livre. Enfin il faut rencontrer le personnage de Patate, un mercenaire touché de politesse, qui restera pour moi le personnage le plus attachant et original de cette petite épopée pleine de sève.

 

 « Tu n’as qu’une vie, Tobie. Elle te rejoindra toujours. »

 

Un joli livre illustré par François Place à offrir pour une parenthèse d’oxygène. Ce roman fera bourgeonner votre imagination en de nouvelles images feuillues sur le monde alentour. Un livre qu’il faudra lire dans les racines noueuses d’un grand chêne.

 

« Il y a un proverbe pelé qui dit : Ce que l’on sème dans une plaie avant qu’elle ne se ferme donne une fleur captive qui ne meurt jamais. »