Les mots de Jack London

mardi, août 8, 2017 0 1

 

J’ai lu beaucoup de livres dernièrement qui m’ont énormément plu, mais refermés, aucun n’a déclenché l’impérieuse nécessité de le partager. Il a fallu attendre Martin Eden pour être prise de ce devoir de l’injonctif : il faut lire Martin Eden de Jack London qui mérite à d’innombrables égards sa réputation de chef-d’oeuvre.

 

« La vie volait haut. Sa fièvre ne retombait jamais. Le bonheur de créer, qui était censé n’appartenir qu’aux dieux, était en lui. Et en lui était la vraie vie ; tout le reste, les odeurs de lessive et de légumes pourris, le débraillé de sa sœur et les ricanements de Mr Higginbotham, n’était qu’un rêve. Le monde réel était dans son esprit et les histoires qu’il écrivait en étaient l’expression. »

 

Il est rare d’avoir autant d’empathie pour un personnage si gauche, de suivre son apprentissage des mots avec tant de tension, de le porter à bout de notre attention puis de mécroire en lui quelques pages plus loin. Manipulés par les ficelles d’un récit maîtrisé qui nous chaloupe, nous berce d’haut-les-coeurs à découvrir les roulis d’une vie mouvementée. Martin est séducteur sans y penser, mais ce sont les mots de Jack London, son habilité à nous subjuguer pour un univers qu’il connaît comme sa poche, et qu’il nous laisse percevoir par son fond éculé, qui nous trompe et nous ravi.

 

« Comme une trop forte lumière blanche blesse les yeux fatigués d’un malade, la vie consciente le blessait et il était aveuglé de son éclat. » 

 

Il faut lire Martin Eden pour la scène de rencontre initiale dont les impressions sensorielles vous engonceront de nouveau dans vos propres moments de gêne et de ravissement. Il faut lire Martin Eden pour son abnégation suicidaire pour la Littérature, pour sa capacité naturelle à s’élever au dessus de la crasse, comme au dessus des bourgeois empêchés de vivre. Enfin il faut le lire jusqu’à la toute fin pour découvrir l’un des plus bels excipit qui m’ait été donné de lire, une résolution sublime pour une vie d’incompréhension.

 

La vie n’est, je crois, q’une gaffe et qu’une honte.

 

Alors le personnage de Martin Eden sera avec vous en toute chose, et épaissira votre regard de sa fureur de tout savoir, de son destin sans compromis.

Les photos décoiffantes de Medina Dugger

mercredi, juin 28, 2017 0 1

 

Photographe californienne travaillant à Lagos, Medina Dugger immortalise les coiffures traditionnelles nigérianes dans cette série de photographies pop… Revitalisées, les nattes collées, les tresses et rajouts, se rappellent au monde de l’art. Tissées de tant de doigts, œuvres d’art à part entière, le savoir faire africain est exposé en montages colorés. Dans la rue ou dans un musée, des images à nous décoiffer, à rompre notre quotidien capillaire et à nous insuffler des envies d’aller chez le coiffeur.

 

 

Son site et son Instagram

 

Lettre à ceux qui viendront

vendredi, juin 16, 2017 4 2

 

Comment sera l’homme, le prochain ?

 
Celui qui te mentira de toute sa sensualité, à exalter tes sens, à dépuceler ta naïveté, où celui qui ne vivra que de toi, à rétablir ton authenticité bousculée. Celui qui sera ton ami le plus érotique, à rire après coït, confidences ensemencées par la confiance légère et réciproque. Celui qui ne quittera sa femme que si tu veux bien le croire, et qui t’attend, et que tu désespères bientôt de mépriser. Celui auquel il ne manquera que ton amour, et celui qui sera trop loin pour t’assumer. Le conquérant, celui qui aura la patience d’endurer ton indécision, et l’autre, celui qui t’insultera pour un mieux trouvé. Celui qui aura les mots pour te blesser. Les mots pas le corps.

 

Ceux qui danseront, mais ne t’inviteront que sur une piste d’oreillers.

Tous sans paillettes mais connectés.

Ceux dont tu rêveras les bouches et les mains, les croisés dans la rue, ceux qui t’engonceront dans ton corps muet, à ne rien dire, à détourner les yeux. Ceux qui éduquent ton désir, le vrai.

Tous ceux pour qui tu n’auras nul orgueil.

Et celui dont le coeur, souffrira peut-être un jour de supporter l’abandon du tiens.

 

Ceux à t’exacerber à écrire,

Ceux à vivre,

Et surtout ceux à ne jamais les comprendre.

 

Tous ceux finalement, que tu as déjà rencontré, et qui te surprendront encore dans l’attente et l’abandon d’une passion à nous déborder, à perpétuer le verbe aimer.