Les mots de Yaa Gyasi

mercredi, septembre 13, 2017 0 1

No Home est fidèle à la réputation qui le précède, un roman magnifique, terriblement puissant, de ceux qui vous embarquent sur le roulis de la grande Histoire avec son lot d’ombres moribondes, mortier de notre présent partagé. Yaa Gysasi nous offre une récit d’utilité publique, témoignage glaçant de la traite négrière dont les sillons nauséeux ricochent de siècles en siècles, embourbant avec acharnement notre représentation du monde.

 

« … car il savait dans sa chair, même s’il ne l’avait pas encore totalement enregistré dans son esprit, qu’en Amérique, le pire qui pouvait vous arriver était d’être noir. Pire que mort, vous étiez un mort qui marche. »

 

No Home est le récit ambitieux d’une lignée maudite, dont les générations, de chapitre en chapitre, sont ballottées de villages en bateaux, de plantation en mines, de bars en villes… sous les coups toujours plus rageurs d’une injustice engrossée par l’homme.

D’un malheur enclos dans le foyer, la porte s’ouvre et il se répand sur le monde, n’épargnant personne, entraînant chacun dans ses rouages anthropophages. C’est ainsi que d’un incendie initial toute une lignée va être consumée, séparant des soeurs qui jamais ne se reconnaîtront et enfanteront à leur tour des enfants consommés par ce fléau viscéral.

 

« La nuit où naquit Effia dans la chaleur moite du pays fanti, un feu embrasa la forêt, jouxtant la concession de son père. Il progressa rapidement, creusant son chemin depuis des jours. Il se nourrissait d’air; il dormait dans les grottes et se cachait dans les arbres; il brûla, se propagea ,insensible à la désolation qu’il laissait derrière lui, jusqu’à ce qu’il atteigne un village ashanti. Là, il disparut, se fondant dans la nuit. »

 

Le roman de Yaa Gyasi ne vous laissera certainement pas indifférents. D’abord parce qu’il est remarquablement bien écrit et que chaque chapitre est un petit récit en soi que l’on pourrait lire indépendamment du reste, comme l’un des millions de témoignage isolé qui n’a pas encore trouvé de voix. Ensuite parce que ces récits offrent une extraordinaire galerie de portraits, représentative de la diversité des caractères humains et de la difficulté à être quelle que soit la société qui veut vous assimiler. Enfin parce qu’il donne à réfléchir sur la polyphonie de l’Histoire et n’en donne pas une image complaisante.

 

« Nous croyons celui qui a le pouvoir. C’est à lui qu’incombe d’écrire l’histoire. Aussi quand vous étudiez l’histoire, vous devez toujours vous demander: « Quel est celui dont je ne connais pas l’histoire? Quelle voix n’a pas pu s’exprimer? » Une fois que vous avez compris cela, c’est à vous de découvrir cette histoire. A ce moment-là seulement, vous commencerez à avoir une image plus claire, bien qu’encore imparfaite. »

 

Je vous conseille donc vivement la lecture de No home et vous invite à me partager vos impressions de lecture.

 

Couleurs vaudou par Leonce Raphael Agbodjélou

dimanche, septembre 10, 2017 0 1

 

Au fil des années, le photographe Leonce Raphaël Agbodjélou a capturé les costumes extraordinaires des cérémonies vaudou béninoises, dont la fête nationale se déroule les 10 janvier de chaque année. Grâce à son travail, les esprits des morts appelés Egoungoun, d’où le nom de la série, sont immortalisés. Sous leurs parures bigarrées de tissus broderies et cauris, les corps sont camouflés pour sublimer ce contraste entre passé et présent.

De ces costumes qui subjuguent on retient ce ravissement d’un autre temps, cette invitation au voyage dépaysante et surchargée de couleurs comme on l’aime.

 

 

On retrouve le travail de Leonce Raphaël Agbodjélou ici.

 

Les mots de Michael Morpurgo

mercredi, septembre 6, 2017 0 2

 

Etre professeure de français, c’est être amenée à découvrir et redécouvrir la littérature jeunesse. Se plonger dans les livres qui nous ont nous-mêmes fait grandir, et en dénicher de nouveaux, de ceux qui ravissent les jeunes lecteurs, leur insufflent la gourmandise de lire. Michael Morpurgo est un auteur dont les élèves et les professeurs m’ont venté les mérites, et c’est en cherchant un roman d’aventure à étudier avec mes classes que je me suis naturellement tourné vers son désormais classique Le Royaume de Kensuké.

 

« J’ai disparu la veille de l’anniversaire de mes douze ans. Le 28 juillet 1988. Aujourd’hui seulement, je peux enfin raconter toute cette histoire extra-ordinaire, la véritable histoire de ma disparition. Kensuké m’avait fait promettre de ne rien dire, rien du tout, jusqu’à ce que dix ans au moins se soient écoulés. C’était presque la dernière chose qu’il m’a dite… »

 

Suspicieuse à l’idée de lire une histoire très inspirée de Vendredi ou la vie sauvage, qui ne m’avait pas offert le voyage escompté, j’ai tout de suite été séduite par l’incipit du Royaume de Kensuké, que j’ai finalement dévoré en une matinée. Trompée, j’ai éprouvée une empathie certaine pour tous les personnages, qui dans leur malheur de famille ordinaire touchée par le chômage, réalise ce rêve en voiles et proue d’un tour du monde.

 

« On ne peut pas passer la vie à espérer toujours, à attendre. Il faut vivre la vie. »

 

Le narrateur nous raconte le réalisme enchanteur d’un quotidien perdu au milieu de l’océan, et sa rencontre en dialogues de sourds et sourires, avec l’unique habitant de l’île : Kensuké. Ce huis-clos tropical entre les deux protagonistes, fera sans nul doute échos aux rêves enfouis de chaque lecteur, petit ou grand, qui saura en tirer son petit trésor de vie le temps de la lecture.

 

« Très petites tortues Micasan, mais très courageuses. Plus courageuses que moi. Elles ne savent pas ce qu’elles trouvent plus loin, mais elles avancent. Très courageuses. Peut-être elles me donnent une bonne leçon. »

 

 

Avez-vous lu d’autres romans de cet auteur ? 

Des romans d’aventure à me conseiller ?

 

Illustrations de François Place